UN BRIN D’HISTOIRE

par Claude Martel, géographe-historien
UN BRIN D’HISTOIRE
Plan démontrant les limites de la seigneurie de Repentigny, en 1647, superposé sur un fonds de carte actuel.

16 avril 1647 : Début de notre histoire

Notre histoire débute à Paris le 16 avril 1647, au moment où la Compagnie de la Nouvelle-France concède à Pierre Legardeur de Repentigny une seigneurie de quatre lieues de front sur le fleuve Saint-Laurent et dépassant l’embouchure de la rivière des Prairies, sur six lieues de profond. Cette seigneurie prend dès lors le nom de Repentigny.

Une chronique un peu spéciale où je vous invite à lire l’acte original de concession de la seigneurie. Nous avons volontairement transcrit l’orthographe de l’époque, question de vous mettre dans l’ambiance de 1647. L’acte nous plonge dans le décorum protocolaire de la royauté française. Elle nous décrit les limites de la seigneurie en fonction des repères connus de l’époque. Vous y découvrirez également les règles qui encadrent alors la fonction de seigneur. Notez aussi que les notaires étaient rémunérés en tenant compte du nombre de mots!

A tous présent et à venir, salut :

Nostre plus grand désir ayant toujours estédestablir une forte colonie de naturels françois en la Nouvelle France affin que leur exemple les peuples sauvages du dit pays fussent instruits en la connoissance de Dieu et reduits a une vie civile soubs lobeïssance du roy, nous avons reçu volontiers ceux qui se sont présentés pour nous aider en cette louable entreprise et spécialement quand nous avons reconnu quils estoient disposez d’entreprendre la culture de quelque partie des terres concédées à notre dite Compagnie par le deffunct roy de glorieuse mémoire, à ces causes estant pleinement certifiez des louables qualitez de Pierre LaGardeur escuyer sieur de Répentigny, à iceluy pour ces causes et autres a ce nous mouvants, avons donné, octroyé et concédé et en vertu du pouvoir à nous attribué par le roy notre souverain seigneur, donnons, octroyons et concedons par ces presentes les terres et lieux cy après declarez, cest à sçavoir quatre lieus de terre a prendre le long du fleuve St-Laurent du costé du nord, tenant d’une part aux terres cy devant concédés aux sieurs Chevrier LaRoyer en montant le long du dit fleuve Saint-Laurent, depuis la borne qui sera mise entre les dites terres des sieurs Chevrier et LeRoyer et celles cy a présent concédées jusqu’au dit espace de quatre lieues au quel endroit sera mise une autre borne, la dite estendue de quatre lieues sur six lieues de profondeur dans les terres pour en jouir par le dit sieur de Repentigny ses successeurs ou ayant causes des dites concessions ci-dessus en toutte propriété, justice et seigneurie et tenir les choses susdites à foy et hommage que luy ses successeurs ou ayant causes seront tenus de porter au Fort St. Louis à Québec en la Nouvelle France ou autres lieux qui leur pourra cy après estre désigné par la dite Compagnie, lesquels foy et hommage ils seront tenus de porter a chaque mutation de seigneur et de payer tous droits et redevances quil eschet pour les fiefs de cette dite pour les fiefs de cette dite qualité le tout suivant et conformément à la Coutume de la prevosté et vicomté de Paris que la Compagnie entend estre gardé et observé partout en la Nouvelle France, et à la charge que les appellations des juges qui pourroeint estre establis sur les lieux ressortiront neuement au parlement et cour souveraine qui sera cy après expliquée au nom de la dite Compagnie a Québec ou ailleurs en la Nouvelle France en outre le dit sieur de Repentigny ses successeurs ou ayant causes ny autres qui passent au dit pays pour habituer ou cultiver les terres cy dessus, traiter des peaux ou pelleteries avec les sauvages si  ce n’est quils soient reconnu pour habitants du pays et qu’ils ayent part en cette qualité a la concession de la traite qui a esté remise par la dite Compagnie à la communauté des habitans suivant les traittez faits entre la dite Compagnie et les dits habitans encore que les dits sieur de Repentigny ses successeurs ou ayans causes ou aucun habitans d’icelle empêcher le cours de la rivière St.Laurens ny d’autres qui se pourroient trouver dans les dites terres cy dessus concedées n ypretendre aucun droit sur les barques ou vaisseaux qui passeront en montant ou descendant ou singerer de les arester pour quelque cause ou occasion que ce soit et mêmes seront tenus de laisser un chemin royal sur le dit fleuve en la fason qu’il est le plus élevé jusques aux terres proche d’iceluy. Mandons a Monsieur de Montmagny gouverneur pour le roy à Québec et pour notre Compagnie qu’il mette en possession le dit sieur de Repentigny des terres et lieux cy dessus concédés et luy assigner les bornes et limites d’iceux, et du proces verbal qui en sera fait il en certifie la Compagnie au premier retours des vaisseaux.

Fait et concédé en l’assemblée generale des associez en la Compagnie de la Nouvelle France tenue au bureau de la dite Compagnie à Paris le seizième jour d’avril mil six cent quarante sept.

En temoin de quoy ont esté expédiez les presentes et a icelle apposé le sceau de nostre dite Compagnie

Par la Compagnie, (signé) LAMY, LE GARDEUR DE REPENTIGNY, BEGON

Évolution de la seigneurie

En 1670, la partie sise au nord des rivières des Mille Îles, des Prairies et l’Assomption passe aux mains de Charles Aubert de La Chesnaye. Cette partie de la seigneurie prend le nom de seigneurie de Lachenaie. Elle sera à son tour divisée en deux parties égales au milieu du 18e siècle; la partie ouest conserve le nom de Lachenaie, alors que la partie est prend le nom de seigneurie de L’Assomption.

De ce vaste territoire naîtront, dans l’ordre, les paroisses de Lachenaie (1683), Repentigny (1684), Mascouche (1750), Saint-Roch-de-l’Achigan (1787), Saint-Esprit (1808), Saint-Lin (1835), Saint-Paul l’Ermite (Le Gardeur) (1856), Charlemagne (1906), de même que des parties de l’Assomption, La Plaine (1915), l’Épiphanie, Saint-Alexis et Sainte-Julienne. 

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Source : Archives nationales du Québec, Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, demandé par une adresse de l’Assemblée législative, 1851.

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