Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Belle vue de la grande plage sablonneuse qui entourait le lac Mugford à Terrebonne-Heights, dans les années 1950. (Photo : SODAM)

La Mugford Beach

En ces premiers beaux jours d’été, l’appel de la nature est invitant. Les loisirs extérieurs, et particulièrement la baignade, figurent au menu. Dans les années 1950, les villégiateurs de Terrebonne-Heights ne manquaient pas de se rendre à la Mugford Beach pour s’y amuser et s’y détendre!

 

La «naissance» d’un lac

L’absence de rivière ou de lac naturel va amener Richard M. Johnston (fils de Carl Johnston, propriétaire de nombreux terrains formés à même le lot 781) à aménager un lac artificiel sur le ruisseau Lapointe, situé au bout de la rue Poplar, entre la terre 780 et la rue Joy. Profitant du ruisseau et du beau sable blanc qui se trouve en abondance sur le coteau, le lac apporte ici une plus-value aux terrains environnants. D’ailleurs, Johnston est propriétaire de la majorité des lots restants d’Harry Joy. On a un peu de difficulté à imaginer aujourd’hui qu’à cet endroit se dressait une belle et vaste plage de sable blanc avec en arrière-plan de majestueux grands pins. On désigne cet endroit sous le nom de Mugford Beach. Toutefois, ce Reginal Mugford, mieux connu sous le nom de «Pop Mugford», n’est pas propriétaire des lieux, mais il semble avoir eu la gérance de l’endroit.

La villégiature au temps du «MCC»

Le 23 août 1954, le conseil d’administration de la Mascouche Community Club (MCC) passe une résolution visant à acheter pour la modique somme de 100 $ les terrains de Richard M. Johnston entourant la plage. L’acte de vente se concrétise le 1er décembre 1954. Si le prix de vente était pratiquement donné, en retour, le vendeur émet une série de conditions. La vente comprend un ensemble de 17 terrains contigus à un petit lac artificiel conditionnel à ce que le MCC maintienne le chemin macadamisé (asphalte rudimentaire) et les édifices sur les lieux; paye les taxes; interdise les porcheries ou toute autre activité commerciale qui détériorerait les lieux; interdise de couper ou de vendre du bois; etc. L’acte comprend également des clauses spéciales, dont celle de préserver et de maintenir à perpétuité un parc avec une piscine (lac) et un rond à patiner (sur le lac) pour les résidents de Terrebonne-Heights, comme convenu lors d’une rencontre du MCC le 21 juin 1954. Aussi, les juke-box, radios ou autres équipements musicaux sont interdits, tout comme la danse qui y est prohibée; la propriété doit en outre être fermée au public au plus tard à 22 heures. Les jeux de hasard et le gambling sont interdits, de même que l’usage de boissons alcoolisées, bière, vin ou toute autre chose du genre. La propriété ne doit pas servir à des fins pécuniaires, mais uniquement pour l’amusement et les besoins récréatifs du MCC.

Les effets néfastes de l’urbanisation

L’urbanisation du secteur va affecter la qualité des sources d’eau, rendant la baignade moins agréable à la fin des années 1950. Le 7 octobre 1960, le MCC reçoit un avis de la Cour supérieure signifiant que l’ancien propriétaire veut se prévaloir d’une clause lui permettant de récupérer les lieux si les conditions ne sont pas suivies. Dans un jugement en date du 12 mai 1961, le juge Sylvestre émet un jugement en faveur du demandeur, Richard M. Johnston. Les représentants du MCC sont absents au procès, ce qui montre bien que ce dernier n’avait pas rempli ses obligations. Il était d’ailleurs en défaut de paiement de taxes scolaires et municipales pour 600 $, et ne s’occupait plus de maintenir l’immeuble comme parc d’amusement, piscine et patinoire pour les résidents, montrant qu’il avait en plus négligé d’exploiter le site, qui était dans un état d’abandon complet. Bref, le jugement ordonne au MCC de restituer les lieux à son propriétaire d’origine dans les 15 jours. Les terrains sont vendus peu de temps après à Vincent Brideau et à John Walsh. Le lac disparaît après 1970. On a aujourd’hui remblayé le lit de l’ancien lac… ce qui est bien dommage!

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Source : Extrait de Claude Martel (2017), Histoire de la présence anglophone à Mascouche, SODAM.

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