Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Monnaie de carte de 1714 (Photo : Wikipédia)

La monnaie en Nouvelle-France

Nous consacrons cette édition et la suivante à démystifier l’évolution et la valeur des monnaies utilisées dans notre histoire; c’est donc un document de référence utile à une meilleure compréhension de nos chroniques.

 

Un modèle Nouvelle-France

Les premiers échanges économiques avec les Premières Nations s’effectuent surtout sous forme de troc, bien que le wampum iroquois soit utilisé jusqu’au milieu du 18e siècle comme monnaie d’échange.

Le transport de pièces de monnaie de la France vers le Canada présentait de nombreux risques (piratage, naufrage, transactions avec les Britanniques d’Amérique, etc.), si bien que la valeur attribuée à la monnaie en Nouvelle-France devenait supérieure à celle de la France; ce fut du moins le cas jusqu’en 1717.

De plus, les difficultés de transport provoquent une pénurie chronique de pièces, de sorte que les premières pièces en circulation étaient rares. D’ailleurs, l’on retrouvait en Nouvelle-France des piastres (dollars) espagnoles qui servaient notamment à un certain commerce clandestin avec les Anglais et les Hollandais de New York.

Les unités monétaires

Que ce soit en France ou ici, le système monétaire en usage est la livre tournois (car frappée dans la ville de Tours). La livre française comptait 20 sols, et 1 sol équivalait à 12 deniers. Toutefois, il n’y avait pas de pièce d’une livre. Parmi les pièces en circulation en Nouvelle-France, on compte le louis d’or (la frappe cesse en 1679, mais il circule par la suite) équivalent à 4 ou 5 écus; le louis d’argent, ou écu, valant de 3 à 6 livres; le liard, une pièce de cuivre valant 3 deniers. Au début de la colonie, on retrouvait également une pièce appelée «double»; il fallait 4 doubles pour un sou ou sol. La valeur de ces pièces a énormément fluctué sous le Régime français en raison du changement de leur teneur en or ou en argent (la valeur était tributaire au poids du précieux métal), des politiques gouvernementales et de l’inflation. Par exemple, la valeur du louis d’or est passée de 10 livres en 1640 à 54 livres en 1720.

Recto d’une pièce d’un louis de 1725 (sous Louis XV). (Photo : coll. C. Martel)

La monnaie de carte

Rapidement, dès 1685, il manque chroniquement de pièces d’argent françaises ou même espagnoles, si bien que l’intendant de Meulles fit une émission temporaire de monnaie faite à partir de cartes à jouer. Elles étaient signées par le gouverneur et l’intendant, et on y apposait le montant et l’année d’émission. Bien que la monnaie soit rachetée trois mois après son émission, le problème survient de nouveau en 1686, obligeant l’émission d’une seconde édition. Cette méthode déplaît fortement aux autorités françaises, qui craignent la contrefaçon. Mais faute d’approvisionnement en pièces métalliques, le système de monnaie de carte se perpétue. Au fil des ans, la quantité de monnaie de carte augmente plus rapidement que la demande, provoquant une forte poussée inflationniste. En 1717, l’État français met fin à ce système parallèle, puis introduit en 1722 des pièces en cuivre qui ne sont pas bien accueillies par les commerçants. La pénurie d’argent persistant, on émet des billets appelés «ordonnances» qui tenaient lieu de monnaie.

En mars 1729, à la demande du public, on réintroduit la monnaie de carte; la carte pleine, la demie et le quart de la carte avaient chacun leur valeur. Curieusement, la monnaie de carte inspira une grande confiance au sein de la population.

La signature du Traité de Paris, en 1763, met fin à la Nouvelle-France. Après trois ans de négociations, le gouvernement français accepte de convertir la monnaie de carte et les billets du Trésor en débentures; toutefois, la valeur au change se situait entre 50 % et 80 % de la valeur initiale.

Enfin, malgré ses grandes fluctuations, on peut affirmer que la valeur de la livre tournois vaudrait aujourd’hui autour de 2 $ à 3 $ canadiens. À la fin du Régime français, le salaire annuel d’un artisan est de 600 $ canadiens en valeur d’aujourd’hui!

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Sources : James Powell (2005), <@Ri>Le dollar canadien : une perspective historique<@$p>, Banque du Canada, 125 pages; fonds de recherche de l’auteur.

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