Un brin d’histoire

Photo de Claude Martel
Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Partie détachée en faveur de la paroisse de Saint-Joachim.

Les dernières objections du curé Coursol – 2e partie

Les manœuvres douteuses du curé Coursol ne parviennent pas à repousser l’assemblée du 10 novembre 1919 qui s’ouvre finalement à 20 h, dans la maison Thérien. Monseigneur Le Pailleur préside l’assemblée qui s’annonce houleuse dès son ouverture.

 

L’assemblée publique

Le notaire Gauthier, qui agit comme procureur des opposants, dépose un protêt sur l’illégalité de ladite assemblée. Selon l’article 4297, l’assemblée doit se dérouler à Sainte-Anne-des-Plaines. Or, la maison Thérien se trouve à La Plaine. Mais Monseigneur Le Pailleur se contente d’enregistrer le protêt, puisque l’article 4297 ne s’applique que dans le cas d’une érection canonique. Monseigneur Le Pailleur poursuit en enregistrant la requête et la contre-requête et fait le compte : 23 signataires pour le démembrement et 7 contre. «De sorte qu’il appert que la majorité des francs-tenanciers intéressés est manifestement en faveur de l’annexion à Saint-Joachim comme démembrement de Sainte-Anne-des-Plaines.»

Le choix du pape

Le reste de l’affaire se décide parmi les hautes sphères de l’autorité religieuse. Le 16 février, Monseigneur Forbes demande au Très Saint-Père le Pape, à Rome, l’établissement de Saint-Joachim en paroisse canonique et l’agrégation de la partie de Sainte-Anne-des-Plaines à annexer. Le 19 juin 1920, Monseigneur Bruchési, après avoir reçu la confirmation de Rome, ordonne le démembrement d’une partie de la paroisse de Sainte-Anne-des-Plaines. Le 2 août, 58 signataires de La Plaine font parvenir à Monseigneur Forbes une requête demandant l’érection canonique de la nouvelle paroisse.

À la suite d’une assemblée des paroissiens où personne ne s’oppose au projet, Monseigneur Forbes, évêque de Joliette, érige par décret, le 31 août 1920, la paroisse canonique de Saint-Joachim.

La fabrique

Le 8 décembre 1920, les notables de La Plaine se réunissent afin de mettre en branle les activités de l’Œuvre de la Fabrique de Saint-Joachim. Napoléon Gauthier est élu président de la fabrique Saint-Joachim, Zotique Gauthier et Hyacinthe Villeneuve, Alphonse Gauthier et Alvarez Villeneuve sont élus anciens-marguilliers.

Les récalcitrants

Toutefois, les succès de la nouvelle paroisse ne parviennent pas à convaincre les opposants à l’annexion. En août 1920, alors que le décret de démembrement est chose faite, certains récalcitrants reviennent à la charge. J.M. Racine, Henri Lacasse, Joseph Guénette, Damien Gagnon et Emmanuel Gagnon en faveur de son fils Clovis, font parvenir à Monseigneur Bruchési une nouvelle requête où ils demandent de retrancher les lots 320 à 306 de l’annexion et se disent prêts à aller jusqu’à Rome pour se faire entendre. Monseigneur Le Pailleur, qui a toujours la réplique aussi rapide, rappelle aux signataires que les tenants de l’annexion sont au moins 20 et que les véritables opposants ne sont que 4.

Même le curé Edmond Coursol tente d’apaiser les esprits. Le 18 août 1920, dans une lettre aux paroissiens récalcitrants, le curé de Sainte-Anne-des-Plaines les invite à devenir paroissiens de Saint-Joachim et à participer activement à la vie de leur nouvelle paroisse. Mais le curé Coursol semble se plier au décret à contrecœur. «Je suis rigoureusement obligé de me conformer aux lois de l’Église.» Le curé Coursol ne peut donc recevoir leur dîme ou baptiser leurs enfants. Il enjoint cependant les opposants de discuter de leurs problèmes avec Monseigneur Forbes et il s’engage à tenter d’obtenir l’autorisation de leur louer des bancs.

Les quelques opposants obtiennent tout de même une maigre victoire. En effet, à la suite d’une seconde requête, datée du 24 août, ils obtiennent de Monseigneur Forbes l’autorisation de fréquenter l’église de Sainte-Anne-des-Plaines, mais doivent continuer de verser leur dîme à Saint-Joachim et d’y faire les baptêmes, mariages, sépultures et sacrements. Cette mince concession ne semble pas devoir calmer les opposants. Le 15 décembre 1920, l’abbé Dugas, curé de Saint-Lin informe Monseigneur Forbes des derniers événements. Certains des opposants refusent de se servir du curé Barrette et d’autres vont même jusqu’à ne pas payer leur dîme. La famille Gauthier aurait même refusé de recevoir le curé Barrette lors d’une visite paroissiale. Bref, le curé Coursol avait sans doute raison lorsqu’il prédisait un long malaise à la suite de l’annexion.

_______________

Source : C. Martel (1997). La Plaine : Un long cheminement vers l’autonomie.

Partager cet article

Commentez l'article

avatar