Un brin d’histoire

Claude Martel
Un brin d’histoire
Le chœur de la chapelle du Collège Saint-Sacrement. (Collection Collège Saint-Sacrement)

La chapelle du Collège Saint-Sacrement

Voici un secret bien gardé de notre région! La chapelle du Collège Saint-Sacrement est certes des plus remarquables et constitue un des plus beaux spécimens d’architecture romane au Canada. Sa construction s’est amorcée en 1912 afin de répondre aux besoins du Juvénat des Pères du Très-Saint-Sacrement.

 

La construction de la chapelle

Depuis 1902, les Religieux du Très-Saint-Sacrement avaient transformé l’ancien «Château Masson» en institution d’enseignement visant principalement la formation de jeunes prêtres. La petite chapelle improvisée en 1902 ne convenait plus à l’effectif grandissant du juvénat, c’est pourquoi, en 1912, on mandata l’architecte montréalais Charles Bernier afin qu’il conçoive les plans d’un sanctuaire de style «romano-gothique, à la manière des églises angevines». Le temple se devait d’être suffisamment spacieux pour accueillir les juvénistes, dont le nombre était toujours croissant.

Les travaux de construction furent confiés à l’entrepreneur Louis-Joseph Fauteux, de Saint-Benoît (Mirabel). La chapelle étant construite derrière l’ancien manoir, cela fait en sorte qu’elle est peu visible des passants; elle n’en demeure pas moins des plus attrayantes, voire exceptionnelles. Elle est complétée en 1913, et la bénédiction solennelle a lieu le 8 septembre de la même année en présence de deux pères considérés comme bienfaiteurs : Arthur Letellier de New York et Alphonse Pelletier, ancien économe de Montréal. La chapelle ne compte qu’une seule nef de65 piedsde longueur (y compris le sanctuaire) et de33 piedsde hauteur, partagée en trois travées surmontées d’une voûte formée par des croisées d’ogives sur plein cintre.

Les murs sont massifs comme il convient au style roman et leur surface se divise en deux étages. Le premier consiste en une arcade cintrée supportée par les piliers. La première travée de chaque côté de la nef, près du chœur, s’ouvre en niche semi-circulaire formant chapelles avec voûte en «cul-de-four». Au-dessus de cette arcade qui ceinture l’édifice et qui se poursuit, le second étage forme une corniche au dessin sobre servant d’appui à la série des fenêtres trilobées qui s’inscrivent sous les archivoltes. Notons que le sous-sol de la chapelle fut aménagé en salle de récréation pour les élèves.

La décoration intérieure

La chapelle d’allure gothique présentait de grandes surfaces planes qui, de toute évidence, se prêtaient bien à une abondante décoration picturale, comme le voulait la tradition en art religieux. C’est ainsi qu’en novembre 1917, sous la gouverne du père Joseph Thibault, alors supérieur du juvénat, s’amorce la grande décoration dela chapelle. Cedernier s’empresse de recourir aux services d’un artiste peintre issu de la région, dont la célébrité était grandissante; c’est ainsi qu’il mandate Georges Delfosse pour exécuter les 24 tableaux, les 6 anges et les 10 portraits de personnages religieux qui font l’ornement principal de la chapelle.

En avril 1922, les pères mandatent le décorateur d’églises bien connu de Montréal, Toussaint-Xénophon Renaud, créant un formidable tandem Delfosse-Renaud. Ceux-ci décident de combler les espaces non peints en redonnant aux éléments structuraux, tels que colonnes, pieds-droits, arcs, etc., une apparence de pierre de Caen ou de marbre, de sorte que toute l’armature de l’édifice donne une impression de force. Ces imitations, d’un réalisme admirable, sont l’œuvre d’un artiste belge, M. Charlier.

C’est en 1924 que se terminent les travaux de décoration. L’ensemble de l’œuvre présente de façon harmonieuse une pensée maîtresse, c’estla «Glorificationde l’Eucharistie», si bien que les peintures de cette chapelle envisagent ce sacrement sous tous ses aspects. En somme, les oeuvres résument l’histoire du dogme eucharistique. Une visite commentée de toutes ces toiles nous plongerait dans un cours d’histoire sainte, mais également dans un cours d’histoire de l’art fort intéressant. Dommage que l’espace ne nous permet pas de développer davantage sur cet aspect et sur cette richesse artistique.

Le visiteur observera que les grands panneaux sous les arcades de la nef ont été réservés à saint Tharsicius, premier martyr de l’eucharistie et patron dela chapelle. Faut-ilrappeler qu’au début du juvénat, ce dernier portait le nom de Saint-Tharsicius? D’ailleurs, on remarque deux chapelles latérales : celle de droite nous présente l’apothéose où saint Tharsicius monte au ciel entouré d’anges qui chantent son triomphe, alors que celle de gauche est dédiée àla Sainte Viergeet est ornée d’une peinture qui représente la communion de Marie par saint Jean. Au-dessus de la tribune de l’orgue, sur le mur du fond, on retrouve une toile présentant la mort de saint Joseph.

Bref, la chapelle se veut un lieu riche en œuvres d’art, notamment lorsqu’on compare sa taille. Dans le journal «La Presse» du 25 avril 1932, un journaliste demanda à T.-X. Renaud quelle était la plus belle des quelque 200 églises ou chapelles qu’il avait décorées. Sa réponse fut la chapelle des Pères du Saint-Sacrement, à Terrebonne.

Au moment de leur départ, les pères laissèrent sur les lieux une œuvre d’art, le buste de saint Julien Eymard, fondateur de la communauté des Religieux du Très-Saint-Sacrement. La richesse de cette œuvre réside dans le fait qu’elle constitue un original du célèbre sculpteur Auguste Rodin, lequel était un ami du saint fondateur.

Une grande valeur patrimoniale

La chapelle du Collège Saint-Sacrement possède une valeur artistique qui mérite d’être connue du grand public. Elle se distingue principalement par un cachet religieux que l’on retrouve assez rarement dans les lieux de culte, notamment en raison de sa thématique sur l’eucharistie, mais aussi en raison de la notoriété des artistes qui ont œuvré à sa décoration. Elle est sans contredit d’une pureté de style remarquable et constitue un des plus beaux spécimens d’architecture romane au pays.

L’équipe d’animation de l’Île-des-Moulins organise des visites guidées du Manoir Masson en période estivale. Pour le moment, vous pouvez admirer les lieux lors des conférences mensuelles de la Société d’histoire de la région de Terrebonne. Nous émettons le souhait que ce lieu puisse davantage servir à la diffusion culturelle de la région au cours des prochaines années!

 

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Sources :

«Album souvenir 100 ans de tradition vivante», Collège Saint-Sacrement 1902-2002.

Boismenu, Léo (1924). «Les étapes d’un manoir canadien – Le Château Masson».

Fonds de recherche de l’auteur sur l’histoire du Collège Saint-Sacrement.

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