Un brin d’histoire

Claude Martel
Un brin d’histoire
Reconstitution cartographique du hameau de Terrebonne en 1736, d’après les informations connues (recherche et conception Claude Martel, géographe-historien).

La naissance du village de Terrebonne

Les premiers colons arrivent dans la seigneurie de Terrebonne en 1702, mais c’est la venue du seigneur et curé fondateur, Louis Lepage de Sainte-Claire, en 1720, qui va permettre la relance de la colonisation des terres, ainsi que l’édification d’importants moulins qui seront à l’origine du village.

 

Les débuts de la colonisation

Le traité de paix signé en 1701 avec les Iroquois permet de nouveau la relance de la colonisation autour de Montréal. C’est ainsi qu’arrivent Pierre Maisonneuve, Pierre Limoges et Jean Richard en 1702; quelques autres viendront s’ajouter à ceux-ci.

Le secteur formant aujourd’hui le cœur du Vieux-Terrebonne servait au départ de commune, c’est-à-dire une grande terre réservée afin que les colons puissent y faire paître leur bétail. Toutefois, en 1711, le seigneur Louis Lecompte-Dupré concède une partie de la commune à Pierre Maisonneuve, qui s’y était déjà établi.

Le 2 septembre 1720, l’abbé Louis Lepage de Sainte-Claire achète la seigneurie de Terrebonne. L’arrivée de Lepage, curé de Saint-François et Lachenaie depuis 1715, et desservant des «Mille-Îles» (nom donné à l’époque pour désigner Terrebonne), est salutaire pour les 16 familles établies à cet endroit. Bien que son rôle de curé est de veiller au bien spirituel de ses ouailles, Lepage est un visionnaire et constate que les rapides entourant la limite est de sa seigneurie présentent un fort potentiel de développement économique; c’est d’ailleurs la raison qui le pousse à s’endetter afin d’acquérir la seigneurie et d’y établir une communauté prospère.

Dès juillet 1721, on note la présence d’un imposant et nouveau moulin à farine (site actuel de la bibliothèque), celui-ci sera agrandi par la suite et on y ajoutera, en 1725, un moulin à scie. Lepage vint également s’établir à proximité du moulin. Cela incita probablement les habitants du lieu à vouloir se doter d’une chapelle et même à y ériger une nouvelle paroisse. Dès l’été 1722, des démarches sont entreprises auprès de l’évêque afin de construire une chapelle.

Le 27 février 1723, Pierre Maisonneuve vend un terrain en bordure de la rivière, au sud du moulin, afin de construire une chapelle. Le 30 septembre suivant, Lepage célèbre la première messe dans le nouveau temple. La paroisse Saint-Louis-de-France venait de naître! Toute porte à croire qu’entre 1723 et 1727, Lepage réintègre la terre de Maisonneuve à son domaine (le 3e), afin de se doter d’une réserve de terre pour la mise en œuvre d’un bourg. Le seigneur prend également soin d’ériger un grand hangar-entrepôt près du moulin derrière lequel il aménagera son jardin personnel.

La concession des premiers lots du village

Même si les autorités coloniales ne favorisaient pas l’établissement de village, Lepage en érigea un, répondant aux besoins et potentiels d’affaires engendrés par la présence de si gros moulins marchands.

C’est le 6 mars 1727 que les deux premiers terrains du village sont concédés, devant le notaire Nicolas Senet, en faveur du forgeron Antoine Vermet et d’Étienne Charles dit Quenoche, lequel revend le même jour à François Brunet, alors qu’en 1728, Vermet vend au marchand Charles Biron. En 1729, c’est Michel Castonguay, taillandier (fabricant d’outils tranchants), qui reçoit un terrain, mais ce dernier le rétrocède en 1735 et il est aussitôt concédé au tailleur d’habit Pierre Dufour dit Latour. En 1730, Marin Forest reçoit un emplacement, mais ne semble pas l’utiliser. L’année suivante, le meunier François Simon dit Delorme obtient un lot.

En 1731, un terrain est ajouté à celui de la fabrique en faveur de la construction d’un presbytère. Trois ans plus tard, la petite chapelle fait place à la construction d’une véritable église en pierres. Entre 1732 et 1735, un nommé Louis Jean dit Denis figure parmi les censitaires, mais ce dernier n’y reste pas longtemps, tout comme Agnès et François Brunet dit Belhumeur, qui reçoivent des emplacements en 1735, qu’ils n’occupent plus l’année suivante.

Portrait du «hameau» de Terrebonne en 1736

Comme l’exigeait la coutume seigneuriale, Louis Lepage se rendit chez l’Intendant, à Québec, le 20 mai 1736, afin de déposer son «aveu et dénombrement». Ce document nous dresse un portrait précis de la seigneurie. Ainsi, on compte 88 censitaires et 53 maisons, dont 6 censitaires et 5 maisons dans le «3e domaine» où Lepage est en train de «donner naissance» à un petit village autour des moulins. En voici une description en lien avec le plan ci-joint.

 

A Un grand corps de logis comprenant quatre moulins à eau faisant farine, de 120 pieds sur 42, à trois étages avec trois greniers au-dessus, construit de pierres. À 50 pieds de là, un autre moulin à deux scies, faisant 60 pieds sur 30, construit en bois. Une chaussée en maçonne de pierres, longue de 250 pieds sur 25, donne accès à «l’islet».

 

B Un grand hangar de 100 pieds sur 14, entouré de madriers.

 

C Une église de 92 pieds sur 36 avec deux chapelles en croix, chacune de 15 pieds, construites en pierres, couvertes de bardeaux et un presbytère de 37 pieds sur 30 construit de pièces sur pièces à un étage, couvert de planches.

 

D Charles Biron, marchand, possède un emplacement de 70 de front sur 40, sur lequel il y a une maison de pièces sur pièces de 36 pieds sur 27 avec deux cheminées de pierres.

 

E François Brunet, père, a un terrain de 90 pieds sur 70 avec une maison de pièces sur pièces, cheminées de pierres, de 34 pieds sur 24.

 

F Pierre Dufour (dit Latour) est tailleur d’habits et détient un emplacement de même dimension, avec le même type de maison.

 

G François Simon dit de L’Orme, meunier, possède un emplacement de 90 pieds sur 90 sur le chemin menant au moulin, sur lequel il y a une maison de pièces sur pièces, cheminée de pierres, de 30 pieds sur 20.

 

H Charles Gruet (dit Lafleur), cordonnier, possède un terrain de 90 pieds sur 70 avec une maison de pièces sur pièces similaire à celle de Brunet.

 

I Joseph Parent, forgeron, dispose d’un emplacement de 90 pieds sur 90, sur lequel il y a une forge de 18 pieds en carré construite de bois de pièces sur pièces, sans autre bâtiment.

 

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Sources :

Claude Blouin, conférence : «Le bourg de Terrebonne sous le régime Français 1720-1763», présentée à la SHRT le 26 janvier 2012.

Aveu et dénombrement de la seigneurie de Terrebonne en 1736.

Fonds de recherche de l’auteur sur l’histoire de Terrebonne.

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