Un débat source de discorde

Par Luke Mayba, citoyen de Terrebonne

Il serait souhaitable que Gilles Bordonado profite de son éditorial («Première impression», 10 octobre 2018), dans lequel il affirme son adhésion au principe de laïcité de l’État, pour dénoncer l’intimidation contre les citoyens «ordinaires» (non en position d’autorité) portant les signes religieux.

Depuis l’élection de la CAQ, ce ne sont pas les «antiracistes» qui font le plus grand bruit médiatique; M. Legault a lui-même lancé ce débat source de discorde et souvent provocateur. On sait bien que lorsqu’un gouvernement s’en prend aux minorités «en autorité», d’autres en profitent pour harceler l’ensemble de cette population vulnérable.

Tous partagent le but d’intégrer les nouveaux venus et leurs enfants dans la société québécoise. Mais permettez-moi de douter qu’on atteigne cet objectif en menaçant d’enlever leurs emplois et en les injuriant. Au contraire. Pour ce qui est de nos valeurs d’égalité homme-femme, il est malheureux qu’on croie pouvoir les affirmer en ciblant les femmes portant le hijab : ce sont, supposément, leurs maris qui les oppriment; pourtant, leurs emplois à eux ne sont pas menacés, et leur habillement n’est pas critiqué.

De toute façon, un signe religieux ne peut révéler les croyances ou les valeurs particulières d’une personne, mais seulement un aspect fondamental de son identité (au même titre qu’une effigie du fleurdelisé, par exemple). Tous les Québécois ne sont pas indépendantistes, pas plus que tous les musulmans ne sont sexistes. Ce n’est pas en interdisant ces symboles qu’on va transformer la société.

Lorsqu’une victime d’homophobie crie au secours, l’intervenant à la ligne d’écoute ne lui propose plus, comme ça se faisait dans le passé, de nier son identité homosexuelle. À quand une réponse de compassion semblable envers la victime d’intimidation xénophobe, une réponse qui n’insiste pas pour qu’elle cesse d’être elle-même?

 

Luke Mayba

Terrebonne

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