Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Dessin du pont Porteous reliant le bout de l’île à l’île Bourdon. (François Breton, 1894)

Les ponts Porteous

Au début des années 1800, le marchand terrebonnien Thomas Porteous se trouve propriétaire d’une minuscule seigneurie formée de l’île Bourdon, entre les rives de Montréal et Repentigny. Afin de relier sa seigneurie au principal axe de communication du Québec, il entreprend l’audacieux projet de construire deux ponts afin de relier l’extrémité est de Lachenaie au bout de l’île de Montréal.

 

Le député marchand

Thomas Porteous est un homme d’affaires bien en vue à Montréal et sur la Rive-Nord entre 1790 et 1830, notamment à titre d’important marchand de grains. Il habite sa seigneurie de l’île Bourdon, mais exerce des activités commerciales à Terrebonne, à Sainte-Rose, à Sainte-Thérèse, puis à Montréal à compter de 1812. Il gère également une flotte d’embarcations dont une traverse entre l’extrémité est de Lachenaie et le bout de l’île de Montréal. Il est élu député d’Effingham (Terrebonne) de 1804 à 1808, et l’on peut affirmer sans diffamation que son poste de député sert davantage ses intérêts.

Les deux premiers ponts

Le 26 janvier 1805, Porteous dépose à la Chambre une pétition demandant l’adoption d’un acte lui permettant de construire deux ponts à péage, en bois, sur une branche de la rivière des Outaouais (des Prairies) entre Lachenaie et Montréal, en passant par sa propriété de l’île Bourdon. Le 25 mars suivant, la Chambre vote ledit acte, comportant un pont-levis du côté de Montréal pour permettre la navigation. Le pont aura au moins 25 pieds de large pour permettre à deux voitures de se croiser.

Le défi est de taille, car la technologie de l’époque ne compte pas beaucoup de structures de cette dimension, notamment dans un courant si important. Les travaux s’exécutent à l’été 1805, si bien que le premier pont entre l’île et la rive de Lachenaie est inauguré le 28 octobre 1805. L’année suivante, on s’affaire aux travaux du pont du côté de Montréal; les deux ponts sont approuvés par les inspecteurs Gilbert Miller, John Robertson et Alexander Logie, le 18 octobre 1806.

Notre député a certes su se négocier des avantages, car l’acte des ponts interdisait pour une période de 50 ans la construction d’autres ponts ainsi que l’exploitation de traversiers entre Lachenaie et Montréal dans un rayon de trois mille. C’est assurément une concurrence déloyale, notamment pour la famille Deschamps de Repentigny qui exploitait déjà un service de traversier.

« Act of God »

Malgré qu’ils aient été construits à grands frais, la force de la nature eut raison des ponts, qui cèdent au passage des glaces le samedi 25 avril 1807. Tenace, Porteous obtient de nouveau, le 14 avril 1808, l’autorisation du gouvernement de reconstruire ses ponts, en plus d’en ajouter un troisième entre l’île Bourdon et la pointe de Repentigny.

Emplacement des ponts Porteous et du réseau routier de l’époque. (C. Martel)

Afin de financer le pont, des postes de péage se trouvaient aux entrées. Porteous fit même produire des jetons à Birmingham (Angleterre), 12 différents ont été retracés. On retrouvait trois types de jetons, pour les charrettes, les chevaux et les piétons. Ceux-ci ont été retrouvés en 1890 par un numismate montréalais auprès d’un collectionneur américain.

Finalement, les trois ponts n’ont pas eu une longue vie. Lorsque l’arpenteur général du Bas-Canada, Joseph Bouchette, fait son portrait de la colonie en 1815, les ponts n’y figurent déjà plus!

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Sources : P.-Napoléon Breton (1894), Histoire illustrée des monnaies et jetons du Canada, p. 43 à 60; fonds de recherche de l’auteur.

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