Une passion qui ouvre des portes

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Par Véronick Talbot
Une passion qui ouvre des portes
Christine Déal peut maintenant compter sur le soutien de sa fille, Stéphanie Bolduc, pour perpétuer l’histoire de l’entreprise Au Serrurier Moderne. (Photo : Olivier Lamarre)

Le parcours de Christine Déal témoigne de la fibre entrepreneuriale qui l’habite, mais surtout de cette grande force tranquille qu’elle incarne. Dès les premières années de sa vie, elle a dû se battre pour se maintenir à flot sur une mer agitée, se forgeant une détermination à toute épreuve qui lui aura permis d’inspirer bon nombre de femmes d’ici et d’ailleurs. 

Déjouant les pronostics des médecins, qui lui avaient dit qu’elle ne pourrait jamais marcher, Christine Déal est demeurée à l’hôpital jusqu’à l’âge de 11 ans avant de pouvoir rejoindre sa famille. Cette dernière avait quitté la France pour s’établir au Québec 3 ans plus tôt. Loin d’être au bout de ses peines, l’enfant a dû travailler fort pour rattraper ses années scolaires perdues, puis s’adapter à son nouvel environnement. « Mais ces épreuves ont fait de moi celle que je suis ensuite devenue », confie-t-elle.

Il fallait d’ailleurs une volonté de fer pour se lancer en affaires dans un monde d’hommes, en 1981. Avec à peine 1 $ dans les poches, Christine Déal et ses deux partenaires de l’époque ont misé sur un domaine qu’ils connaissaient bien en fondant Au Serrurier Moderne, avec pour mission d’assurer votre sécurité et celle de vos biens. Pendant 4 ans, ils ont exploité l’entreprise à même la résidence de la femme d’affaires, à Laval, avant d’ouvrir à Terrebonne, une ville alors en pleine expansion.

Croire en ce que l’on fait

« Je me souviens encore de toutes ces fois où je me suis déplacée et où on m’a demandé d’envoyer un homme. J’ai persisté et je suis arrivée à faire ma place dans ce monde, surtout parce que j’aimais mon métier et que je croyais en ce que je faisais. »

Christine Déal est d’ailleurs devenue la première femme maître-serrurier au Québec et la première femme à décrocher sa licence de la Régie du bâtiment du Québec. Elle a même suivi des cours pour parler devant un public, afin de gagner en assurance. Elle n’a jamais laissé un obstacle lui barrer la route. « Par exemple, malgré que je ne parle pas anglais, je n’ai jamais hésité à me rendre en Ontario pour des contrats. Je me rappelle que l’un d’eux m’a coûté 5 000 $ parce que je n’avais pas compris un mot. Toutefois, je me suis débrouillée et j’ai réussi à surmonter ce handicap, entre autres en m’entourant des bonnes personnes. Ça aussi, c’est essentiel quand on est en affaires », de lancer la femme dont certains employés lui sont demeurés fidèles pendant plus de 25 ans.

Le fait de côtoyer d’autres entrepreneures confrontées aux mêmes réalités qu’elle, au sein de divers réseaux, l’a également aidée. Puisqu’en plus d’être entrepreneure, Christine Déal n’a jamais négligé son rôle de mère, se faisait un devoir d’être près des siens. « S’il y a eu de bonnes années, il y a eu des périodes plus difficiles, notamment lorsque j’ai décidé de racheter les parts de mon dernier partenaire. Je venais de me séparer. J’étais mère monoparentale d’un côté et entrepreneure de l’autre, dans un contexte difficile. Mais j’ai continué de croire en ce que je faisais, en prenant les décisions qui s’imposaient, sans laisser la peur me dominer. C’est comme ça que j’ai avancé. »

De mère en fille

Toujours derrière le comptoir de cette entreprise qu’elle chérit depuis 37 ans, Christine Déal peut maintenant profiter du soutien de sa fille, Stéphanie Bolduc, qui a acquis le commerce. Ses compétences en comptabilité et sa connaissance du métier font de cette mère de quatre enfants une relève de choix. Membre du conseil d’administration de la Corporation des maîtres-serruriers du Québec, la jeune entrepreneure navigue dans des eaux bien différentes que sa mère, les femmes étant maintenant plus nombreuses au sein de l’industrie. Il n’en demeure pas moins que de nouveaux défis pointent à l’horizon, dans un monde qui évolue à un rythme effréné.

« Nous devons être à la fine pointe de la technologie pour offrir les meilleurs produits et services à notre clientèle », insiste celle qui ressemble à sa mère. « Ma mère m’a toujours inspirée. Elle m’a appris à être autonome et passionnée par ce que je fais. C’est pour ça que j’ai appelé ma fille Christina. » Et c’est aussi pour lui rendre hommage qu’elle l’a l’inscrite au Gala Vision de la Chambre de commerce et d’industrie Les Moulins, en 2016, où elle a gagné le prix dans sa catégorie.

Si Christine Déal a été une grande source d’inspiration pour ses filles, elle l’a aussi été pour bon nombre de femmes qui l’auront croisée dans son entreprise, Au Serrurier Moderne, ou grâce à ses implications, entre autres au Réseau des femmes d’affaires du Québec. Et parce qu’elle ne s’imagine pas quitter son entreprise tant elle en est passionnée, elle continuera certainement d’en inspirer d’autres.

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