Papa des enfants du monde

Sylvain Filion est persuadé avoir été dans une autre vie un jeune de la rue. Il est attiré comme un aimant par les jeunes de la rue, et son nouveau karma l’a amené à être travailleur de rue. Voici le parcours d’une âme certes missionnaire.

Karine Cousineau

Pendant ses études en travail social au Cégep Marie-Victorin de Montréal, une offre alléchante est faite à Sylvain Filion. «On me demandait de réaliser une étude afin d’évaluer la pertinence de développer du travail de rue à Terrebonne et la façon de le réaliser», explique le travailleur de rue.

Sylvain ne peut résister et plonge tête première dans cette aventure. Dès 1993, il développe un programme et pose les bases de l’organisme Travail de rue de Terrebonne. Durant quatre ans, Sylvain est travailleur de rue à Terrebonne, coordonnateur du Travail de rue et de la Maison des Jeunes de Terrebonne.

Les bases de l’organisme étant solides, l’équipe, bien rodée, Sylvain a besoin de relever de nouveaux défis. L’appel de l’ailleurs se fait sentir de plus en plus fortement. Encore une fois, le destin l’attend dans le détour. «J’ai eu la chance de participer à une mission de reconnaissance des droits humains pendant un stage de trois semaines au Guatemala», raconte-t-il. Sylvain boucle donc ses valises et part pour le Guatemala en 1995.

Ce voyage a grandement ébranlé les valeurs et convictions de ce Nord-Américain. «Des enfants de la rue étaient assassinés par les paramilitaires, et les organismes qui nous hébergeaient le faisaient à leurs risques et périls. J’ai demandé à passer une journée avec les enfants de la rue, et on m’a permis de réaliser ce rêve.»

Un point tournant

C’est ici que la vie de Sylvain Filion a pris un autre tournant. «J’ai rencontré des enfants, mais de vrais enfants âgés de 5, 6, 7 et 8 ans qui tentaient de survivre dans des conditions exécrables. Ils ont été accueillants. Je ne parlais pas espagnol, mais sans parler, juste à se regarder, on se comprenait. Ç’a été une journée merveilleuse! J’ai été étonné de voir tant de force et de courage dans un milieu de vie aussi difficile», raconte un Sylvain ému.

C’est une promesse spirituelle que fait alors le petit Québécois travailleur de rue. «Je me suis dit que je n’avais pas passé une nuit avec les jeunes de la rue de Guatemala City pour rien. Il fallait que je puisse faire quelque chose pour eux, c’était devenu un engagement moral pour moi.»

Le retour au Québec est un choc brutal. «Je capotais, j’étais confronté dans mon mode de vie qui était déjà très simple, en équilibre avec la nature et les humains. Les problèmes d’ici me semblaient petits, même si pour moi la souffrance demeure la souffrance», mentionne-t-il.

Nouveau départ

Sylvain n’arrive toutefois pas à défaire complètement ses valises et repart pour le Grand Nord québécois. Le goût de l’aventure et l’appel des enfants d’ailleurs résonnent à ses oreilles. Sylvain n’écoute que son cœur et repart, pour le Pérou cette fois-ci. Accompagné de sa conjointe, il habitera le Pérou de 1996 à 1999.

Sylvain travaille alors dans cinq bidonvilles différents afin de réaliser une étude sur les jeunes et leur réalité. Un projet qui ne lui convient pas tout à fait. «Je me disais que je devais travailler avec les jeunes. Un soir, dans l’autobus qui me ramenait à la maison, j’ai rencontré un jeune de la rue qui vendait des bonbons. Je lui en ai acheté un et j’ai parlé avec lui. C’était comme un signe pour moi, et deux jours plus tard, une ONG (organisation non gouvernementale) péruvienne me contactait afin que je monte un programme de travail de rue.»

Pendant huit mois, Sylvain travaille seul. Il amène les jeunes à l’hôpital pour soigner leurs blessures et les dirige vers des ressources d’hébergement. Mais le plus gros de sa tâche demeure assez simple : il tente de leur redonner l’enfance que la vie leur a dérobée. «Ils ont besoin de choses simples : qu’on s’assoie avec eux pour jouer et qu’on leur donne de l’affection, qu’on les considère comme des humains, quoi!» explique Sylvain.

Huit mois plus tard, une équipe de bénévoles se joint à Sylvain. «C’était important pour moi que ça puisse continuer après mon départ. Je suis donc allé chercher des dons en France, en Hollande et aux États-Unis.»

Un grand engagement

Encore une fois, le retour est difficile. «On donnait tout. J’ai pris 10 ou 15 livres parce que sans m’en rendre compte, je mangeais tous les restants, je ne pouvais pas les jeter à la poubelle.» Sans compter que la famille Filion s’est agrandie : Nathaniel est né pendant leur séjour de trois ans au Pérou, et Sylvain et Sonia ont adopté une petite Péruvienne, Gabriella.

Sylvain met ensuite sur pied un organisme de travail de rue à Joliette durant deux ans puis s’attaque au Travail de rue de Le Parcours de Mascouche. Il y est depuis maintenant trois ans et demi.

Fondation

Sylvain est récemment retourné au Pérou. Trois des enfants qu’il a rencontrés lors de son premier voyage sont sortis de la rue et sont devenus éducateurs de rue. «Ça m’a grandement touché de voir que les gestes que j’ai posés sans intérêt ont porté fruits, que le sort de certains enfants s’est amélioré et surtout qu’ils se souviennent de moi», raconte Sylvain.

Entre-temps, Sylvain a mis sur pied le projet de sa vie. Il a créé, en mars dernier, la Fondation Tous les Enfants de l’Autre Monde (TEDAM) en hommage aux enfants de la rue du monde et à leur courage. Sa mission est d’accompagner les enfants de la rue du monde dans leur quotidien par une relation d’aide tout en permettant des moments d’échange, de joie, d’expression et d’enseignements mutuels. L’organisme veut permettre des stages de sensibilisation dans la rue ou dans différents milieux, créer des groupes d’intervenants qui prendront les enfants en charge lors des grandes catastrophes et organiser des missions de reconnaissance. À long terme, Sylvain Filion rêve d’ouvrir des maisons d’hébergement et d’aide partout à travers le monde. «Je ne pensais pas avoir l’énergie pour mettre sur pied une telle fondation, mais le Pérou a tout remis en question», explique le travailleur de rue, qui aimerait un jour se consacrer uniquement à sa fondation. Pour faire un don à la TEDAM : (450) 439-9988, (514) 203-9048 ou enfantsdumonde@hotmail.com.

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