Le propriétaire de la Moody dépose une demande de démolition

Par Gilles Bordonado
Le propriétaire de la Moody dépose une demande de démolition
Une demande de démolition de l’immeuble abriant autrefois l’usine Moody a été faite à la Ville de Terrebonne. (Photo : archives La Revue)

La nouvelle tombe comme une tonne de briques, aussi anciennes que celles qui composent ses murs. Il semblerait qu’une demande de démolition de l’immeuble de la patrimoniale usine Moody du 251, rue Saint-Louis à Terrebonne ait été faite par son propriétaire à la Ville de Terrebonne. C’est grâce à l’œil aiguisé d’un citoyen qui passait devant l’édifice datant de la fin du 19e siècle que La Revue a été mise au parfum de cette nouvelle majeure.

Sur l’avis public qui est accolé à la porte vitrée de l’édifice, il est écrit : «Toute personne désirant s’opposer à la délivrance d’un certificat d’autorisation de démolition doit, dans les dix jours suivant l’affichage de l’avis sur l’immeuble, faire connaître son opposition motivée au greffier de la Ville.» L’avis est daté du 19 décembre 2019. C’est donc dire que le document a été accolé à l’édifice avant le temps des Fêtes et que l’opposition devait s’exprimer en plein temps des Fêtes. Si le propriétaire désirait éviter toute opposition, il ne pouvait trouver meilleure période, ce qui ne garantit en rien l’approbation de sa demande.

Nous avons tenté de joindre Groupe Gestionex, qui possède l’immeuble historique, mais aucun représentant de l’entreprise de gestion immobilière n’avait rendu notre appel au moment de publier ces lignes.

L’avis affiché sur la porte du bâtiment historique.

André Fontaine veut des réponses

Le conseiller municipal André Fontaine, mis au fait de cette situation, s’est précipité à l’édifice pour prendre connaissance dudit avis et avoue n’avoir jamais été informé d’un tel avis. Il a demandé immédiatement des comptes aux autorités municipales pour savoir de quoi il en retournait.

Le maire Marc-André Plante, qui n’avait lui non plus pas eu vent de cette demande du propriétaire de l’immeuble, s’est fait très rassurant auprès du conseiller et des citoyens désirant voir cette demande être refusée. Si le propriétaire a le droit de procéder à une demande de démolition, celle-ci doit passer invariablement deux autres étapes cruciales avant d’être approuvées, ce qui ne se produirait pas, laisse entendre le maire.

En effet, le comité de « démolition » recevra la demande, l’étudiera en février et jugera de sa pertinence. Il évaluera aussi si elle mérite ou non de passer au conseil municipal, qui peut encore là déposer son veto sur la demande. Les chances que l’édifice soit démoli sont donc très minces.

Grand protecteur du patrimoine du Vieux-Terrebonne depuis des décennies, le conseiller indépendant Fontaine a répété à de nombreuses reprises qu’il désirait, comme nombre d’autres citoyens, voir ce superbe bâtiment industriel être protégé et mis en valeur. Il a souligné que cette demande relance l’urgence pour la Municipalité de se doter de politiques plus précises en ce qui a trait à l’aménagement du territoire dans son quartier.

Tournages de cinéma

Ce bâtiment historique a été construit en 1892 par la famille Moody, qui y fabriquait des outils aratoires parmi les plus courus en Amérique. Au fil des décennies, l’entreprise centenaire a changé de nom et de vocation à plus d’une reprise jusqu’à la fermeture définitive des Industries Moody, en 2004, alors que l’usine se spécialisait dans la fabrication de convoyeurs commerciaux et industriels.

Rappelons quelques informations diffusées par notre collègue Jean-Marc Gilbert dans un article en août 2018 : «Laissé pratiquement vacant depuis le déménagement, en 2016, de l’entreprise Le Roi du plancher, qui occupait l’endroit dans l’illégalité, l’imposant bâtiment de l’ancienne usine Moody, situé au 251, rue Saint-Louis, semble tout simplement à l’abandon. Selon le registre foncier de la Ville de Terrebonne, le bâtiment est détenu par une compagnie à numéro œuvrant dans la gestion d’immeubles.

Sur le site Internet usinemoody.com (toujours actif actuellement), on propose « la location d’espaces studio pour tournages » ainsi que pour des séances photos, tout en vantant le terrain de près 500 000 pieds carrés et le bâtiment de 85 000 pieds carrés avec plafond de 24 pieds de hauteur.»

Du côté de la Ville, on indiquait alors n’avoir «aucune demande formelle à l’étude pour une requalification d’usage de ce bâtiment». La Municipalité ajoutait toutefois que «dans le cadre de la réflexion du PPU centre-ville/Vieux-Terrebonne, il s’agit d’un secteur visé pour une requalification éventuelle». L’Institut du Nouveau-Monde (INM), qui a organisé les différentes assemblées de consultation citoyenne dans le cadre de ce PPU, devait remettre un rapport à l’automne 2018.

La Revue suivra ce dossier d’extrêmement près.

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Nicole EustonNellia lavigneMariette Desjardins Auteurs de commentaires récents
Mariette Desjardins
Invité
Mariette Desjardins

Il ne faut absolument pas que cet immeuble soit démoli; combien d’agriculteurs ont fait affaire avec cette compagnie qui avait des représentants dans toutes les régions agricoles du Québec. À preuve, mon conjoint a récupéré dans notre région, il y a de cela environ 40 ans, une annonce en tôle encadrée de bois, qui représentait la Moody. Nous habitons les Hautes-Laurentides.

Nellia lavigne
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Nellia lavigne

Je suis une descendante des Moody. Ma grand-mère était Lottie Moody et mon grand-père Edouard Lavigne sa famille possédait les Red Roofs, une écurie de chevaux de course Dans le Vieux Terrebonne. Il serait tellement triste et déplorable de détruire un si beau morceau de l’histoire du Vieux Terrebonne.

Nicole Euston
Invité
Nicole Euston

Espérons que l ont pourra le préserver car demain il peut arriver des engins de DÉMOLITION et la plus personne ne peut les ARRETER