Un brin d’histoire

Claude Martel
Un brin d’histoire
Six pionnières de l’AFÉAS de Mascouche, vers 1968-69 : Ludivine Pauzé, Lucienne Patenaude, Éva Richer, Thérèse Lapointe, Yvonne Nadeau et Rita Desnoyers. (Photo: AFÉAS)

L’AFÉAS de Mascouche : des militantes féminines depuis 72 ans

Si elles célèbrent cette année le 50e anniversaire de la réorganisation de l’organisme, sous le nom de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFÉAS), il n’en demeure pas moins que, depuis 1944, ce groupe de femmes de Mascouche s’investit dans la cause du mieux-être des Mascouchoises.

L’Union catholique de fermières de Mascouche

Tout commence, très loin d’ici en 1931, alors que le pape Pie XI émet une encyclique sur la «doctrine sociale de l’Église». Dans cette optique, en 1937, l’Épiscopat québécois produit une lettre magistrale sur le problème rural et invite les aumôniers de l’Union catholique des cultivateurs (UCC), aujourd’hui l’Union des producteurs agricoles (UPA), à l’étude et à l’application de cette doctrine.

Bien qu’œuvrant dans l’ombre, quelques femmes s’intéressaient aux activités de l’UCC et particulièrement au mieux-être des familles en milieu rural. C’est dans ce contexte qu’en 1937, des femmes du diocèse de Rimouski fondent le premier cercle d’étude féminin en milieu rural. Les cercles féminins de l’UCC, aussi connus sous le nom de Dames de l’UCC, vont organiser un syndicat coopératif régional d’arts paysans afin d’accroître les revenus des familles d’agriculteurs.

Rapidement, le journal de l’UCC, La Terre de Chez-Nous, va relater les activités des Dames, si bien que des femmes d’autres régions vont les imiter. En septembre 1944, lors du congrès diocésain de l’UCC de Nicolet, Mme Omer Côté propose la création d’un organisme féminin autonome et un comité provisoire est formé de femmes provenant des diocèses où les Dames étaient déjà actives, soit Rimouski, Joliette, Chicoutimi, Nicolet et Sherbrooke. Le 5 octobre suivant, les femmes fondent L’Union catholique des fermières (UCF); le congrès de fondation a lieu à Québec le 19 octobre 1944, où 200 femmes de cultivateurs répondent à l’appel.

Quelques semaines plus tard, soit le 6 novembre 1944, naît officiellement l’UCF de Saint-Henri-de-Mascouche. Il semble bien que, depuis déjà quelques années, un groupe de femmes de Mascouche militaient déjà au sein des Dames de l’UCC. Parmi les pionnières, Mme Victor Pauzé joue un rôle central; elle est l’épouse du propriétaire du Comptoir d’escompte de Mascouche, une sorte de banque privée qui soutenait les commerces locaux et incitait les gens à l’épargne.

Hormis leur participation à des associations religieuses, c’est une époque où les femmes sortent encore très peu de leurs foyers, encore moins pour militer. C’est l’époque où les femmes portent encore le nom entier de leur mari, exemple Mme Victor Pauzé et non Ludivine Pauzé. Bref, les femmes ont encore très peu de droits, elles sont pratiquement la «propriété» de leur mari. Cela explique pourquoi la naissance de «cercles de fermières», nom usuel donné à cet organisme, se faisait plutôt rare au Québec. En 1947, on ne retrouve que 22 cercles, et 10 ans plus, il y en a seulement 33. Le cercle de Mascouche est toutefois bien actif. Les femmes se rencontrent mensuellement et consacrent une part de leurs travaux à l’enseignement de l’artisanat.

L’Union catholique des femmes rurales

En septembre 1957, l’association change de nom pour devenir l’Union catholique des femmes rurales (UCFR). Comme son nom l’indique, l’organisme s’adapte à la transformation du milieu rural. On réalise aussi que plusieurs membres ne sont pas des femmes d’agriculteurs. La devise de l’UCFR : «Sourire, travailler, prier» témoigne encore des valeurs de l’époque, de la proximité de l’Église et du rôle de soutien des femmes au foyer. Mais au cours de cette période, pré-Révolution tranquille, on incite les membres à prendre plus de responsabilités dans la famille et la communauté, et ce, tant dans les domaines économiques, sociaux, intellectuels, moraux et religieux.

Si l’UCFR œuvrait en milieu rural, un organisme similaire existe dans les villes depuis 1947, c’était les Cercles d’économie domestique (CED). À compter de 1963, un comité de coordination permet un dialogue entre les deux groupes, il en résulte que le 22 septembre 1966, les déléguées des CED et de l’UCFR conviennent de fusionner les deux organismes qui dorénavant formeront l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFÉAS).

L’AFÉAS

La Révolution tranquille va permettre l’émancipation des femmes au Québec. L’AFÉAS est de toutes les batailles, surtout à compter des années 1970. L’organisme devient aussi laïc, rompant ses liens historiques avec l’Église. La mission de l’organisme se précise; elle défend les intérêts des femmes auprès des instances décisionnelles, au moyen de pétitions, de mémoires ou de rencontres avec les acteurs politiques. Les cercles locaux, comme celui de Mascouche, encouragent les femmes, par des activités, à prendre leur place dans la société et à lutter pour l’égalité entre les sexes.

Le 12 avril 1969, l’AFÉAS de Mascouche fête son 25e anniversaire lors d’un grand banquet. On rend hommage aux anciennes présidentes. Par la suite, l’AFÉAS va surtout commémorer leurs fêtes en fonction de la nouvelle appellation de 1966. Depuis sa création, le mouvement a permis de réduire considérablement l’écart entre les hommes et les femmes, en militant pour le  nom des femmes, les allocations familiales, le partage des biens entre conjoints, les pensions, les services de garde, etc.

La liste des dossiers actifs du mouvement est très longue : reconnaissance du travail invisible (à la maison), conciliation travail-famille, violence et intimidation, hypersexualisation, aidants naturels, laïcité de l’État, registre des armes à feu, etc.

En 2016, le cercle de Mascouche compte 80 membres actives qui se rencontrent régulièrement à leur local de la Maison de la culture. À l’échelle du Québec, on compte 275 cercles locaux.

Après la Caisse populaire de Mascouche (aujourd’hui Caisse Le Manoir), l’AFÉAS est le deuxième plus ancien organisme de la MRC Les Moulins; elle œuvre pour le bien-être des femmes depuis 72 ans, cela mérite considérations et reconnaissances.

Sources : Divers documents de l’AFÉAS.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar