Un brin d’histoire

Claude Martel
Un brin d’histoire
Vue aérienne du Collège Saint-Sacrement. (Collection Collège Saint-Sacrement)

Le Collège Saint-Sacrement

Depuis 110 ans, une institution de prestige prend place au cœur de Terrebonne, dans l’ancien «Château Masson», où les Pères du Très-Saint-Sacrement érigèrent leur juvénat et séminaire. En 1973, il fait place à cette grande institution d’enseignement privé secondaire qu’est le Collège Saint-Sacrement. Voici son histoire.

 

Le juvénat

Le 17 avril 1901 à 11 h, sur le perron de l’église Saint-Louis-de-France, on procède à la vente aux enchères du célèbre «Château Masson». La Congrégation des Religieux du Très-Saint-Sacrement l’acquiert pour la modique somme de 11 750 $. L’acte de vente est officialisé le 24 juin suivant, les pères procèdent alors au réaménagement nécessaire à l’installation d’un juvénat.

C’est le 6 août 1902 que s’installent les sept premiers religieux sous la direction du père Henri Leblond. Le 14 septembre suivant arrive le premier contingent de 15 jeunes hommes venant chercher les enseignements nécessaires qui feront d’eux de futurs religieux du Saint-Sacrement. L’année suivante, le nombre de juvénistes grimpe à 25, obligeant la transformation du grand grenier en dortoir. La jeune institution est populaire, car les effectifs grimpent à 40 jeunes hommes en 1904. On y vient de tout le Québec, même des États-Unis. Dans cette lancée, le juvénat de Terrebonne prend le nom de Saint-Tharsicius, mais il faut croire que ce nom fut peu populaire et ne réussit pas à s’incruster dans le milieu; le nom Saint-Sacrement fit sa place. En 1924, 70 juvénistes fréquentent l’établissement. On évalua alors qu’environ 30 % des étudiants qui avaient fréquenté le juvénat avaient accédé à la prêtrise.

Le premier agrandissement de l’édifice survient en 1912-1913, alors que les pères décident d’ajouter une chapelle au juvénat. Un besoin compréhensible qui donnera lieu à un chef-d’œuvre architectural. Nous consacrerons d’ailleurs notre prochaine chronique à l’histoire de cette chapelle. Toujours en 1912, la Succession Masson vend un terrain à l’arrière du juvénat afin d’agrandir la cour.

Non seulement la formation dispensée au juvénat est de qualité, mais on vise l’excellence. D’ailleurs, en septembre 1940, le juvénat s’affilie à la Faculté des arts de l’Université de Montréal.

Le séminaire

En 1948, le juvénat est consacré «séminaire» et devient par surcroît un collège classique, lequel est toujours supervisé par l’Université de Montréal. Ce nouveau statut fait doubler le nombre d’élèves, qui atteint 150 en 1952. Le père directeur Roger Pérusse propose alors la construction d’une nouvelle aile incluant un gymnase. Cette section prit le nom de Pavillon Thibault.

Dans ce courant, on acquit, en 1951, un bout de terrain en bordure de la future rue Saint-Sacrement. Dix ans plus tard, l’on fit de même en procédant à l’acquisition des anciens jardins Masson et d’une bande de terre restante le long de la rue Saint-Michel, permettant ainsi au séminaire de parer aux agrandissements potentiels, considérant l’urbanisation rapide du secteur.

Un second agrandissement survient en 1962 avec la construction du Pavillon Eymard, lequel honore le fondateur de la communauté religieuse. On y aménagea une salle d’étude, une bibliothèque, des laboratoires et des locaux utilitaires. Le 10 juin 1964, la Congrégation cède la propriété à une nouvelle entité administrative autonome, désignée sous le nom de «Séminaire des Pères du Saint-Sacrement».

La Révolution tranquille des années 1960 eut rapidement un impact sur la vocation du séminaire; les bouleversements des pratiques religieuses entraînèrent rapidement une forte diminution des candidats au sacerdoce. Si bien qu’en 1967, dans la foulée des réformes sur l’éducation et tentant de répondre aux besoins engendrés par la croissance démographique du milieu, le séminaire accueillit 400 élèves de la Commission scolaire régionale Duvernay, auxquels s’ajoutèrent les 140 élèves réguliers du séminaire. Cette expérience se terminera en juin 1973. Le pensionnat est supprimé en 1970 et les filles sont dorénavant admises au «séminaire».

De 1902 à 1972, les Pères du Saint-Sacrement transmirent leur formation intellectuelle et morale à environ 3 000 jeunes; de ce nombre, 250 accédèrent à la prêtrise.

Les Éducateurs associés et l’école secondaire Saint-Sacrement

Le temps des collèges classiques était révolu, la direction transforma l’établissement en école secondaire privée. Le 10 juillet 1972, une nouvelle corporation est créée, «Les Éducateurs associés», présidée par Mgr Charles Lussier, curé de la paroisse. L’équipe, dotée d’un conseil d’administration et du personnel enseignant, s’affaire à mettre en œuvre une école et un projet éducatif qui vise le développement des talents intellectuels, artistiques et sportifs de chacun. Ce cadre, bien que moderne, respectait les grands principes qu’avait élaborés le père Leblond, au début du juvénat.

Le 19 novembre 1973, les pères concrétisent la vente de l’école à la nouvelle corporation de l’école secondaire Saint-Sacrement, pour la somme de 803 845 $. S’amorce alors un essor digne de mention. Dès la première année, 700 jeunes sont inscrits à l’école. Le nombre ne cessera de croître, l’école connaît une vague d’agrandissements : une cafétéria en 1974, à laquelle s’ajoutent de nouveaux pavillons : Charles-Lussier (1978), des Fondateurs (1980), Musique (1980), Pavillon 1988, Yves-Lemire (1994), faisant plus que doubler la superficie de l’ancien séminaire.

Le Collège Saint-Sacrement

Le 27 novembre 1999, l’école secondaire Saint-Sacrement devient le Collège Saint-Sacrement. Les années 2000 se déroulent aussi sous le signe de la croissance où s’ajoutent les pavillons Saint-Louis-de-France (2000), Auditorium (2001), Agora (2007), les plateaux sportifs extérieurs et deux gymnases (2010), et le 3e étage du Pavillon 88 (2011). À la fin de l’automne 2012, le collège disposera d’un nouveau centre de documentation à la fine pointe des technologies.

Le collège compte en ce moment 1 560 élèves. La «crème des élèves», diront certains. Il est vrai que la qualité de l’enseignement dispensée à cet endroit sort de l’ordinaire. Soulignons également que le collège dispose d’équipements pédagogiques, sportifs et culturels dignes de mention. Enfin, la région peut être fière d’abriter la «meilleure» école secondaire privée du Québec, si l’on se fie aux palmarès; mais c’est bien plus que cela, avec sa salle de spectacle, sa chapelle, ses équipements et plateaux sportifs, le collège fait office de partenaire actif dans la communauté. Souhaitons encore «longue vie» à cet établissement.

 

_________________________________

Sources :

Album souvenir 100 ans de tradition vivante, Collège Saint-Sacrement 1902-2002.

Boismenu, Léo (1924). Les étapes d’un manoir canadien – Le Château Masson.

Fonds de recherche de l’auteur sur l’histoire du Collège Saint-Sacrement.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar