Un Brin d’histoire

Photo de Claude Martel
Par Claude Martel
Un Brin d’histoire
Sophie Raymond-Masson. Œuvre du peintre Théophile Hamel, propriété du Collège Saint-Sacrement.

L’éloge funèbre de madame Masson – 1re partie

Le quotidien montréalais La Minerve dresse un long éloge funèbre de près de 1 700 mots dans son édition du 5 décembre 1882, rappelant aux lecteurs la mémoire d’une des plus grandes dames de l’histoire du Québec.

 

Madame Masson

Née le 6 octobre 1798 à Saint-Constant, Geneviève-Sophie Raymond épouse le marchand Joseph Masson en 1818. Le couple fait rapidement fortune, si bien que Masson devient le premier millionnaire canadien-français. En 1832, Joseph devient seigneur de Terrebonne, mais il meurt subitement en 1847. Sophie prit la relève des affaires familiales et sut gérer ce patrimoine avec brio. En 1854, elle emménage dans son nouveau manoir seigneurial, aujourd’hui la partie avant du Collège Saint-Sacrement. La «Châtelaine du manoir», comme on l’appelait si bien à Terrebonne, meurt entourée de sa famille et de Mgr Bourget, le 30 novembre 1882, à l’âge de 84 ans.

Funérailles en grande pompe

L’éloge funèbre tel qu’écrit dans le journal s’amorce en ces mots : «Les funérailles de madame Masson ont eu lieu hier, à Terrebonne, avec la plus grande pompe et au milieu d’un des concours les plus imposants. Il n’y avait pas moins de mille étrangers, venus de Montréal, ou du voisinage, et le cortège funèbre comprenait près de quinze cents personnes».

La nouvelle du décès de madame Masson mobilise toute la classe politique, religieuse et économique canadienne. Elle plonge la région tout entière dans le deuil. Les funérailles attirent de nombreuses personnalités, si bien qu’il faut recourir à un train spécial en partance de Montréal qui transporta trois ou quatre cents personnes.

Le cortège se mit en marche depuis le manoir pour se rendre à l’église voisine. À la tête du cortège, ses fils : l’honorable L.F-Rodrigue Masson (ex-ministre de la Milice et de la Défense), et John Masson (Jean-Romual), ainsi que leurs enfants. Parmi les porteurs se trouvent le député de Terrebonne (ex-premier ministre du Québec), Adolphe Chapleau (qui doit une part de son éducation à la générosité de madame Masson), Charles-Eugène Boucher de Boucherville (sénateur, ex-premier ministre du Québec) et Gédéon-Mélasippe Prévost, notaire, ex-député et maire fondateur de la Ville de Terrebonne.

La messe est célébrée par Mgr Vital-Justin Grandin, évêque de Saint-Albert (Alberta) et ami de la défunte. Il est assisté de l’abbé Joseph-Isidore Gratton, curé de Mascouche et confesseur de madame Masson. Une trentaine d’ecclésiastiques se tiennent dans le chœur de l’église; parmi eux, Antoine Labelle, curé de Saint-Jérôme et «apôtre» de la colonisation du nord de la région, une cause que soutenait la famille Masson, mais aussi des représentants des séminaires de Montréal, de Sainte-Thérèse, de Saint-Hyacinthe, du Collège de l’Assomption, de l’asile des sourds-muets, ainsi que de nombreux curés et prêtres des environs, sans oublier le bon curé Piché de Terrebonne. La cérémonie est agrémentée du chœur du Gésu, avec orchestre, qui interprète entre autres le requiem de Casciolini. L’absolution à la fin de la messe est prononcée par l’évêque de Montréal, Mgr Édouard-Charles Fabre.

Après l’absoute, la dépouille de madame est conduite dans le cimetière sous l’église, au-dessous du banc seigneurial, où reposent déjà les restes de son mari, Joseph.

L’article nécrologique ne manque pas de souligner que «Madame Masson laisse à Terrebonne et dans le district de Montréal un souvenir qui ne s’effacera pas de longtemps et que la génération actuelle transmettra à la génération suivante»; ce fut bien le cas. Le rédacteur souligne aussi que «dans l’éclatante démonstration qui vient d’avoir lieu… qu’aucune femme, dans notre pays, n’avait encore été l’objet».

Reconnue de tous à son époque comme une grande dame et une grande chrétienne, elle prit en main, à la mort de son mari, la destinée d’une grande fortune qui était alors (en 1847) estimée à environ deux millions de dollars. Bonne gestionnaire, visionnaire, elle se donna aussi comme mission de faire le bien, d’être utile aux autres et de consacrer une part significative de sa fortune aux pauvres, à l’éducation et aux institutions charitables. La semaine prochaine, nous découvrirons son œuvre!

___________________

Source : Journal La Minerve, 5 décembre 1882, page 2.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar