Un brin d’histoire

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Par Claude Martel
Un brin d’histoire
Le « terminus » d’autobus de Terrebonne, vers 1924, face à l’entrée de l’île des Moulins. (Photo : Archives Lanaudière, fonds Aimé-Despatis)

Souvenirs… d’autobus

Au fil des prochains mois, nous découvrirons les souvenirs d’Arthur Piché, un ancien de Terrebonne, né en 1907. En 1980, il présentait aux membres de la Société d’histoire le fruit de ses souvenirs d’enfance à Terrebonne. Cette semaine, laissez-vous raconter ses souvenirs de voyage en autobus, de Terrebonne à Montréal.

La technologie d’après-guerre

Après la guerre de 1914-1918, les véhicules à moteur se perfectionnent sans cesse et gagnent en popularité. Le chemin de fer demeurait certes le plus grand moyen de locomotion, mais chaque été, de nouvelles autos ou de nouveaux camions s’ajoutaient, remplaçant autant de victorias, de carrosses et de carrioles.

Les autobus firent leurs timides apparitions à Terrebonne (en 1919). Trois citoyens en eurent : MM. George Moody (Blue Line / Taxi Regent), Jos. Charbonneau et Léandre Brière. Chacun avait ses voitures, plus d’une évidemment, et ses horaires. Jamais les « Terrebonnais »1 n’eurent un service aussi fréquent qu’à cette époque2. Aussi ne s’en privaient-ils pas. On allait à Montréal pour acheter un rouleau de fil, disait-on par ironie. Le tarif d’ailleurs était invitant : 1 $ aller et retour3; peut-être moins.

Le voyage

On avait le choix entre trois autobus qui souvent attendaient ensemble une heure de départ qui était sensiblement la même. Il arrivait aussi que, sur la route, deux ou trois autobus différents se suivent, se dépassent et se « redépassent », au grand amusement des passagers. À Montréal, le point d’arrivée était aussi le même pour tous : un terrain vacant près de la gare du Mile-End, rue Bernard4.

Le trajet de Terrebonne à Montréal prenait pas loin d’une heure. De plus, il était parfois agrémenté d’imprévus. Les autobus, au tout début, étaient ouverts aux quatre vents. Il y avait bien un toit; mais sur les côtés, il n’y avait pas de vitres5. Quand une averse commençait, ou menaçait, le conducteur arrêtait, descendait et posait des toiles sur les deux côtés de l’autobus pour mettre ses passagers à l’abri. Cela, bien entendu, ne se faisait pas en un clin d’œil et le voyage s’en trouvait retardé d’autant. Sans parler des toiles qui ne fermaient pas toujours hermétiquement.

Les moteurs n’avaient pas non plus la perfection ni la puissance d’aujourd’hui et quand l’autobus était plein et qu’il montait une côte, les pauvres moteurs suaient et souffraient. Si bien qu’une fois, en revenant de Montréal, je me rappelle qu’à la demande du chauffeur, tous les passagers avaient dû descendre et monter la côte à pied, pour donner une chance au moteur qui n’en pouvait plus. C’était entre Pont-Viau et les Écores de Saint-Vincent-de-Paul. Tout le monde comprenait la situation et personne ne perdait sa bonne humeur. Mais tout cela, ce n’était que des incidents de parcours, comme on disait. On ne s’en faisait pas. On en riait même. Ça nous faisait quelque chose de cocasse à raconter au retour.

Le confort

Les routes s’améliorant – on en pavait de plus en plus –, les autobus devenant encore plus perfectionnés et plus confortables, une meilleure rentabilité s’imposait et la nécessité d’une coordination des services devenait évidente. On fonda donc, à Montréal, la Provincial Transport Company, pour effectuer le transport des voyageurs dans toute la province, ou presque6. La nouvelle compagnie absorba peu à peu les lignes privées, à Terrebonne7 comme ailleurs. Le service demeura quand même très satisfaisant et peu coûteux. Terrebonne avait en outre l’avantage d’être sur la route des autobus de Rawdon; c’était bénéficier d’un service de plus.

 

  1. Aujourd’hui, on dit Terrebonniens.
  2. En 1980, le service d’autobus était plutôt limité.
  3. Proportionnellement, c’était plus cher qu’aujourd’hui.
  4. Donnant accès au réseau de tramways de Montréal.
  5. Les routes n’étant pas encore déneigées, les véhicules roulent seulement l’été.
  6. Fondée en 1928, elle dessert surtout la grande région de Montréal, ainsi que les grandes villes du Québec, de l’Ontario et du nord-est des États-Unis.
  7. En 1928, la Provincial Transport achète la compagnie de Jos. Charbonneau.

 

Source : Arthur Piché (1980), Souvenirs d’un ancien de Terrebonne.

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