Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
L’église et la rue Principale du village (rue Émile-Roy). (Photo : coll. C. Martel)

L’érection canonique de La Plaine en 1920

Une autre page d’histoire se tourne dans cette longue saga visant la création d’une paroisse à La Plaine. Après plus d’une décennie de tractations, la paroisse de Saint-Joachim voit officiellement le jour, en 1920.

Les démarches

Les débats survenus en 1919 avaient convaincu les autorités religieuses de procéder à l’annexion d’une partie de Sainte-Anne-des-Plaines afin de fonder officiellement la paroisse de Saint-Joachim, à La Plaine, et ce, malgré l’opposition du curé Coursol de Sainte-Anne-des-Plaines.

Le 1er décembre 1919, l’évêque de Montréal, Monseigneur Bruchési, envoie une lettre à Rome afin d’obtenir l’autorisation du démembrement d’une partie de la paroisse de Sainte-Anne-des-Plaines. Le 16 février 1920, Monseigneur Forbes, évêque de Joliette, demande au Très Saint-Père le pape l’établissement de Saint-Joachim en paroisse canonique et l’agrégation de la partie de Sainte-Anne-des-Plaines à annexer. Le 19 juin 1920, Monseigneur Bruchési, après avoir reçu la confirmation de Rome, ordonne ledit démembrement. Le 2 août, 58 signataires de la mission Saint-Joachim font parvenir à Monseigneur Forbes une requête demandant l’érection canonique de la nouvelle paroisse sous le vocable de Saint-Joachim.

Monseigneur Forbes fait aussitôt publier un avis annonçant une assemblée pour le 26 août dans la maison Thérien afin de faire suite à cette requête. Celle-ci ne rencontrant aucune opposition, le 31 août 1920, Monseigneur Forbes érige par décret la paroisse canonique de Saint-Joachim.

La fabrique

Le 8 décembre 1920, les notables de La Plaine se réunissent afin de mettre en branle les activités de la fabrique, fondée le 30 août précédent. Napoléon Gauthier est élu président, Zotique Gauthier et Hyacinthe Villeneuve sont élus marguilliers, alors qu’Alphonse Gauthier et Alvarez Villeneuve sont élus anciens-marguilliers.

Les premières activités de la fabrique, au cours des années suivantes, consistent à acheter les ornements et les objets de culte nécessaires à toute paroisse qui se respecte. Pendant un temps, elle doit emprunter afin de rembourser ses créanciers. Comparativement aux paroisses environnantes, la fabrique apparaît financièrement saine et peut donc envisager sereinement l’avenir.

Les récalcitrants

Mais les succès de la nouvelle paroisse ne parviennent pas à convaincre les opposants à l’annexion. En août 1920, alors que le décret de démembrement est chose faite, certains récalcitrants reviennent à la charge. J.M. Racine, Henri Lacasse, Joseph Guénette, Damien Gagnon et Emmanuel Gagnon font parvenir à Monseigneur Bruchési une nouvelle requête où ils demandent de retrancher les lots 320 à 306 de l’annexion et se disent prêts à aller jusqu’à Rome pour se faire entendre. Monseigneur Le Pailleur, qui a toujours la réplique aussi rapide, rappelle aux signataires que les tenants de l’annexion sont au moins 20 et que les véritables opposants ne sont que 4.

Même le curé Coursol tente d’apaiser les esprits. Le 18 août 1920, dans une lettre aux paroissiens récalcitrants, il les invite à devenir paroissiens de Saint-Joachim et à participer activement à la vie de leur nouvelle paroisse. Toutefois, il semble se plier au décret à contrecœur. « Je suis rigoureusement obligé de me conformer aux lois de l’Église. » Le curé Coursol ne peut donc recevoir leur dîme ou baptiser leurs enfants. Il enjoint cependant aux opposants de discuter de leurs problèmes avec Monseigneur Forbes et il s’engage à tenter d’obtenir l’autorisation de leur louer des bancs.

Les quelques opposants obtiennent tout de même une maigre victoire. En effet, à la suite d’une seconde requête, datée du 24 août, ils obtiennent de Monseigneur Forbes l’autorisation de fréquenter l’église de Sainte-Anne-des-Plaines, mais doivent continuer de verser leur dîme à Saint-Joachim et d’y faire les baptêmes, mariages, sépultures et sacrements. Cette mince concession ne semble pas devoir calmer les opposants. Le 15 décembre 1920, l’abbé Dugas, curé de Saint-Lin, informe Monseigneur Forbes des derniers événements. Certains des opposants refusent de se servir du curé Barrette et d’autres vont même jusqu’à ne pas payer leur dîme. La famille Gauthier aurait même refusé de recevoir le curé Barrette lors d’une visite paroissiale. Bref, le curé Coursol avait sans doute raison lorsqu’il prédisait un long malaise après l’annexion.

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Source : Claude Martel (1997), La Plaine : un long cheminement vers l’autonomie.

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