Mieux qu’hier, moins bien que demain

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Par Mélanie Savage
Mieux qu’hier, moins bien que demain
Les stéréotypes ont la couenne dure. D’où l’importance d’encourager dès leur plus jeune âge les garçons et les filles à faire fi des idées reçues et à pratiquer les activités qui leur plaît, par exemple.

Bien qu’il ne faille pas lâcher le morceau en matière de persévérance scolaire, reste qu’on peut se réjouir de la progression, au cours des dernières années, de la diplomation et de la qualification au Québec comme à la Commission scolaire des Affluents. L’écart entre les garçons et les filles demeure toutefois notable.

Les efforts déployés en matière de persévérance scolaire semblent porter leurs fruits. Ainsi, cinq ans après son entrée au secondaire, la cohorte de 2008 montre un taux de diplomation et de qualification de 65,9 % au Québec, de 54,1 % dans Lanaudière et de 59,7 %1 à la Commission scolaire des Affluents (CSDA). La cohorte de 2011, pour sa part, montre respectivement des taux de 70,8 %, de 63,7 % et de 69,3 %.

Les taux sont plus réjouissants lorsqu’on ajoute deux années d’observation d’une cohorte, c’est-à-dire en mesurant la diplomation et la qualification sur sept ans au lieu de cinq. La cohorte de 2008 montre alors un taux de 78,8 % au Québec, de 71,4 % dans Lanaudière et de 77,4 % à la CSDA.

Les stéréotypes sexuels 

Toutefois, on remarque toujours un écart important entre la diplomation et la qualification des garçons et celles des filles. Les filles de la cohorte de 2011 à la CSDA affichaient après cinq ans un taux de diplomation et de qualification de 76,6 %, alors que les garçons se situaient à 62,6 %, un écart important de 14 points de pourcentage. Au Québec, on parle d’une différence de 12,7 points de pourcentage (77,3 % chez les filles et 64,6 % pour les garçons).

Il existe plusieurs théories visant à expliquer pourquoi le décrochage scolaire est plus fréquent chez les garçons. Pour sa part, le Réseau des IRC, dont fait partie le CREVALE (Comité régional pour la valorisation de l’éducation), a réalisé des travaux portant sur les stéréotypes sexuels. «Nous avons constaté que les décrocheurs, les garçons comme les filles, ont tous un point en commun : ils sont ceux qui ont le plus tendance à adhérer aux stéréotypes sexuels», résume Ann-Marie Picard, directrice générale du CREVALE.

«Les décrocheurs, les garçons comme les filles, ont tous un point en commun : ils sont ceux qui ont le plus tendance à adhérer aux stéréotypes sexuels.»

«Les normes sociales amènent des garçons à être moins engagés à l’école : une culture du jeu très présente, la transgression perçue comme virile, la forte préoccupation de s’affirmer par rapport aux pairs et aux filles», peut-on aussi lire dans Persévérer dans l’égalité –Guide sur l’égalité filles-garçons et la persévérance scolaire, publié par Réseau réussite Montréal en 2016 (https://bit.ly/2Dh4axh).

Tout un filet social

L’école ne serait donc pas adaptée aux garçons, a-t-on beaucoup entendu dire dans la dernière décennie. Mme Picard n’est pas nécessairement de cet avis. «Oui, un programme de football dans une école va aider des garçons à rester à l’école, mais il ne faut pas non plus faire des écoles pour les garçons et d’autres pour les filles. Il faut plutôt proposer des choix qui correspondent aux deux sexes. Par exemple, certaines écoles ont intégré des cours de cirque, une activité qui n’est pas stéréotypée», suggère-t-elle.

Cependant, la tâche de donner des chances égales aux garçons et aux filles n’incombe pas qu’à l’école. Tous sont concernés, insiste Mme Picard : «Le système scolaire, les organismes, les parents, les employeurs. C’est tout le filet social autour du jeune qui a un rôle à jouer.»

À faire

Que reste-t-il à faire en matière de persévérance scolaire? «On doit continuer de valoriser l’éducation et de sensibiliser la population», avance la directrice. Elle croit de plus qu’il faut intervenir davantage chez les jeunes plus «vulnérables». «Un jeune vulnérable, ce n’est pas juste une question de milieu économique; ce peut être un jeune dont les parents sont sans diplôme, un jeune qui a des problèmes de comportement, qui est issu d’une première génération d’immigrants, un élève handicapé ou en difficulté d’apprentissage, etc.»

Proposer davantage de modèles masculins non calqués sur les stéréotypes pourrait également contribuer à la réussite scolaire des garçons. «La lecture est déterminante dans la réussite scolaire, mais en général, les enfants ont moins de modèles de lecteurs masculins. Le chercheur Égide Royer trouve aussi qu’il manque de modèles masculins dans les écoles primaires», cite en exemples Mme Picard. Cette dernière se réjouit, à cet effet, du choix de Laurent Duvernay-Tardif comme porte-parole des Journées de la persévérance scolaire cette année, un homme qui brise les stéréotypes. «Il est joueur de football, médecin, il tricote, joue du violon, amène ses coéquipiers du football voir du ballet… Quel excellent choix de porte-parole!» conclut-elle.

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1 Les données présentées dans cet article sont tirées du rapport Diplomation et qualification par commission scolaire au secondaire (2017) du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, disponible au https://bit.ly/2JfvIrR.

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