Un K.-O. vu par…

C’est le 13 juillet au Métropolis de Montréal que le boxeur de Terrebonne Stéphane Desormiers s’est incliné pour la première fois de sa carrière face à l’Américain Manuel Morales.

Joël Tripp

… un gars

Même en écrivant ces lignes, deux jours après l’événement, je me demande si tout cela s’est réellement bien passé. Après trois changements d’adversaires de dernière minute et une perte de poids de 17 livres en 36 heures, frôlant ainsi la déshydratation, les circonstances laissaient présager le pire pour Stéphane Desormiers (11-1-0), qui était confronté au Texan Manuel Morales (2-1-0). Cependant, la foule réunie au Métropolis s’attendait à une véritable boucherie, étant donné le manque d’expérience de l’Étasunien.

Au son de la cloche annonçant le début des hostilités, on a pu voir un Desormiers rapide et incisif qui se ruait sur son adversaire, voulant plaire à ses nombreux fans qui s’étaient habitués à des K.-O. expéditifs au premier round à ses cinq derniers combats. Mal lui en prit, car une vingtaine de secondes plus tard, à cause d’une erreur technique (on peut voir sur la photo que Desormiers, en lançant son crochet, est hors d’équilibre et laisse une partie de son menton à découvert), Stéphane s’est retrouvé au plancher, incapable de se relever pour quelques minutes, plongeant les 2 000 spectateurs dans un mutisme surréaliste.

« Je n’ai aucun souvenir du combat et j’ai mis quelques heures avant de reprendre véritablement mes esprits. C’est donc ça, un K.-O.! C’était la première fois que je visitais le plancher tant chez les amateurs que chez les professionnels. Plusieurs erreurs ont mené à cette défaite : premièrement je n’ai pas suivi à la lettre la diète de mon entraîneur personnel, Jean-Michel Giroux, j’ai donc été obligé de perdre beaucoup de poids en peu de temps pour faire le poids à la pesée officielle; deuxièmement, je ne respectais pas mon adversaire, je ne l’ai pas assez étudié avant de me lancer sur lui, j’aurais pu être plus patient, mais je ne voulais pas décevoir mes admirateurs. Il s’agit d’une erreur de parcours : au cours des prochains mois, je vais redoubler d’efforts et veiller à ce qu’une telle bévue ne se reproduise plus jamais. Mon orgueil en a mangé un coup, mais j’ai le talent et la détermination pour passer outre cet affront. D’ailleurs, j’ai déjà demandé à mon organisation de me préparer une revanche », nous a confié Stéphane au lendemain de son affrontement.

… une fille

Les répercussions d’un K.-O. ne se font pas seulement sentir dans la boîte crânienne du boxeur, mais aussi sur son entourage; parlez-en à sa conjointe, Karine Barrette, qui pleurait toutes les larmes de son corps pendant que son homme gisait au plancher, inconscient : « Quand j’ai vu Stéphane s’écrouler, j’ai regardé autour de moi et j’ai vu la stupéfaction dans les visages des spectateurs. J’étais certaine qu’il allait se relever et gagner ce combat. Quand j’ai vu qu’il ne bougeait toujours pas après huit secondes, je me foutais du combat et de la défaite, je ne pensais plus qu’à une chose : sa santé. La nuit suivante, j’ai vécu l’enfer; je suis restée éveillée toute la nuit, le réveillant plusieurs fois dans son sommeil, chose que l’on doit faire avec une victime d’une commotion cérébrale. Est-ce que je veux que mon homme quitte la boxe? Je veux qu’il soit heureux, un point c’est tout. Il est assez intelligent pour savoir quand il devra accrocher les gants », a-t-elle révélé.

… un journaliste

Quand on est affecté à la couverture d’un être aussi charismatique que Stéphane Desormiers, on n’a d’autres choix que de laisser l’objectivité journalistique à la maison. On ne peut qu’admirer le courage et la détermination de cet homme qui a surmonté plusieurs épreuves avant d’accéder au rang de boxeur professionnel. À la vue de Stéphane couché au plancher (il était à quelques centimètres de moi), incapable de se relever, victime d’une commotion cérébrale, j’ai remis en question ma passion et mon intérêt pour ce sport. Plusieurs me diront que je devais m’y attendre un jour, que je ne couvre pas des tournois de bridge, que je suis de nature un peu trop sensible… Non, je ne m’y attendais pas, du moins pas ce soir-là, et je ne crois pas que l’on puisse s’habituer à voir la souffrance d’un homme, d’un ami, étendu sur le dos, pliant en vain l’échine pour se relever.

Encore aujourd’hui, pendant la rédaction de cet article, des images de sa chute et de son visage livide m’assaillent. Mais, demain, je réclamerai vengeance, prêt à croquer sur le vif des images de ses prochains adversaires, qui, pour la plupart, plieront les genoux devant ses assauts, laissant ainsi le soin à un autre journaliste de gérer ses émotions…

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