Un rêve, un projet, une vie « made in China »

Véronick Talbot
Un rêve, un projet, une vie « made in China »
Depuis six ans, le Terrebonnien Jean-Pierre Parrot vit environ huit mois par année en Chine. (Photo : courtoisie)

Il fut un temps où l’on entendait régulièrement parler du Terrebonnien Jean-Pierre Parrot pour son implication dans les sphères du commerce international et de la politique. Mais depuis six ans, l’homme d’affaires s’est redéfini une vie professionnelle et personnelle en Chine, où il demeure huit mois par année. Entrevue avec un homme passionné, qui a osé faire de son ambition une réalité.

L’histoire d’affaires – et d’amour – qui lie Jean-Pierre Parrot à l’Asie a commencé à s’écrire il y a de cela de nombreuses années. «Mon père était voyageur de commerce et je rêvais d’exercer la même profession. Du coup, malgré mes formations en cuisine, en sciences de la santé et en enseignement de la chimie, j’ai commencé à faire de l’importation et de l’exportation, principalement avec l’Asie. Au fil des années, j’ai développé une expertise à ce chapitre, mais aussi en commerce international et en développement de clientèle. Ce qui m’a amené à fonder mon entreprise, Parrot & Parrot, et à offrir mes services en tant qu’agent manufacturier et consultant.»

Puis, il y a de cela six ans, le Terrebonnien a pris une décision qui allait changer non seulement sa vie professionnelle, mais aussi son existence dans ses moindres fragments. «À ce moment, je songeais depuis deux ans à déménager en Chine et à y exploiter directement mon entreprise. Je savais que sur place, tout serait plus facile. Puis, le plus âgé de mes fils est devenu autonome et le plus jeune a emménagé chez sa mère. Ça a été l’élément déclencheur qui m’a poussé à concrétiser ce projet.»

Une «entente de bons procédés»

D’un point de vue logistique, la transition s’est bien passée. Le Terrebonnien s’est départi de tous ses biens alors que du côté de la Chine, il a conclu une entente de bons procédés avec une entreprise avec laquelle il collaborait depuis une dizaine d’années. «En échange de 30 % de mon temps, l’entreprise m’a offert de travailler à même ses installations et s’est chargée de me trouver un loyer et un chauffeur, notamment. Elle a donc entièrement planifié mon arrivée.»

Néanmoins, l’homme d’affaires admet qu’il ressentait une certaine anxiété à l’idée de s’établir en Chine, bien qu’il connaissait le pays «encore mieux que les Chinois eux-mêmes», parce qu’il s’y était rendu bon nombre de fois au cours des 16 années précédentes. «Je dirais que j’ai continué à ressentir de l’anxiété durant mes trois premiers mois en sol asiatique, le temps que je me fasse des amis et que je rentre dans le moule. Parce que là-bas, tout est différent…»

Des gens de parole

En plus d’accorder 30 % de son temps à cette même entreprise depuis six ans, Jean-Pierre Parrot poursuit ses activités à titre de consultant et d’agent manufacturier, et développe également de nouveaux produits. Au cours de la dernière année, il a notamment travaillé sur un produit innovateur pour les piscines, lequel fonctionne à l’énergie solaire. Et ce n’est là que l’une des nombreuses facettes de sa profession.

«Je travaille du lundi au vendredi, parfois à même l’usine, parfois chez moi. J’adore ma carrière là-bas. Les Chinois accordent beaucoup d’importance à leur parole et changent rarement d’idée. C’est agréable de travailler et de vivre avec eux. Ils ont aussi cette mentalité et ce besoin de toujours vouloir faire plaisir aux autres. Les valeurs sont différentes qu’au Québec, et je ne me cache pas que je me sens bien à partager mon quotidien avec eux.»

L’Asie entière à portée de train

Sur le plan personnel, le Terrebonnien demeure au même endroit depuis son arrivée en Chine, dans un luxueux appartement de Changzhou, dans la province de Jiangsu, à 150 km au nord de Shanghai. «C’est un superbe endroit qui est près de tout, surtout avec le train à haute vitesse. La fin de semaine, je peux donc aller à Hong Kong, à Beijing, en Thaïlande et même au Vietnam. Et la semaine, je me suis créé mon petit quotidien. Je me suis fait des amitiés sincères, j’ai découvert de bons restaurants et des épiceries auxquels je me suis habitué. Je me suis fait une routine, finalement.»

Il admet toutefois que la cuisine québécoise lui manque. «Lorsque j’ai envie d’un bon bœuf, je dois le faire venir d’Australie à gros prix (rires). Mais je me suis acheté un four [personne n’a de four en Chine] pour me faire des tourtières du Lac-Saint-Jean et de bons spaghettis. Le chef cuisiner en moi ne peut pas s’en passer.» Mais ce qui lui manque le plus, ce sont de loin ses fils, Édouard, 13 ans, et Louis-Frédéric, 18 ans. «Heureusement, avec la technologie, nous communiquons presque quotidiennement. Mais j’ai bien hâte de les inviter en Chine pour leur montrer mon quotidien.»

Un retour en politique?

Bien qu’il ne sache pas ce que l’avenir lui réserve, Jean-Pierre Parrot se voit conserver cette vie au moins «une couple d’années encore». «Si les produits que j’ai développés fonctionnent bien sur le marché nord-américain, je reviendrai peut-être au Québec. Je n’ai aucune idée où la vie me mènera.»

Et même s’il s’est retiré de la vie politique après sa défaite aux élections provinciales en 2007, alors qu’il s’était présenté dans Rousseau, impossible de ne pas demander au membre fondateur de l’ADQ s’il songe éventuellement à un retour en politique. «J’ai tout sacrifié pour la politique, ma famille et mon énergie… Alors pour le moment, j’admets que je n’y pense plus du tout.» Chose certaine, l’ambition et la passion de cet homme manquent à beaucoup de gens de chez nous. Mais à voir les étoiles briller dans ses yeux, il n’y a pas de doute que la vie qu’il mène actuellement le comble. Et on ne peut que s’en réjouir pour lui.  

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