Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Permis de conduire du prince Félix lors de son exil à Mascouche. (Photo : Coll. Jean-Claude Coutu, Société d’histoire de Mascouche)

La famille grand-ducale de Luxembourg à Mascouche

L’invasion allemande au Luxembourg contraint la famille «royale» de quitter son pays. Elle trouve refuge au Canada et vient résider à Mascouche.

L’invasion nazie

Pays neutre dans l’échiquier politico-militaire qui bouleverse l’Europe à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, le Luxembourg reçoit l’assurance d’Hitler, en mars 1939, qu’il n’est pas menacé par les ambitions du Reich. Toutefois, les plans changent. Le 10 mai 1940, les Allemands envahissent le pays, en moins de 7 heures, ils défilent dans les rues de la capitale.

Devant l’urgence de la situation, la famille grand-ducale de Luxembourg, ainsi que le gouvernement, fuit le pays dans la nuit du 10 mai en cherchant refuge auprès des pays alliés. Un gouvernement en exil s’installe à Londres. Mais l’Angleterre est au cœur du conflit et la sécurité de la famille ne pourrait y être assurée.

L’exil

Après quelques mois à séjourner en France, puis en Espagne, la famille atteint le Portugal où, fin juillet, le président des États-Unis, Roosevelt, lui envoie le croiseur américain Trenton afin qu’elle gagne l’Amérique. Elle arrive à Annapolis (Maryland). En août, la famille se dirige vers Montréal, si bien qu’en septembre, les enfants amorcent leurs études dans la métropole canadienne.

La vie au manoir de Mascouche

Depuis 1931, la richissime veuve Hazel Beatrice Colville habite le joli manoir seigneurial qu’elle a su rénover à Mascouche. L’endroit plutôt isolé, en forêt, permet la quiétude nécessaire. Fille de «bonne famille», elle a joué au bridge avec le duc de Windsor, alors gouverneur des Bahamas. Ses relations dans la bourgeoisie vont vite l’amener à recevoir la famille princière du Luxembourg.

C’est ainsi qu’à la fin d’octobre 1940, la grande duchesse Charlotte de Luxembourg (1896-1985), son mari, le prince Félix de Bourbon-Parme (1893-1970), et leurs enfants, les princes Jean et Charles, ainsi que les princesses Élisabeth, Marie-Adélaïde, Marie-Gabrielle et Alix s’installent au manoir en compagnie du lieutenant Guil Konsbruck, l’aide de camp de la grande-duchesse, accompagné de sa famille et de six autres personnes formant la suite princière et les domestiques; sans compter les chiens de la famille.

Faut-il croire que la cuisine québécoise est un peu lourde, le prince Charles en est malade. On déniche donc dans un hôtel de Montréal une cuisinière digne de ce nom.

La vie continue et les enfants doivent s’instruire. Le prince Jean est inscrit en droit et en science politique à l’Université Laval, la princesse Élisabeth s’installe au couvent à Sillery. Le prince Charles va quotidiennement au Collège Jean-de-Brébeuf à Montréal, alors que les jeunes princesses vont au Couvent Sacré-Cœur de Montréal. Le chauffeur et gérant de madame Colville, Nelson Robinson, les reconduit à Montréal. Pendant ce temps, la grande-duchesse profite des jardins du domaine, ainsi que de la grande forêt adjacente; elle donne un coup de pouce au jardin, tandis que le prince Félix aide à l’ordinaire du domaine, comme de «simples» invités.

En bonne catholique, la famille grand-ducale fréquente l’église paroissiale de Saint-Henri-de-Mascouche. La rumeur veut qu’un évêque soit venu au manoir célébrer la messe de minuit. Un voisin, Joseph Robert, a l’honneur de recevoir en cadeau du prince une paire de gants et un «40 onces», ainsi deux écharpes en laine tricotée par la grande duchesse Charlotte.

Le 8 janvier 1941, la famille quitte le manoir et s’installe dans un logis de l’avenue des Pins à Montréal. En mai, le prince et la grande-duchesse sont de retour au manoir afin de planter chacun un arbre symbolisant leur séjour à Mascouche.

La fin de l’exil

Par la suite, la famille retourne à Londres jusqu’à la libération de la ville de Luxembourg, le 10 septembre 1944. Deux semaines plus tard, le prince Félix et son fils Jean, ainsi que le gouvernement sont de retour dans la patrie. La grande-duchesse et le reste de la famille les rejoignent le 14 avril 1945.

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Sources : Jean-Claude Coutu (2006), La millionnaire de Mascouche, SODAM, pp. 72-76; fonds de recherche de l’auteur.

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