Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Le manoir Masson. (Photo : SHRT)

L’éloge funèbre de madame Masson – 2e partie

Après avoir décrit les détails des funérailles de madame Masson, le journaliste de La Minerve fait son éloge dans les termes qui suivent.

 

La mécène

«Elle a coopéré, de plus, à une quantité d’autres œuvres, et entre autres aux missions sauvages du Nord-Ouest, pour lesquelles cette admirable femme n’a pas donné moins de deux mille piastres. Aussi les missionnaires de là-bas étaient-ils dignement représentés hier par un de leurs chefs mêmes, l’officiant à la messe funèbre, Mgr Grandin, le vieil ami de madame Masson et l’un des principaux dispensateurs de ses charités.

Les sommes versées aussi par elle entre les mains de Mgr Taché, et que celui-ci a placées au Manitoba, ont tellement fructifié depuis que leur provenance vaut aujourd’hui près d’un million, par suite du développement de ce pays, et servent au dévoué archevêque de Saint-Boniface à fonder de nouveaux établissements.

Peu de temps avant de mourir, madame Masson avait encore donné une somme considérable aux commissaires d’écoles de Terrebonne, pour aider à la création d’un nouveau collège commercial. Elle avait donné aussi cent arpents de terre pour l’asile des sourds-muets de la même localité.

Elle donnait toujours et sans cesse, du reste, à tous ceux qui s’adressaient à elle et qui méritaient ses secours. Elle était associée aux œuvres multiples de Mgr Bourget dans le diocèse de Montréal, et était restée jusqu’à la fin en grands rapports d’amitié avec ce pieux et vénérable prélat, qui l’a assistée dans ses derniers moments.

À Terrebonne, autour d’elle, elle répandait à profusion ses bienfaits. Elle était le refuge des malheureux et des pauvres. Jamais on ne s’adressait à elle en vain. Jamais elle ne refusait de soulager une infortune. Elle nourrissait les indigents, soignait ou faisait soigner à ses frais les malades pauvres, veillait sur la paroisse comme si Dieu l’eût chargée de pourvoir aux besoins de tout ce qu’il y avait de nécessiteux et d’infortunés.

C’est en ces œuvres, à ces largesses qu’elle étendait à tout le district et même au Nord-Ouest, que passait la plus grande partie de ses revenus de millionnaire. Elle faisait cultiver, en arrière de sa demeure, deux vastes fermes, dont le produit allait tout entier aux couvents de Mascouche et de Saint-Vincent de Paul. Elle a fait instruire nombre de jeunes gens pauvres de sa paroisse, et a protégé d’autres qui ont fait depuis leur marque dans la société. Elle était, en un mot, la grande bienfaitrice, la providence de cette région.

La Châtelaine du manoir

Elle vivait elle-même largement, mais sans aucune ostentation, dans le splendide château qui lui servait de demeure et qu’elle habitait avec sa sœur, Madame Deschambault. Ce château, à six lieues de la ville, est assurément la plus belle habitation de campagne du pays, sans excepter Spencer Wood, résidence du lieutenant-gouverneur, ni Rideau Hall, résidence du gouverneur général. Il mesure cent cinquante pieds de long sur soixante-quinze de large. Il est à trois étages anglais et en pierre de taille. L’intérieur est d’une grande somptuosité, distribué et décoré avec  un goût exquis, et une richesse du meilleur goût. Il a coûté près de quatre-vingt mille piastres. Il est pourvu d’une usine à gaz spéciale et d’une fournaise à eau chaude. Madame Masson y avait un riche oratoire, orné de tableaux de maîtres d’une grande valeur, et où M. l’abbé Gratton, son confesseur, disait la messe fréquemment.

On dit que cette aristocratique demeure a été léguée par la défunte aux Sœurs de la Providence. Ce serait un dernier don à placer sur la liste de ceux qu’elle a faits de son vivant.

Est-il possible de trouver une existence de femme aussi dignement remplie, si ce n’est parmi celles dont la religion transmet le souvenir aux fidèles et qu’elles leur offrent comme modèles à suivre.

Madame Masson avait reçu du Ciel la richesse matérielle. Mais elle avait aussi reçu la richesse de l’âme et de l’intelligence, la richesse du cœur, qui ont fait qu’elle s’est servi de ses biens que pour les autres. Les riches comme elles sont plus que rares.»

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Source : Journal La Minerve, 5 décembre 1882, page 2.

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Denise Groulx Auteurs de commentaires récents
Denise Groulx
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Denise Groulx

Je suis toujours immensément intéressée d’en apprendre plus sur l’histoire du Québec et de ma nouvelle région, Terrebonne. Merci de nous informer avec autant de régularité.