Quand recycler devient pelleter par en avant

Est-ce que vous buvez avec une paille? Ce petit truc en plastique rond qu’on utilise pour boire. Est-ce que c’est le genre de chose que vous récupérez? Vous allez dire non, mais que c’est normal, c’est tellement petit, on s’en fout et ce n’est pas grave. Ce petit geste anodin de jeter votre paille en plastique reflète bien le modèle de récupération au Québec et ailleurs.

 

Est-ce que l’organisation dans laquelle vous travaillez actuellement fait du recyclage? Je travaille dans une organisation qui recycle, heureusement, mais probablement que vous devez en avoir vu des vertes et des pas mûres, n’est-ce pas? Vous faites peut-être partie d’un groupe de gens qui ont osé demander à leur employeur un jour : « Mais pourquoi donc on ne recycle pas, nous autres, ici? » Le patron vous a sûrement dit que ça coûte trop cher ou que le service de récupération ne passait pas au bureau. Mais quelle mauvaise argumentation quand on y pense! Par la suite, comme employé, on passe à autre chose, on ne veut pas se mettre les gens à dos, et pourtant 90 % d’entre nous récupérons à la maison; alors pourquoi, comme citoyen, accepte-t-on que l’entreprise où on travaille ne recycle pas?

 

Ces compagnies jouent un jeu, elles attendent patiemment que le gouvernement crée des lois et des règlements alors que chacun d’entre nous individuellement à la maison récupère ou va porter ses bouteilles consignées. Ensuite, une fois que ces lois sont créées, elles en profitent pour augmenter les coûts de leurs produits en raison de ces frais et disent que c’est à cause du gouvernement. C’est aussi simple que ça. C’est facile, de pelleter dans la cour du voisin, comme on dit, mais en réalité, il faudrait être individuellement plus dur pour vos employeurs qui ne recyclent pas. Manifestez-vous en groupe, nous sommes en 2018 et il ne faut pas attendre après le gouvernement pour faire avancer les choses, c’est à nous de le faire comme individus.

 

Vous avez vu d’ailleurs ce qui s’est passé dans les dernières semaines avec Walmart et sa mise à pied controversée de travailleurs avec une déficience intellectuelle. Ce sont les employés et les voix du Québec qui se sont prononcées, et la multinationale a dû changer de cap. Le gouvernement n’a pas eu à créer une loi tout d’un coup. Les citoyens ont ce pouvoir comme société et on ne s’en rend pas compte. Je suspecte tout de même Walmart d’avoir rencontré le gouvernement, dans les semaines suivantes, pour lui demander des dédommagements dus à la situation. C’est une supposition, bien sûr…

 

Le modèle de récupération actuel au Québec date d’environ 30 ans (1989) et ce modèle doit évoluer. On ne devrait pas avoir besoin de lois et de règlements pour comprendre que tout ce qu’on consomme et qui est jeté à la poubelle pourrait nuire à nos enfants et à l’environnement. Les entreprises innovent peu en la matière et nous consommons sans nous préoccuper de ce qui reste de notre terre. C’est une réalité et les entreprises doivent donner l’exemple, alors qu’il y en a encore beaucoup qui ne le font pas.

 

Depuis plus d’un an maintenant, je participe aux assemblées du conseil municipal de ma ville, que j’aime. Une malheureuse situation se produit actuellement concernant des groupes de citoyens qui habitent Terrebonne. Je ne les connais pas beaucoup, mais je les vois à chaque séance depuis plus d’un an. D’un côté, il y a ces gens qui ont un terrain à Terrebonne, mais qui donne accès à un ancien dépotoir à Blainville (concerne donc deux municipalités). Une entreprise veut passer sur leur terrain à Terrebonne pour remblayer par-dessus un ancien dépotoir à Blainville, et chacune des municipalités se lance la balle. Est-ce que le remblai par-dessus cet ancien dépotoir va causer d’autres problèmes? C’est leur inquiétude, surtout qu’ils ont remarqué qu’un autre groupe de citoyens à l’autre bout de la ville a retrouvé, enfouis sous leurs terrains, d’anciens débris de voitures. Voyez-vous, il y aurait près de 200 maisons qui ont été construites au-dessus de la cour Brady. Des terres remplies de pièces d’autos, de pneus, des valeurs de terrains perdues au profit d’entreprises et de gens qui ignoraient les conséquences dans les années 50, 60, 70, 80.

 

L’administration de la ville fait actuellement des efforts constants pour régler ces dossiers litigieux, héritage des générations précédentes qui n’étaient pas sensibilisées. Malheureusement, ces gens (élus et citoyens) payent le prix de la négligence des anciennes mentalités. Ce dossier est maintenant pris dans des procédures et des règlements à ne plus finir alors que le vrai problème, en réalité, est très simple. Ces pièces d’autos, au départ, n’auraient jamais dû être enfouies à cet endroit. Si tous les gens travaillant pour ces entreprises avaient été le moindrement sensibilisés à l’environnement à l’époque, beaucoup de dégâts monétaires et surtout humains auraient pu être épargnés. Je suis convaincu que ces citoyens réussiront à se sortir de la situation en collaboration avec les villes, mais on se souviendra longtemps des générations précédentes qui ont simplement pelleté le problème par en avant.

 

Mathieu Goyette

Terrebonne

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