Un Brin d’histoire

Claude Martel
Un Brin d’histoire
Coupe de la glace près du Moulin neuf. (Photo : Fonds Aimé-Despatis)

Terrebonne en 1943

Que se passait-il dans le village de Terrebonne, il y a 75 ans? La Deuxième Guerre mondiale conditionne passablement la vie des 2 300 habitants du village. Malgré le conflit, la vie se porte assez bien au village, dont le rythme de vie est, disons, plutôt calme!

 

La classe dirigeante

Le curé Joseph Cloutier est en place depuis sept ans et encadre la vie de sa paroisse. Le conseil municipal est composé du maire Léopold Lachapelle, des conseillers Achille Chartrand, Léon Martel, Roderick B. Masson, Louis-Georges Ouimet, Joseph Guay et Paul-Émile Allard. Pour sa part, la commission scolaire est présidée par Edmond Despatie.

La guerre affecte les sources de revenus du village qui proviennent en bonne partie du péage sur le pont. Le rationnement de l’essence se fait fortement sentir, entraînant une diminution de 30 % des revenus du pont. Les rues du village sont déneigées par Godard et Fils pour 300 $ durant l’hiver. Le maître de poste Liguori Desjardins meurt le 6 mars et est remplacé par Théode Gauthier le 25 mai.

La guerre

Elle est au cœur des discussions. D’ailleurs, l’on vote majoritairement libéral au fédéral depuis que Borden a décrété la conscription en 1917. Cette fois, on souhaite que Mackenzie King et les libéraux «résisteront aux incitations des Alliés et ne décréteront pas une mobilisation générale pour le service obligatoire outre-mer. Cependant, les États-Unis sont engagés dans le conflit depuis 1941; Hitler a écrasé sous sa botte une large partie de l’Europe; les Russes reculent sur tous les fronts; les Japonais assènent défaite après défaite aux Américains. Seule l’Angleterre reprend du poil de la bête dans le nord de l’Afrique.

Les travaux publics sont interrompus. Les industries de guerre de Montréal, Saint-Paul l’Ermite (Le Gardeur) et Sainte-Thérèse (Blainville) emploient toute la main-d’œuvre disponible. On vit le rationnement de l’essence, du sucre et de la viande. Ford, General Motors et Chrysler ne produisent plus de véhicules pour les civils; les pneus sont introuvables».

La vie culturelle

Hormis les films présentés par Ernest Poitras à l’hôtel de ville, la vie culturelle était plutôt limitée au village. Voici certaines activités de l’été 1943 : «un groupe de jeunes gens montent deux ou trois soirées d’amateurs, au profit du Séminaire St-Sacrement, dans la grande salle de l’hôtel de ville. Lors de la dernière représentation, 200 places réservées sont louées à 35 cents, et plus de 300 admissions générales à 25 cents complètent le parterre. Pas mal pour une population de 2 300 personnes! Gérard Grenon chantait Le rêve passe; une demoiselle Vézina, diseuse, remporta un grand succès; Gérard Poirier jouait de l’accordéon; quelques sketches de notre cru et les Alcanettes, petite troupe de danseuses de l’Alcan, complétaient le programme.»

Le «Club Ouvriers»

Les jeux de cartes sont certes centraux parmi les loisirs des habitants. Le «Club Ouvriers» fut créé uniquement pour y pratiquer cette activité. «Un local loué, à l’extrémité de la rue St-François-Xavier s’emplissait de joueurs de stud et de bluff, les vendredis et samedis soirs et les dimanches après-midis. On misait fort. Les salaires hebdomadaires moyens n’atteignaient pas 50$; c’était des mises de “une piasse appelle deux”. Chaque membre avait son petit casier où la bière, le rye et le gros gin se côtoyaient.» On y retrouvait des Lavigne, Guay, Grenon, Ouimet, Limoges, Charbonneau et bien d’autres «gamblers» amateurs.

La glace d’Alarie

Les réfrigérateurs sont plutôt rares, si bien que la plupart des familles conservent leurs alimentent avec des glaciaires remplies de gros blocs de glace produits par les Alarie. En janvier, ceux-ci (le père Zénon, les fils Oswald, Hercule et Alcide) s’installent sur la rivière, en amont de la digue de l’île des Moulins, et découpent au godendard de gros blocs qui sont ensuite transportés dans leur entrepôt de la rue Sainte-Marie. À compter du printemps, ils en faisaient le commerce de porte en porte. Un autre exploitant, Athanase Quevillon (surnommé la Banane), leur faisait compétition.

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Sources : Jacques Corbeil et Aimé Despatis (1993), Terrebonne 110 ans d’histoire du conseil municipal 1853-1963; fonds de recherche de l’auteur.

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