Un Brin d’histoire

Claude Martel
Un Brin d’histoire
Portrait du général britannique Gabriel Christie, artiste Ralph Earl c1784. (Domaine public

Gabriel Christie (1722-1799)

Grand officier militaire britannique et propriétaire de nombreuses seigneuries, dont celle de Lachenaie, Gabriel Christie a su laisser sa trace dans notre région en érigeant le domaine seigneurial de Mascouche.

 

Ses origines

Fils du marchand et manufacturier James Christie et de Catherine Napier, il est né dans la ville de Stirling en Écosse, le 16 septembre 1722. Stirling est une ville du Moyen-Âge avec son château, elle est aussi une ville commerciale et administrative. Gabriel est issu de la bourgeoisie locale, son grand-père, John Napier, étant le prévôt du lieu. Il fait ses études à Stirling, puis à Glasgow (la capitale écossaise), puis enfin en Angleterre.

Le militaire

Comme bien des fils de bonne famille de l’époque, attirés par l’aristocratie, il fait son entrée dans l’armée en 1742 et obtient le grade d’enseigne dès son arrivée. Il est d’ailleurs sous le patronage de son oncle, le lieutenant-général Robert Napier. Il est promu lieutenant en 1745, puis capitaine en 1754. En 1756, il devient assistant-quartier-maître général des forces de l’Amérique du Nord et il participe au siège de Québec où il devint major en 1759. Il contribue à la bataille des plaines d’Abraham qui permettra, peu de temps après, de faire du Québec une colonie britannique. En 1762, il est promu au grade de lieutenant-colonel, ce qui lui assure une certaine notoriété dans la «Province of Quebec».

Sous le règne du gouverneur Murray, Christie est en conflit avec ce dernier, lequel lui reproche d’utiliser la corvée publique pour le transport du ravitaillement militaire, en plus de lui reprocher de se servir de ses fonctions d’officier à des fins personnelles. En 1776, quand le poste de quartier-maître général des forces de l’Amérique du Nord britannique est attribué au frère du gouverneur, Guy Carleton, il proteste vivement et il va s’en plaindre directement aux hautes intenses militaires, en Angleterre. Il faut croire que cela porte ses fruits, car en 1778, il est promu colonel et commandant du 2e bataillon. Toutefois, sa nouvelle fonction l’amène, en 1780, à servir à Antigua dans les Caraïbes; il passe d’ailleurs la majeure partie de la guerre d’indépendance américaine dans les Antilles. En 1781, il obtient le grade de major général. En 1786, il commande le 1er bataillon du 60e régiment d’infanterie. En 1793, bien établi à Montréal, il est élevé au grade de lieutenant général; trois ans plus tard, il commande le «King’s Royal Rifle Corps». Finalement, le 1er janvier 1798, il obtient le grade de général et commandant en chef des forces britanniques au Canada; il est donc à la tête de «l’armée canadienne». 

Le seigneur

Mais la fulgurante carrière de Christie ne se limite pas à son ascension militaire, il fut un grand propriétaire foncier, comme bien des militaires aristocrates de son époque. Après la Conquête anglaise (1760), bon nombre de seigneurs français quittent le Québec et mettent en vente leurs seigneuries. Christie réalise que la vallée du Saint-Laurent comporte de nombreuses réserves forestières et que la production agricole, notamment celle du blé, pourrait être largement commercialisée. Il investit donc dans sa première seigneurie, en septembre 1764, et il achète la seigneurie de L’Islet-du-Portage aux mains de Paul-Joseph Le Moyne de Longueuil. La même année, il s’associe à Moses Hazen et achète les seigneuries de Sabrevois et Bleury. À la suite d’un conflit avec Hazen, il perd temporairement ses droits dans celle de Bleury. Toujours en 1764, il achète la seigneurie voisine de Noyan avec John Campbell. Sa quête seigneuriale se poursuit : en 1765, il met la main sur la seigneurie de Lacolle, puis en 1766, sur celle de Léry.

Le 8 avril 1766, la famille Le Gardeur lui vend la seigneurie de Lachenaie. Christie s’investit dans cette seigneurie et propose d’acheter le presbytère de Mascouche pour en faire son manoir seigneurial. C’est possiblement le refus de la Fabrique qui incite Christie à s’installer aux «rapides» de Mascouche. D’ailleurs, en 1766, il y fait construire un moulin à farine, voisin du moulin à scie et de la maison de pierres qui est existante.

En raison de ses activités militaires, Christie ne peut lui-même voir à la gestion et aux «opérations» de ses seigneuries, c’est pourquoi il embauche des agents locaux. D’ailleurs, en 1770, Christie loue la seigneurie de Lachenaie à Ambroise Magnan, un négociant de Mascouche.

En 1777, Christie décide de concentrer ses activités autour de Montréal, il vend la seigneurie de L’Islet-du-Portage, mais achète celle de Repentigny. Cela met un terme à ses acquisitions, d’autant plus qu’il passe la majeure partie de la décennie qui suit dans les Antilles. D’ailleurs, en 1785, il vend la seigneurie de Lachenaie à Jacob Jordan, également seigneur de Terrebonne. Une petite exception, en 1796, il acquiert la seigneurie de Chambly. À la fin de sa carrière, il se retrouve à la tête de sept seigneuries, sans compter qu’il possède plusieurs terres en Angleterre.

La famille

Avec une carrière militaire et des fonctions seigneuriales très captivantes, on peut supposer que la vie familiale a écopé passablement. Nous savons qu’il s’est marié avec Sarah Stevenson, d’Albany (New York), lorsqu’il fut affecté dans cette région, probablement vers 1757. Il eut avec elle un fils, Napier (1758), et deux filles, Catherine (1772) et Sarah (1774). La famille est établie rue Saint-Paul à Montréal, bien que Catherine naisse en Jamaïque. Mais il eut aussi un fils naturel, James, et trois autres de sa maîtresse Rachel Plenderleath (Gabriel, 1778, George, 1779, William, 1780), qu’il reconnut lors de la rédaction de son testament, en 1789, à Leicester, en Angleterre. Lorsque Gabriel Christie meurt le 26 janvier 1799, à Montréal, ses terres sont transmises à son fils Napier.

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Source : Fernand Ouellet, « Gabriel Christie », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003; Wikipédia « Gabriel Christie (British Army officer) ».

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