Un brin d’histoire

Photo de Claude Martel
Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Photo aérienne montrant l’emplacement des sources d’eau Lamarche et Moody. (C. Martel)

Histoire d’aqueduc à Lachenaie

L’eau potable, on n’y pense plus, il suffit d’actionner le robinet, elle vient, froide ou chaude à souhait! La RAIM (Régie d’aqueduc intermunicipale des Moulins) nous alimente en eau au gré de nos besoins, mais ça n’a pas toujours été aussi simple! 

Au début de la colonie

Les premiers colons s’approvisionnent directement à partir de la rivière des Mille Îles jusqu’à la construction d’un puits artésien propice à alimenter la famille et la ferme. Il en fut ainsi pendant plus de deux siècles.

L’aqueduc des Lamarche

L’implantation d’un premier réseau d’aqueduc privé s’effectue en 1888, alors que Narcisse Lamarche exploite une source d’eau naturelle qui se déverse dans un petit bassin sur la platière de sable, à l’extrémité nord de sa terre (lot 185). La canalisation emprunte des tuyaux emboîtés, creusés à l’aide d’une mèche de 2 ou 3 pouces de diamètre, dans les troncs des conifères. La pente naturelle de la terre permet de faire descendre l’eau par gravité. Le long du chemin Saint-Charles, les fils Lamarche ont creusé, à la pelle, une petite tranchée de cinq à six pieds de profond, qui couvre le centre de Lachenaie. Comme le tout fonctionne par gravité, la pression d’eau n’était pas très forte. Le 20 mai 1904, l’aqueduc passe aux mains de huit citoyens du secteur.

L’aqueduc des Moody

Il faut croire que la demande en eau touchait tout le territoire de Lachenaie, car à l’été 1904, un grand nombre d’ouvriers de la firme terrebonnienne The Matthew Moody & Sons Co. s’affaire à construire un réseau d’aqueduc depuis les sources d’eau du «coteau», et entre la gare de Terrebonne et Charlemagne. Le 1er octobre, l’aqueduc est en service et une entente lie la municipalité de Saint-Charles-de-Lachenaie à la compagnie Moody. Cette fois, le réseau est fait de tuyaux en fonte; la conduite maîtresse fait 4 pouces de diamètre.

Déjà en 1902, la compagnie s’était réservé «le droit de se servir et d’exploiter les sources d’eau naturelle» de plusieurs terres du coteau (voir photo aérienne ci-contre). Elle étend son territoire jusqu’en 1907. Le bassin d’eau et sa pompe sont alors situés sur la montée Masson, légèrement au sud de l’actuelle autoroute 640.

Outre Lachenaie et Charlemagne, la compagnie d’aqueduc dessert le centre de Saint-François-de-Sales, une partie de Saint-Paul-l’Ermite et Repentigny-les-Bains (1907). S’il faut en croire les «minutes» du conseil municipal, en 1916, des citoyens se plaignent qu’il manque d’eau l’hiver, car les tuyaux de l’aqueduc gèlent.

Le 20 octobre 1924, l’aqueduc des Moody est vendu à la Corporation d’aqueduc Laval, Terrebonne et L’Assomption, présidée par Édouard-Horace Bégin et ayant son siège social à Terrebonne. Dès 1927, elle acquiert ce qu’il reste de l’aqueduc des Lamarche. Toutefois, la compagnie parvient difficilement à améliorer le service, elle est d’ailleurs très endettée : 95 000 $ en 1928. La crise ne l’épargne pas, si bien que ses actifs passent aux mains de créanciers. Le 14 octobre, ceux-ci réorganisent les avoirs et fondent une nouvelle compagnie : la Corporation d’aqueduc CFLPR, représentant la première lettre des municipalités desservies. La compagnie est présidée par Elzéar Cournoyer de Sorel.

L’aqueduc fait beaucoup de mécontents, ce qui ne va pas sans provoquer de virulents rapports entre les municipalités et la compagnie. En 1943, une conduite maîtresse cède, réduisant le débit, sans compter que la compagnie exige à la municipalité 4 000 $ par an au lieu de 2 750 $. Le conseil refuse; l’on s’entend finalement pour 3 500 $. Mais déjà, les municipalités regardent d’autres options.

Le 4 mai 1949, la municipalité de Lachenaie achète l’aqueduc de Marcel E. Labelle, qu’il venait d’acquérir la même journée. La transaction se fait au coût de 39 300 $. Malgré l’extension et l’amélioration du réseau, cette vieille plomberie ne suffit pas à soutenir la croissance démographique qui s’annonce dans le secteur. La municipalité de Saint-Charles-de-Lachenaie conclut donc une entente avec la Ville de Terrebonne afin que cette dernière fournisse l’eau potable sur le territoire de Lachenaie à compter du 30 mai 1960, mettant ainsi fin à l’aqueduc de Lachenaie.

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Source : Fonds de recherche de l’auteur.

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