Un brin d’histoire

Photo de Claude Martel
Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Reconstitution historique de l’arrestation d’un patriote en 1838. (Photo : SHRT)

Des patriotes de Terrebonne condamnés à mort

Le 20 mai 2019, marque la Journée nationale des patriotes. Afin de souligner l’événement, voici une triste page d’histoire locale. L’année 1838 est fort mouvementée à Terrebonne où la branche radicale du mouvement patriote prépare une insurrection.

 

L’agitation de 1838

L’été 1838 est fort agité à Terrebonne. Le chef local des patriotes, Charles-Guillaume Bouc, et ses principaux acolytes, Édouard-Pascal Rochon et Joseph-Léandre Prévost, rassemblent leurs efforts à préparer la prochaine insurrection de Terrebonne, que l’on souhaite la plus importante de la Rive-Nord. Outre la fabrication de munitions dans l’atelier de Rochon, on met sur pied une loge secrète des Frères Chasseurs, constituant ainsi une armée de libération nationale. Terrebonne devient ainsi le centre opérationnel et de ralliement des Chasseurs du Nord de Montréal. On coule même une balle dédiée au seigneur Masson! Rochon donne la consigne de tuer tous les policiers, les ennemis, en particulier Alexander Mackenzie.

Des tentatives d’arrestations

Le 4 novembre, vers 23 h 30, arrive un détachement policier à la résidence de J.-L. Prévost afin de l’amener à la prison de Montréal. Ce dernier étant absent (les patriotes sont bien informés), Paul-Éloi Marier est arrêté, mais libéré le lendemain. Les Chasseurs organisent une embuscade sur le pont, mais les policiers, informés de la chose, prennent un autre chemin!

Dans la soirée du 6 novembre, un détachement de policiers et de loyaux viennent procéder à l’arrestation des insurgés. Ils se rendent d’abord chez Bouc, encerclent sa maison et y pénètrent. Ils reçoivent aussitôt une salve de coups de fusil blessant le chef Loiselle à l’estomac. Les policiers battent en retraite chez Masson. À leur retour, les rebelles ont disparu. La maison de Bouc est saccagée, mais épargnée des flammes à la demande du seigneur Pangman, de Mascouche. Jérémie Barrette, 22 ans, est arrêté et emprisonné.

Le matin du 7 novembre, les autorités procèdent à quelques arrestations clés et tentent de désarmer les rebelles, mais ils échouent. Bouc parvient à prendre le contrôle du village au cours de la journée, si bien que les loyaux sont piégés. Sans issue possible, un groupe de loyaux va à la rencontre des patriotes et leur offre de négocier une sortie de crise. Ils refusent d’abord. Mais, par la suite, ils consentent à ce qu’il y ait discussions entre Masson et J.-L. Prévost. Masson parvient à faire signer un traité de paix entre les Frères Chasseurs et les loyaux locaux. Les armes sont déposées en retour de prisonniers libérés.

Bien que Masson ait reçu l’assurance des autorités britanniques, celles-ci ne respectent pas le traité signé par les acteurs locaux. Le notaire Prévost va se cacher à Berthier, puis s’exile dans le Vermont.

Le 20 décembre, les policiers interceptent le leader patriote Édouard-Pascal Rochon (37 ans) et l’incarcèrent à la prison du Pied-du-Courant. Le 2 (ou 4) janvier 1839, les policiers arrêtent le chef du groupe, Charles-Guillaume Bouc (46 ans), Léon Leclaire (38 ans), Antoine Roussin (34 ans), François St-Louis (34 ans), ainsi que Paul Gravelle et Pierre Urbain, tous deux de Saint-François-de-Sales. Emmenés au Pied-du-Courant, ils demeurent incarcérés dans des conditions minimales. Le 25 janvier, les huit patriotes sont jugés aptes à recevoir leur procès, mais Barrette et Urbain sont libérés peu après.

Le jugement

Le 1er mars 1839 s’amorce le procès des six patriotes de Terrebonne. Ils plaident tous non coupables à l’accusation de haute trahison. Les audiences impliquent de nombreux témoignages de «loyaux», dont le seigneur Masson et des sympathisants. La défense expose surtout qu’il n’y avait pas d’insurrection, mais bien une émeute pour protéger le village. À l’issue du procès, le 11 mars, le président du tribunal, John Clitherow, déclare les six patriotes coupables avec sentence de mort par pendaison pour félonie et haute trahison.

Les interventions répétées de l’élite locale et du seigneur Masson vont permettre d’obtenir le pardon, le 2 décembre 1839, des accusés Leclaire, Roussin, St-Louis et Gravelle. Pour leur part, Bouc et Rochon seront plutôt condamnés à la déportation en Australie.

_________________________

Source : Richard Lagrange (2013), À nous la terre et la liberté, Éd. Société d’histoire de la région de Terrebonne.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar