Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
L’île des Moulins d’après le plan de l’architecte John Atkinson en 1833.

L’île des Moulins sous les seigneurs britanniques 1784-1832

Le 10 mars 1784, le gros marchand de grains Jacob Jordan achète la seigneurie et marque le début du règne des seigneurs anglais et écossais sur Terrebonne. L’année suivante, il achète la seigneurie de Lachenaie.

 

Jacob Jordan

La seigneurie de Terrebonne est alors renommée pour «son étonnante production de blé», expliquant l’intérêt de Jordan pour Terrebonne et particulièrement pour son moulin à farine. D’ailleurs, en 1788, il figure au deuxième rang au Canada pour sa production avec 50 000 minots de blé transformés.

Les moulins de Terrebonne ne sont qu’un des maillons dans les affaires de Jordan, il diversifie d’ailleurs ses activités dans le rhum, le tabac et la fabrication de biscuits dans une boulangerie de Montréal. La Révolution française affecte les affaires de Jordan. Le 7 mai 1792, il est élu député du comté et meurt en fonction le 23 février 1796, âgé de 54 ans. Son fils, Jacob Jr., prend la relève comme seigneur et député du comté, mais sa carrière militaire le tient loin de Terrebonne, sans compter que les difficultés financières de la succession l’amènent à vendre la seigneurie. Bref, le passage des Jordan est peu marquant dans le développement de l’île.

Simon McTavish

Le 14 décembre 1802, l’âme dirigeante de la Compagnie du Nord-Ouest (CNO), Simon McTavish, se porte acquéreur de la seigneurie. La vocation de l’île devient étroitement liée à la traite des fourrures de la CNO, expliquant la construction de la boulangerie, en 1803 (toujours existante et seul bâtiment d’influence française dans l’île), mais également de nouveaux moulins et entrepôts qui vont contribuer à en faire un véritable centre commercial et industriel régional. En 1804, on effectue des réparations majeures sur le moulin à scie afin d’améliorer l’exportation de bois pour la construction navale. Le seigneur McTavish meurt le 6 juillet 1804; les frères Henry et Roderick Mackenzie administrent la seigneurie pour le compte de la succession McTavish.

La succession McTavish et Roderick Mackenzie

En 1807, on reconstruit les moulins ainsi qu’un pont couvert (probablement le premier au Canada) face aux moulins, reliant l’île à la place publique du village. Un incendie majeur vient détruire les moulins en 1812. L’agent de la seigneurie, Henry Mackenzie, mandate plusieurs artisans maçons et menuisiers-charpentiers pour reconstruire le moulin à farine, le pont, un quai et faire les travaux nécessaires au barrage, aux murs, hangar et maison.

En 1814, Roderick Mackenzie achète la seigneurie; toutefois, la veuve McTavish, sa belle-sœur, intervient en 1824 et parvient, à la suite d’un long procès, à faire annuler la vente.

L’arpenteur général Joseph Bouchette rapporte en 1815 que les moulins de Terrebonne sont sans contredit les plus complets et les mieux construits de tout le pays. Afin de faciliter le passage des grands canots chargés à craquer, la CNO fit construire, au milieu des rapides, de grands entrepôts qui vont disparaître avec le temps. Le complexe comprend également un moulin à carder et un moulin à fouler où l’on confectionne des étoffes de laine et des draps.

En 1816, on retrouve un moulin à scier la pierre provenant des carrières du côté de Saint-François-de-Sales. Avec son petit port, Terrebonne compte également un chantier naval.

En ce début de XIXe siècle, l’île des Moulins et Terrebonne connaissent en quelque sorte leur «âge d’or». Le déclin du commerce des fourrures se compense par celui du pin équarri et des douves. La chute du cours du blé au début de 1815, et la fusion de la CNO et de la Compagnie de la Baie d’Hudson (1821) viennent mettre un terme à cette période florissante de Terrebonne qui perd son rôle de centre d’approvisionnement des divers produits destinés au commerce des pelleteries dans la région des Grands Lacs et de l’Ouest. Au cours des années 1820, Terrebonne vit une relative pauvreté. L’arrivée du nouveau seigneur Joseph Masson, en décembre 1832, va-t-elle changer la situation?

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Sources : Gilles Daoust, Roger Viau (1979), L’Île des Moulins, MAC, p.14 à 16; Claude Blouin (2013) conférence «Le bourg de Terrebonne : grandeur et misères 1760-1840»; fonds de recherche de l’auteur.

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