Un bilan après une année mouvementée

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Par Pénélope Clermont
Un bilan après une année mouvementée
Sur le territoire moulinois, la DPJ du CISSS de Lanaudière compte un centre jeunesse à Mascouche où 13 intervenants en évaluation et orientation œuvrent, comme l’indique Maryse Olivier, DPJ du CISSS de Lanaudière. (Photo : courtoisie)

On a traité, dans Lanaudière, 8 381 signalements dans la dernière année, soit une hausse de 13,5 % par rapport à 2017-2018. Dans tout le Québec, on enregistre une augmentation de 10 % du nombre de signalements traités. Des chiffres dévoilés par les directeurs de la protection de la jeunesse (DPJ) du Québec dans le cadre de leur bilan annuel, chiffres qui sont positifs pour la protection des enfants, mais qui ajoutent une charge supplémentaire sur les intervenants qui l’assurent.

Selon la DPJ du CISSS de Lanaudière, Maryse Olivier, il s’agit chaque jour de 23 signalements montrant qu’une personne se préoccupe d’une situation d’un enfant. Mme Olivier admet que la hausse est entre autres attribuable au décès au printemps de la fillette à Granby. «Les gens ont eu le réflexe d’appeler davantage et c’est un excellent réflexe, confirme la DPJ régionale. Lanaudière a enregistré plus d’appels et nous ne sommes pas mécontents de cela, car notre préoccupation reste l’état de nos enfants.»

Des signalements reçus, 36,1 % ont été retenus, comparativement à 37,5 % l’an dernier. Aux dires de Mme Olivier, la majorité des cas au nord de Lanaudière impliquent de la négligence, alors que les abus physiques touchent principalement les cas du sud.

Elle tient par ailleurs à spécifier que 53 % des enfants sont restés dans leur famille ou chez un tiers significatif dans le cas d’un signalement retenu. «Les placements ne sont pas sans conséquence et si nous pouvons faire en sorte qu’un enfant vive avec une personne qu’il connaît, ça réduit les impacts négatifs», spécifie la directrice.

Rétention difficile

Rappelons que dans les derniers mois, le gouvernement a injecté des sommes supplémentaires au sein du réseau afin notamment de créer de nouveaux postes et d’éviter d’autres tragédies. Dans Lanaudière, cela représente globalement quelque 3,4 M$. «Ça donne de l’air, confirme Mme Olivier, mais le défi du recrutement, de la formation et de la rétention demeure.»

Avec ces fonds, la DPJ du CISSS de Lanaudière confirme avoir ajouté 5 postes en soutien clinique pour le personnel ainsi que 35 postes dans toute la chaîne en intervention. Ces derniers s’ajoutent aux 11 personnes assignées à la réception et au traitement des signalements et aux quelque 125 personnes aux postes de suivi des signalements.

Le président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de Lanaudière, Kevin Newbury, commente : «Nous ne sommes pas en mesure d’évaluer encore l’impact de cet investissement, alors nous restons partagés, parce que notre préoccupation demeure : beaucoup de gens partent à cause des conditions de travail.» Il va jusqu’à dire qu’il y a même de la compétition entre les différents centres de services. L’ajout d’un poste peut donc être synonyme du départ de quelqu’un d’autre ailleurs et non pas nécessairement de l’arrivée d’un nouvel intervenant dans le réseau. «Beaucoup de jeunes refusent de venir travailler ici», soutient-il.

Imposante charge de travail

Parmi ceux qui le font, les plaintes sont nombreuses, selon ses dires. «Une travailleuse a déposé une plainte parce qu’elle avait une prise en charge allant jusqu’à 37 dossiers. C’est énorme!» lance-t-il.

Dans le même ordre d’idées, le fait que les enfants soient nombreux à demeurer dans leur famille (44 %) implique un suivi plus serré de la part des intervenants, donc plus de travail. «Nous offrons notre pleine collaboration, car nous croyons au partenariat, mais nous attendons de voir quelles mesures seront implantées pour améliorer les conditions de travail», déclare M. Newbury.

«Des moyens ont été mis en place pour soutenir davantage nos équipes. Nous reconnaissons que le travail est exigeant et demandant. Nous travaillons quand même avec les familles les plus vulnérables du territoire, illustre la DPJ. Nous savons que nous ne sommes pas parfaits, nous sommes en processus d’amélioration continue.»

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