Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
La visite paroissiale. (Œuvre de Cornelius Krieghoff)

La dîme du curé

Afin d’assurer la subsistance des curés, des vicaires et des missionnaires desservants, l’Église imposait aux chrétiens un impôt appelé la dîme.

Les origines

Selon l’Ancien Testament (livre de l’Exode), les Juifs doivent payer la dîme afin d’aider les veuves et les orphelins. Cet impôt est alors perçu sur les produits de la terre. La tradition juive se poursuit dans les débuts de la chrétienté romaine afin de permettre la substance des prêtres. La dîme, mot tiré du latin decima, consiste à percevoir un impôt du dixième des récoltes. Symboliquement, elle constitue alors une offrande faite à Dieu et à l’Église, remise au prêtre afin de le nourrir. L’Église catholique impose officiellement la dîme en l’an 567, si bien qu’elle se propage et s’applique dans tous les pays catholiques et dans la plupart des religions chrétiennes.

En Nouvelle-France

Dès les débuts de la colonie, la tradition de la dîme est maintenue et encadrée. L’Édit des dîmes de 1679 fixe la dîme à la vingt-sixième partie des grains récoltés. Ceux-ci doivent être engrangés, battus, vannés et portés au presbytère de la paroisse aux frais du contribuable. La dîme est due et exigible à Pâques de chaque année. Elle s’applique à la propriété des récoltes, si bien qu’un locataire d’une terre doit verser sa contribution au curé de la paroisse où la terre se trouve. Puisque la Nouvelle-France est uniquement un territoire agricole, ce mode est bien adapté au pays; l’essor des villages et l’urbanisation viendront bouleverser ce modèle au 19e siècle.

L’obligation de payer la dîme est interrompue lors de la Conquête anglaise, mais rétablie avec l’Acte de Québec de 1774. Toutefois, au cours de cette décennie, les Québécois vont continuer de verser la dîme à leurs curés afin de conserver les membres du clergé.

En pratique sur le terrain

En analysant les revenus de nos paroisses au cours du 19e siècle, on constate que malgré l’obligation de verser la dîme, la pratique est variable dans notre région et au Québec. Plusieurs facteurs expliquent la contribution aux dîmes. D’abord, les récoltes dépendent des conditions climatiques et des rendements agricoles, ce qui pouvait avoir un impact considérable sur le volume de production des cultivateurs. Les facteurs du marché, notamment le prix des grains, pouvaient faire fluctuer considérablement les revenus du curé. La fertilité du sol est un autre facteur qui entre en cause dans la production. Malgré son nom, la plupart des terres de Terrebonne étaient peu fertiles, limitant la production de céréales.

Aussi, la taille géographique des paroisses faisait en sorte que le curé de Mascouche était plus choyé en raison d’une paroisse immense sur le plan géographique. En retour, si Lachenaie possédait un territoire plus petit, la qualité du sol et la richesse relative de ses habitants faisaient en sorte que ceux-ci étaient plus généreux dans la part de dîme. Enfin, la ferveur religieuse du moment et la «popularité» du curé pouvait influencer la ferveur du don.

Le cas de Terrebonne est particulièrement intéressant, sa population étant plutôt villageoise, ouvrière, et surtout passablement pauvre. Si bien qu’en 1804, l’évêque oblige les cultivateurs à verser 300 minots de blé en dîme, puis 25 louis pour les villageois. Ceux-ci ne s’exécutant pas, Monseigneur retire le curé; le presbytère sera vacant pendant un an. Encore à la fin des années 1860, les Terrebonniens versaient moins de 1,50 $ par famille en dîme, alors que ceux de Lachenaie versaient plus de 3,50 $. En clair, être curé de Lachenaie ou de Mascouche était beaucoup enviable que d’être affecté à Terrebonne!

D’autres sources de revenus compensaient le manque de dîme, le casuel (tarif pour une cérémonie religieuse) et les revenus de la terre de la fabrique pouvaient faire la différence.

De nos jours

La dîme n’est plus «obligatoire», elle est un don volontaire qui sert à financer l’entretien des églises, les services offerts par le personnel pastoral et de l’administration, bien qu’elle constitue encore une source importante de revenu pour nos paroisses.

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Sources : Jean-Guy Landry, dans Atlas historique des pratiques religieuses, Les Presses de l’Université Laval, 1998; fonds de recherche de l’auteur.

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