Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Esquisse de la passerelle de l’île Saint-Jean. (Image : La Revue, 1er novembre 1978)

La passerelle de l’île Saint-Jean

 

Vous l’avez déjà probablement empruntée, cette superbe passerelle traverse un bras de la rivière des Mille Îles entre le site historique de l’Île-des-Moulins et le parc de la Pointe-aux-Pins, dans l’île Saint-Jean. Savez-vous que sa construction a fait l’objet d’un vif débat opposant un groupe de résidents de l’île Saint-Jean aux autorités municipales et provinciales?

 

Le contexte

Un premier groupe de résidents s’installent sur l’île Saint-Jean au tout début des années 1970. Très tôt, un sentiment d’exclusion se développe chez certains citoyens de l’île, convaincus que la Ville ne s’intéresse pas à leur sort. Les résidents sont représentés par deux associations, la Ligue des propriétaires de l’Île Saint-Jean et l’Association des résidents de l’île.

L’annonce

Dans l’édition du 26 juillet 1978, La Revue annonce que le vieux barrage de l’Île-des-Moulins, datant des années 1920, sera entièrement réaménagé et que le projet n’est pas étranger à la volonté du ministère des Affaires culturelles d’y implanter une passerelle «qui permettrait aux gens de l’île Saint-Jean de communiquer directement avec le site historique de l’Île-des-Moulins, ainsi que rendre accessibles les espaces verts qui ceinturent les berges de l’île Saint-Jean».

La mobilisation citoyenne

En moins de deux, les deux associations citoyennes se mobilisent et organisent un référendum limité aux «familles» de l’île. Présentant le «pour» et le «contre» du projet, les deux organismes (plutôt défavorables au projet) veulent connaître l’opinion citoyenne. Le 6 août, ils tiennent une consultation publique appelée «référendum». La question : «Le ministère des Affaires culturelles projette de construire une passerelle sur le barrage reliant l’île Saint-Jean à l’Île-des-Moulins de Terrebonne si la population de l’île Saint-Jean le désire. Désirez-vous une telle passerelle?»

Le dépliant d’information produit par les organisateurs ne manque pas de souligner que la passerelle permettra un lien direct avec la «basse-ville de Terrebonne» (on ne parle pas encore du Vieux-Terrebonne) et aux services qui s’y trouvent. Toutefois, les arguments négatifs sont nombreux. D’abord, on craint la suppression du service d’autobus scolaire; on craint que l’entretien du barrage soit aux frais des contribuables de Terrebonne; mais l’argument massue est «la transformation possible de la vocation domiciliaire de l’île en vocation touristique avec un stationnement accru, un achalandage annihilant la paix et la tranquillité… on craint pour la sécurité des enfants… certains attroupements difficiles à contrôler, amenant du vandalisme, une accumulation de déchets et de gens moins recommandables». Le syndrome du «pas dans ma cour» et l’argumentaire populiste figuraient bien et bel à Terrebonne en 1978!

Les résultats du vote

Sur les 600 électeurs éligibles, seulement 222 se sont prévalus du référendum (non officiel) tenu par les deux associations. Sans trop de surprise, 187 (84,2 %) ont voté contre le projet, 32 pour (13,9 %) et 3 ont rejeté leur vote.

Le conseiller du quartier, André Sabourin, présentait quelques restrictions au projet et s’empressa de souligner que le ministère avait affirmé qu’il ne ferait pas le projet si la population s’y opposait. Mais tant le ministère des Ressources naturelles que celui des Affaires culturelles ont montré leur détermination à réaliser le projet. Pour sa part, le maire de Terrebonne, François Paquin, fit remarquer en pleine séance du conseil municipal «que les citoyens de l’île faisaient aussi partie du territoire de Terrebonne, mais qu’ils devaient cesser de considérer leur île comme un secteur séparé, une enclave dans la ville».

Les travaux

Dès la fin de l’été, les travaux du barrage et de la passerelle sont amorcés par la firme Simard & Beaudry. Le printemps suivant, les citoyens pouvaient traverser la rivière d’une île à l’autre. Pendant ce temps, des opposants critiquaient toujours les «pelleteux de nuages de Terrebonne, dont le « trip » est de développer l’Île-des-Moulins à l’avantage des touristes sans égard … aux vrais problèmes du monde ordinaire!»

Cinquante ans plus tard, qu’en disent les opposants de l’époque?

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Source : Diverses éditions du journal La Revue de Terrebonne entre le 26 juillet 1978 et le 21 mars 1979.

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