Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Terrebonne en 1762, le plus gros village au Québec.

Les débuts de l’île des Moulins : l’ère La Corne 1745-1784

De 1720 à 1744, le seigneur et curé de Terrebonne, Louis Lepage de Sainte-Claire, va jeter les bases de l’économie locale en construisant et en exploitant le plus gros complexe de moulins à scie et à farine au Québec, mais les ambitieux projets de Lepage vont le mener à la ruine; son successeur, Louis de La Corne, va profiter d’une bonne conjoncture pour capitaliser ses moulins et faire de Terrebonne le plus gros village du Québec.

 

Louis de La Corne

Le 15 janvier 1745, Louis de La Corne devient propriétaire en titre de la seigneurie de Terrebonne, acquise des mains du curé-fondateur du lieu, Louis Lepage de Sainte-Claire. La Corne figure dans la petite noblesse canadienne, fait office de capitaine d’un détachement des troupes de la Marine et doit également une partie de sa fortune à ses activités dans le commerce des fourrures. Marié en 1740 à Élisabeth de Ramezay, la fille du gouverneur de Montréal, il aura avec elle 5 enfants, dont 4 atteignent l’âge adulte. En 1751, il est fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis et il quitte l’armée en 1758.

Le niveau de fortune et la notoriété des La Corne dans les cercles économiques et politiques de la colonie sont ici des éléments qui vont contribuer à l’accroissement des activités des moulins de Terrebonne. De plus, la conjoncture change du tout au tout en 1744, alors les dépenses militaires montent en flèche avec le début de la guerre de Succession d’Autriche. Si bien que les moulins de Terrebonne vont rapidement contribuer à l’approvisionnement en céréales. La Corne passe de gros marchés de vivres (céréales, pois, viande et autres denrées) avec l’État français. En 1745, La Corne s’associe au grand marchand de bois Charles Gervaise pour l’exploitation de ses deux moulins à scie (il n’en reste qu’un seul en 1757).

L’intérêt que porte le munitionnaire du roi, Joseph Cadet, envers Terrebonne va être très bénéfique. Le 31 décembre 1756, au début de la guerre de Sept Ans, Cadet afferme les moulins à des considérations extrêmement avantageuses pour La Corne. Les moulins servent donc presque essentiellement pour les besoins de l’État. Le tout est géré par un commis, Jacques Perra, celui-là qui fait construire, en 1759, la maison aujourd’hui connue sous le nom de Bélisle.

La succession La Corne

Lors du décès de Louis, en 1762, son épouse prend en main l’administration de la seigneurie jusqu’à ce que son fils aîné, Louis, prenne possession de l’héritage en 1772. Mais Louis meurt à son tour trois ans plus tard au fort Saint-Jean des suites d’une maladie; ses sœurs Marie-Louise-Charlotte et Marie-Angélique, ainsi que son frère François-Josué vont se partager la seigneurie et l’administrer.

En 1765, madame de La Corne afferme ses moulins à scie et à farine au marchand exportateur de Québec Alexandre Dumas pour 7 000 livres par an. Ce dernier vient s’établir à Terrebonne et sera accusé en 1779 d’avoir accaparé le marché du blé.

Faut-il rappeler qu’officiellement, depuis 1763, le Québec est une colonie britannique et que cela a ouvert de nouveaux marchés d’exportation vers l’Europe qui contribue davantage à la croissance de production des moulins. Le moulin à farine de Terrebonne exerce toujours un grand pouvoir d’attraction sur les marchands de grains. De 1763 à 1775, huit nouveaux marchands dont trois au moins sont engagés dans le commerce des grains et farines s’installeront à Terrebonne. C’est là la preuve que les moulins, particulièrement celui à farine, présentent une activité économique soutenue qui a grandement contribué à faire de Terrebonne le plus gros bourg (ou village) du Québec au cours de cette époque. La guerre d’Indépendance américaine va certes bouleverser le marché, mais la demande en ravitaillement des armées va compenser.

Le 10 mars 1784, le gros marchand de grains Jacob Jordan achète la seigneurie et marque le début du règne des Écossais sur Terrebonne.

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Source : Solange De Blois, «Les moulins de Terrebonne (1720-1775) ou les hauts et les bas d’une entreprise seigneuriale», Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 51, no 1, été 1997.

 

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