Sur les traces d’Auguste Lemieux

Pénélope Clermont
Sur les traces d’Auguste Lemieux
Par son film, Josie-Anne Lemieux souhaite illustrer de quelle manière la réalité et la fiction se confondent dans le temps. (Photo : courtoisie)

Durant son enfance, Josie-Anne Lemieux avait eu vent d’une légende impliquant son arrière-grand-père. En vieillissant, elle a découvert que la réalité l’emportait sur la fiction : son arrière-grand-père a bel et bien été assassiné dans d’étranges circonstances au début du siècle dernier. Plus de 100 plus tard, elle part à la recherche de la vérité par l’entremise d’un projet de film.

Complétant présentement une maîtrise en cinéma à l’Université Concordia, Josie-Anne Lemieux profite de ses études pour partir sur les traces de ses ancêtres par le biais d’un moyen métrage portant sur l’assassinat de son arrière-grand-père, Auguste Lemieux.

«L’affaire Lemieux» remonte à 1908, dans le Nord du Québec. Auguste Lemieux, de Mistassini, est engagé comme guide par un Français et un Belge pour aller chasser et faire la traite des fourrures. Parti en septembre 1907, le trio n’est toujours pas revenu après les fêtes.

En avril de l’an 1908, le corps d’Auguste Lemieux est retrouvé par Alfred Perron, de Saint-Félicien, près du poste de traite Chamouchouane. Pratiquement décapité, le cadavre laisse voir des traces de cannibalisme. Il s’agirait en fait du premier cas de cannibalisme répertorié au Canada, selon Josie-Anne Lemieux.

Malgré le procès qui s’ensuit de même que la couverture médiatique qui en est faite, on ignore toujours à ce jour les circonstances du décès de l’arrière-grand-père de la cinéaste.

Il faut préciser que l’un des clients du défunt, soit le Belge, est lui aussi retrouvé mort à plusieurs kilomètres de là. Bien que le Français soit soupçonné, il est innocenté quelque temps après.

Une recherche aux mille possibilités

Toujours en recherche de financement pour le développer, Josie-Anne Lemieux a entamé son projet en janvier. Au printemps, elle est allée faire du repérage au Lac-Saint-Jean et trois semaines de tournage étaient prévues pour juin.

«J’ai rencontré beaucoup de personnes. Je suis surprise de voir que l’histoire de mon arrière-grand-père a marqué. J’ai retrouvé plusieurs articles de journaux autour du Lac, et même à travers le monde. Le procès a été très médiatisé», relate la Mascouchoise.

Entre le témoignage des gens et les documents d’archives, la réalisatrice et productrice découvre petit à petit de nouveaux éléments, bien que le mystère du meurtre n’ait toujours pas été résolu. Elle a entre autres mis la main sur des documents originaux de la cour qui appartenaient à des fonds privés, tout comme sur l’arme qui appartenait à l’un des voyageurs.

«C’est comme un arbre qui possède plusieurs branches. Il y a toujours de nouvelles pistes», avance-t-elle, soulignant également que les archives n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Les documents ne sont pas protégés. L’arme aurait notamment dû figurer comme pièce à conviction, selon elle.

Du côté familial, les sources d’information sont également peu nombreuses. «La famille de mon arrière-grand-père avait éclaté à la suite du drame. Les enfants avaient été éparpillés et n’avaient pas été élevés ensemble», note l’artiste, qui comprend un peu mieux le silence des générations précédentes de la famille Lemieux.

Auguste Lemieux inspire François Paradis

En ce qui concerne le contenu de son film, Josie-Anne Lemieux souhaite recueillir le plus de témoignages possible de manière à s’approcher de la réalité. Elle souhaite aussi illustrer de quelle façon la vérité et la fiction se confondent à un certain moment, puisque l’histoire laisse place à l’interprétation, surtout qu’elle traverse quatre générations.

Par ailleurs, selon les informations qu’elle a recueillies en cours de route, Auguste Lemieux aurait été l’inspiration de Louis Hémon lorsqu’il a créé le personnage de François Paradis, du livre «Maria Chapdelaine», écrit en 1913. Cet aspect sera donc intégré au projet cinématographique, aux dires de l’étudiante à la maîtrise. «Je vais utiliser l’image de François Paradis comme représentation physique d’Auguste», indique celle qui ne possède aucune image de son ancêtre.

Pour ce faire, elle transformera la pellicule filmique, ajoutant ainsi un caractère expérimental à l’œuvre, ce qu’elle aime particulièrement faire depuis ses années d’études.

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