UN BRIN D’HISTOIRE

par Claude Martel, géographe-historien
UN BRIN D’HISTOIRE
Le «manoir Fraser-Mackenzie-Masson», résidence de L.-F.-Rodrigue Masson.

Terrebonne : lieu de passage de l’aristocratie

Les archives du notaire Ernest-S. Mathieu renferment un savoureux petit texte de son cru dans lequel il relate les visiteurs de marques qui fréquentaient la famille Masson au 19e siècle. Rappelons que le notaire Mathieu fut l’un des pionniers dans la recherche de faits historiques sur Terrebonne; il fut également maire de la Ville(1).

 

Le récit de Mathieu

«Deux hommes dans la famille de l’honorable Joseph Masson sont surtout remarquables et ont jeté sur notre ville un éclat inaccoutumé en recréant les bonnes habitudes du vieux régime.

L’honorable Édouard Masson, conseiller législatif, qui vécut à Terrebonne durant les années 1855 à 1875, était un homme d’un esprit vif et délicat, de manière élégante et d’une politesse toute française. Favorisé de la fortune, il joignait à ces qualités une grande générosité et était secondé par son épouse dont le salon devint un des plus brillants de la province. On voyait chez M. et Mme Masson, à toutes les époques de l’année, une suite ininterrompue de visiteurs distingués, composée des hommes les plus influents dans la politique, le commerce ou les beaux-arts.

C’était le point de ralliement de tous les intellectuels et de l’élite de la société canadienne du temps. D’après les renseignements par les contemporains, on y rencontrait surtout les deux Morin, Labrèche-Viger, Arthur Buies, Thomas, J.-Jacques Loranger, Norbert Dumas, Papin, Louis-Joseph Papineau, le juge J.-C. Laberge, le Dr Jules Prévost, le juge Casault, Cyrille Tessier de Québec, les Doutre, Gédéon Ouimet, Georges-Étienne Cartier, Dorion, Geoffrion, Cherrier, L.-O. David et autres.

En outre, chaque fois qu’un étranger jouissant d’une notoriété quelconque, diplomate, homme d’état ou simplement avec un nom connu arrivait à Montréal, il recevait chez lui une invitation des Masson. Bien rares étaient ceux qui manquaient de profiter de cette bonne fortune.

Une autre grande figure de notre monde terrebonnien, l’honorable Rodrigue Masson, ancien ministre et lieutenant-gouverneur de la province, reçut également la bonne société dans Terrebonne. C’était un homme supérieur par son intelligence et son amour de l’étude.

On peut dire que des carrières se sont faites dans ces salons choisis. Louis Riel, Adolphe Chapleau, entre autres, bénéficièrent des largesses de la seigneuresse Masson et purent ensuite parfaire leurs études et leur éducation au Collège Masson et entrer dans cette société. Nul doute que l’influence de ce milieu polit davantage les dons naturels de ces grands hommes dont l’Histoire a conservé les noms».

Les Masson

Il ne fait aucun doute que l’arrivée à Terrebonne, en 1832, de la première famille de millionnaire canadien-français vint redonner un certain lustre à notre patelin. Le seigneur Joseph Masson était bien branché dans le monde des affaires et de la politique, lui-même étant conseiller législatif (sénateur). À son décès, en 1847, son épouse, Sophie Raymond (la seigneuresse Masson), dirigea les destinées de la seigneurie en vraie «châtelaine», habitant un chic manoir qui forme aujourd’hui la partie avant du Collège Saint-Sacrement. Elle entretenait également des liens avec l’élite bourgeoise du pays, ainsi qu’avec les dirigeants du clergé. Deux des douze enfants du couple Masson parvinrent à se distinguer par leurs actions professionnelles et politiques : Édouard et Rodrigue. Le premier se distingue comme le fondateur de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, il fut officier de milice et conseiller législatif. Le second fut un pilier de la Confédération canadienne, ministre de la Milice et Lieutenant-gouverneur du Québec de 1884 à 1887.

Les notables visiteurs

Certains noms cités dans le texte vous sont familiers, d’autres moins! Voici brièvement qui étaient ces visiteurs de marque qui fréquentaient les Masson. Ils avaient pratiquement tous un point en commun, soit celui d’être reconnus comme des personnalités politiques. La majorité était de brillants avocats qui se distinguaient pour leurs écrits, soit à titre de journalistes, d’écrivains ou d’intellectuels. Fait à noter, malgré que les Masson étaient «étiquetés» comme des conservateurs, on constate que leurs invités étaient de toutes les idéologies politiques, démontrant ainsi leur ouverture d’esprit.

Les «deux Morin» sont Augustin-Norbert Morin, avocat, journaliste, fondateur du journal «La Minerve», dirigeant du Parti Patriote, député et fondateur des paroisses de Sainte-Adèle et Morin-Heights; Louis-Siméon Morin, avocat et député; Louis Labrèche-Viger, natif de Terrebonne, avocat, député, journaliste et intellectuel «rouge»; Arthur Buies, journaliste, intellectuel, écrivain, supporte les œuvres de colonisation du curé Labelle; Thomas Chapais, journaliste, historien, rédacteur en chef du «Courrier du Canada», conseiller législatif pendant 54 ans; Jean-Jacques Loranger, homme politique, écrivain, juge, il œuvra sur l’abolition du régime seigneurial; Norbert Dumas, natif de Terrebonne, avocat, député, commissaire à l’évaluation du cadastre seigneurial; Joseph Papin, avocat, grand orateur et homme politique patriote, libéral d’esprit; Louis-Joseph Papineau, avocat, seigneur, chef du Parti Patriote; Dr Jules Prévost, frère de Gédéon-Mélasippe, un des Lions du Nord, médecin, secrétaire-trésorier du comté, grand bénévole; Louis-Napoléon Casault, avocat, député, juge en chef de la Province de Québec; Cyrille Tessier, notaire réputé de Québec; Joseph Doutre, avocat, écrivain, journaliste et anticlérical; Gédéon Ouimet, avocat, député, premier ministre du Québec en 1873-1874; Sir George-Étienne Cartier, avocat, député, réformateur de la justice et de l’éducation, premier ministre du Canada et père de la Confédération; Antoine-Aimé Dorion, avocat, député, opposant de Carter, juge en chef de la Cour du banc de la reine du Québec; Félix Geoffrion, notaire, député et ministre du Revenu; Come-Séraphin Cherrier, avocat réputé, député patriote, président de la Banque du Peuple, doyen de la faculté de droit de l’Université Laval à Montréal; et Laurent-Olivier David, avocat, journaliste, député et sénateur.

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Source : Fonds de recherche de l’auteur.

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