UN BRIN D’HISTOIRE

Par Claude Martel
UN BRIN D’HISTOIRE
Représentation type d’une chapelle au temps de la mission Les Bois.

La mission Les Bois
La mission Les Bois : un nom évocateur et poétique qu’utilisa Louis Lepage de Sainte-Claire, vers 1720, afin de désigner l’embryon de ce qui deviendra la paroisse Saint-Louis-de-France-de-Terrebonne.

Les premiers seigneurs
André Daulier des Landes figure comme le premier seigneur de «Terbonne», en 1673. Toutefois, il ne mit jamais les pieds au pays. Louis Lecompte Dupré lui succède, en 1681, et démontre peu d’intérêt pour le développement de la seigneurie. Les premiers colons arrivent à Terrebonne en 1702; ils se nomment Pierre Maisonneuve, Pierre Limoges et Jean Richard; quelques autres viendront s’ajouter à ceux-ci. Dupré meurt en 1715, sa veuve vend la seigneurie (1718) à François-Marie Bouat, lequel est fort occupé et s’intéresse peu au sort des quelques colons de Terrebonne.
La vision de Louis Lepage de Sainte-Claire
Le 2 septembre 1720, les Bouat vendent la seigneurie à l’abbé Louis Lepage de Sainte-Claire, curé de Saint-François et Lachenaie depuis 1715, et desservant des «Mille-Îles», nom donné à l’époque pour désigner Terrebonne.
L’arrivée de Lepage est salutaire pour les 16 familles établies aux Mille-Îles. Bien que sa tâche première est de veiller au bien spirituel de ses ouailles, l’abbé Lepage est un visionnaire et constate que les rapides entourant le domaine et les moulins présentent un fort potentiel de développement économique; c’est d’ailleurs la raison qui le poussa à s’endetter afin d’acquérir la seigneurie et d’établir une communauté prospère et durable. En ce sens, on reconnaît à Louis Lepage de Sainte-Claire le titre de véritable fondateur de Terrebonne.
En février 1721, un officier d’État vient s’entretenir avec les habitants des environs, à la chapelle de Saint-François-de-Sales, afin d’évaluer l’état de la population et les besoins en matière religieuse. À l’issue de la rencontre, on reconnaît la création d’une paroisse à Saint-François-de-Sales de l’Île Jésus (Laval) et la nécessité d’entreprendre la construction d’un presbytère à Lachenaie en vue de créer prochainement une paroisse. En ce qui concerne Terrebonne, la population n’est pas assez suffisante pour justifier la mise en place d’une paroisse et la construction d’une église, ce à quoi la population convenait en se disant satisfaite de recourir à l’église de Saint-François-de-Sales, alors située à la pointe est de l’Île Jésus.
Le 9 juin 1721, Lepage est nommé chanoine et vicaire général de la Cathédrale de Québec et obtint la permission de quitter le presbytère de l’Île Jésus et de s’établir dans sa seigneurie de Terrebonne afin de jouir de son droit de patronage.
À compter du printemps 1722, le nom «Mille-Îles» disparaît des registres au profit de «Terrebonne, paroisse de Lachenaie»; la fabrique de Saint-Charles-de-Lachenaie étant créée le 3 mars 1722, les habitants de Terrebonne sont desservis par le curé Lepage de Lachenaie, lequel habite maintenant à Terrebonne!
L’amorce d’une paroisse
Le fait que Lepage habite à Terrebonne incita probablement les habitants du lieu à changer d’avis au sujet de leur lieu de culte. Ils encouragent alors leur curé et seigneur à construire une chapelle et même à ériger Terrebonne en paroisse. Bénéficiant de son droit de patronage, Lepage entreprit des démarches auprès de son évêque dès l’été 1722 afin de pouvoir construire une chapelle. Le 3 août, la requête est accordée, et Lepage entreprend le projet.
Le 27 février 1723, devant le notaire Senet, Pierre Maisonneuve vend un terrain dont une partie servira à la future chapelle. La construction de la chapelle s’amorce au printemps suivant, si bien que le 30 septembre 1723, le curé Lepage célèbre la première messe, dans ce qu’il désignera sous le nom de la «mission Les Bois». La veille, le seigneur Lepage fit parvenir à Mgr de Saint-Vallier, évêque de Québec, une requête lui demandant d’ériger Terrebonne en paroisse sous le vocable de saint Louis, roi de France.
La chapelle était située près de la rivière des Mille Îles où se trouvent de nos jours les balançoires pour enfants derrière le stationnement de l’Île-des-Moulins.
La construction de la chapelle s’était faite assez rapidement, elle était pratiquement terminée à la fin de l’année 1723. Bâtie moitié pierre, moitié bois, il appert qu’elle ne fut véritablement jamais complétée, du moins comme on l’avait initialement conçue.
Les archives ne nous dévoilent pas la réponse de l’évêque à la requête d’érection de Lepage. Toutefois, les archives paroissiales débutent en 1724, et dans un acte du notaire Nicolas Senet du 25 juin 1724, on observe que la «Fabrique de la paroisse de St-Louis-de-Terrebonne» concède les bancs de la chapelle à ses colons, c’est donc que la nouvelle paroisse est bien organisée. C’est pourquoi on reconnaît que l’année de fondation de Terrebonne remonte à 1723.
Autre signe tangible que la paroisse est bien établie, le curé Lepage commence la tenue des actes d’état civil (baptême, mariage, sépulture) le 11 mars 1725, lors du baptême de Pierre-Marie Labelle, fils de Joachim Labelle et Madeleine Brunet.
Enfin, la reconnaissance officielle arrive le 1er juillet 1727, lors de la publication du décret d’érection de la paroisse religieuse dédiée à St-Louis-de-France, également «patron» du curé-fondateur de la paroisse. Terrebonne est bel et bien né, vive Terrebonne!
(Sources : Nombreux documents d’archives provenant du Fonds de recherche de l’auteur sur l’histoire de Terrebonne. Masson, Henri (1982). La Seigneurie de Terrebonne sous le Régime Français, Édition de l’auteur, Montréal, 205 pages.)

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