Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Walter Reed, député libéral de L’Assomption (1908-1935)

L’élection provinciale de 1919

Le 23 mai 1919, le premier ministre Lomer Gouin, député libéral de Portneuf et premier ministre depuis 1905, déclenche la 15e élection générale québécoise. Les libéraux sont au sommet de leur popularité! Quel sera le verdict du peuple lors du scrutin du 23 juin 1919?

 

Une campagne sans intérêt!

Si l’on en juge d’après les articles de presse de l’époque, la campagne électorale ne suscite pas beaucoup d’enthousiasme. D’ailleurs, plusieurs citoyens reprochent à Gouin d’aller en élection après seulement trois ans de réalisés à son mandat. Mais le premier ministre rétorque qu’il a reçu un mandat de guerre et qu’il souhaite maintenant un mandat de paix.

Faut-il rappeler que le bilan du gouvernement libéral est très enviable. L’économie roule à merveille, l’amélioration du réseau routier est tangible, tout comme les investissements en éducation, et une saine gestion des fonds publics; bref, Gouin est «au faîte de son pouvoir». Il propose de reconstruire le Québec d’après-guerre en misant sur l’exploitation des ressources naturelles comme l’hydroélectricité. Par le biais de la colonisation, il souhaite établir la manne de jeunes soldats de retour du front.

Pour sa part, le chef de l’opposition, Paul Sauvé (député de Deux-Montagnes), relativise le succès de Gouin et s’en prend au gaspillage dans les travaux de voirie (plusieurs conservateurs de l’époque affirmaient même que l’automobile était une mode de passage), affirmant de plus que les investissements favorisaient les trusts proches des libéraux! En retour, les conservateurs proposent des réformes scolaires et municipales, l’abolition du sénat, l’adoption d’un vote proportionnel et l’élection à date fixe (visionnaire, ce Sauvé!). Mais l’impopularité des conservateurs fédéraux de Borden nuit considérablement aux conservateurs du Québec. Pour l’électeur francophone, conservateur égale conscription! De plus, l’affaire du règlement 17 discriminant l’enseignement chez les francophones de l’Ontario donne mauvaise presse aux conservateurs; Sauvé a beau tenter de se dissocier des conservateurs fédéraux, rien à faire, le Québec francophone n’est pas réceptif et la bataille est perdue d’avance pour les «bleus» du Québec.

La débandade conservatrice est telle que seuls 20 candidats conservateurs brigueront un siège au parlement de Québec. De facto, 45 députés sont élus par acclamation, sur 81 sièges, dont 2 conservateurs dans les comtés anglophones de l’ouest de Montréal.

La bataille entre libéraux

L’absence d’adversaires conservateurs tend à favoriser les tensions internes chez les libéraux. Au fil des ans, plusieurs anciens militants conservateurs ont rejoint les libéraux, formant une aile plus à droite; d’autres, progressistes, vont s’allier à l’aile gauche et former des libéraux démocrates ou ouvriers. La gauche ouvrière, issue du mouvement syndical en expansion, trouve refuge au sein du Parti ouvrier du Québec, qui présente sept candidats, essentiellement à Montréal.

Le verdict du peuple

Le soir du 23 juin, les libéraux obtiennent 74 sièges sur 81 (51,9 % des voix); les conservateurs, 5 sièges (17 % des votes); les ouvriers, 2 sièges (9,7 %). Fait à noter, les libéraux indépendants (16,9 %), libéraux démocrates (3,4 %) et libéraux ouvriers (1,1 %) récoltent à eux trois 21,4 % des voix, soit plus que l’opposition conservatrice.

Dans Terrebonne

La ville de Terrebonne et la paroisse de Saint-Louis-de-Terrebonne relèvent du comté de Terrebonne, représenté par les libéraux depuis 1900 et par Athanase David depuis 1916. Le populaire député de Terrebonne est l’un des 45 députés élus par acclamation; la campagne dans Terrebonne est donc d’un calme plat.

Dans L’Assomption

Le territoire de Lachenaie, de Mascouche et la majeure partie de La Plaine relèvent alors du comté de L’Assomption, aussi représenté par les libéraux depuis 1900 et par Walter Reed depuis 1908. Au scrutin de 1916, Reed avait été élu sans opposition, mais cette fois, c’est un autre candidat libéral, Édouard Laurion, qui lui fait la lutte. Le 23 juin, Reed récolte 1 624 voix contre 710 pour son adversaire, lui assurant une majorité de 914 voix.

En conclusion, ce fut l’une des campagnes les plus paisibles depuis la Confédération de 1867. D’ailleurs seulement 55,1% des électeurs inscrits se sont manifestés aux urnes.

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Source : Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau (2018), Les élections au Québec, Les Presses de l’Université Laval; Fonds de recherche de l’auteur.

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