Chronique | Une région jeune mérite des infrastructures à sa mesure

Ézéchiel Dragomir Mihoc pose devant la Gare de Mascouche. Photo Médialo – Alex Proteau
Ézéchiel Dragomir Mihoc pose devant la Gare de Mascouche. Photo Médialo – Alex Proteau

À la rentrée, je partirai chaque matin de Mascouche pour aller étudier en Histoire et civilisation au Collège de Bois-de-Boulogne. J’en suis très heureux, parce que ce programme correspond exactement à ce que je souhaite approfondir. Malgré cela, le déplacement qu’implique cette décision me fait réfléchir à la place qu’occupent les études supérieures dans une région aussi importante que Lanaudière. Pourquoi autant de jeunes doivent-ils encore se tourner vers Montréal pour trouver le programme ou l’établissement qui leur convient le mieux?

Par Ézéchiel Dragomir Mihoc, jeune étudiant mascouchois

Bien sûr, il serait inconcevable d’exiger que chaque programme soit offert dans chaque ville du Québec. Le Cégep de Lanaudière possède déjà des établissements à Terrebonne, à L’Assomption et à Joliette. Le campus de Terrebonne offre d’ailleurs 11 programmes et profils d’études, ce qui représente une présence réelle et importante. Mais cette proximité vient tout de même avec une offre plus limitée que celle dont disposent les jeunes qui habitent directement Montréal. Une région jeune et en croissance ne devrait pas seulement loger des familles; elle devrait aussi permettre à leurs enfants d’étudier et de se construire un avenir pas si loin de chez eux.

Beaucoup d’heures de transport

Étudier à l’extérieur de sa région, c’est souvent passer de nombreuses heures par semaine dans un autobus, un train ou une voiture. Ce temps ne peut plus être consacré aux travaux, au repos, à un emploi ou à la vie étudiante. Aux frais scolaires s’ajoutent alors les frais de transport et, pour certains, ceux d’un logement. Tous les jeunes ne possèdent pas une voiture et toutes les familles ne peuvent pas payer un appartement à Montréal. La distance devient donc bien plus qu’un simple désagrément : elle peut parfois limiter les possibilités réelles d’un jeune.

Terrebonne et Mascouche ne sont évidemment pas isolées. Il y a des autobus, un train et plusieurs liens avec Montréal. Mais l’existence de ces services ne signifie pas toujours qu’ils concordent avec les horaires des étudiants. Une correspondance manquée, un cours terminé un peu trop tard ou un horaire mal arrimé peuvent vite transformer un déplacement raisonnable en long retour à la maison. Le transport en commun ne sert pas seulement à réduire la circulation; il peut aussi garantir l’accès aux études.

Quartier universitaire

C’est pour cette raison que le projet de quartier universitaire à Terrebonne mérite d’être pris au sérieux. Selon la Ville, ce projet est développé avec l’UQTR, et les terrains visés ont été acquis en décembre 2025. Une première pelletée de terre est même envisagée pour 2027. Si ce projet avance réellement, il pourrait changer la manière dont plusieurs jeunes Lanaudois perçoivent leur parcours scolaire. Il ne remplacera certainement pas Montréal, et ce n’est pas son rôle. Mais il pourrait offrir des programmes mieux adaptés aux besoins de la région et réduire de nombreux déplacements.

Encore faut-il que ce projet ne reste pas seulement une belle promesse. Le développement de cette offre devrait partir des besoins des étudiants, des employeurs, des organismes publics et des institutions locales. La santé, l’enseignement, l’administration publique, les services sociaux et l’environnement pourraient être des secteurs importants. Mais une région ne doit pas seulement former de la main-d’œuvre. Les sciences humaines, l’histoire, la politique et la culture sont aussi nécessaires pour comprendre et faire évoluer une communauté. Former une population, ce n’est pas seulement répondre au marché du travail; c’est aussi développer son autonomie et sa vie démocratique.

Quand un jeune quitte sa région pour étudier, il y a toujours un risque qu’il commence aussi sa carrière ailleurs et qu’il ne revienne pas. Découvrir Montréal, Québec ou une autre région peut évidemment être enrichissant. Cela ne devrait jamais être découragé. Mais partir devrait rester une possibilité, pas une nécessité causée par un manque d’options. Des institutions fortes pourraient aussi attirer des enseignants, des chercheurs, des entreprises et de nouveaux projets culturels dans Lanaudière.

Pour ma part, j’irai à Bois-de-Boulogne avec enthousiasme. Je ne regrette pas ce choix. Mais cela ne m’empêche pas d’espérer que les prochaines générations disposent de davantage de possibilités près de Mascouche et de Terrebonne. On ne peut pas se permettre que Lanaudière devienne seulement une région que l’on quitte chaque matin pour aller étudier ou travailler ailleurs. Une région vraiment forte, c’est aussi une région où les jeunes peuvent grandir, apprendre, créer et rester s’ils le veulent vraiment.

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