André Paquin, héros malgré lui

  • Publié le 3 août 2026 (Mis à jour le 3 août 2026)
  • Lecture : 4 minutes
André Paquin. (Photo Sarah Paquin)
André Paquin. (Photo Sarah Paquin)

Quelques jours après avoir aidé une famille piégée sur le toit de leur maison en flammes à Saint-Lin-Laurentides, André Paquin refait tranquillement surface. L’ancien pompier raconte à La Revue les secondes qui ont tout changé, et le malaise qu’il ressent à être qualifié de héros. 

« C’est sûr que je pleure à l’occasion, c’est normal. C’est un processus, comme un deuil », confie André Paquin. Les maisons incendiées, situées sur la rue Saint-Louis, entre la 12e et la 13e Avenue, se trouvent juste en face de chez lui. Chaque matin, vers 6 h 30, en partant travailler, la vue des lieux le ramène au moment de l’incendie. Il continue néanmoins de travailler, occupe ses journées et a pris un café avec d’anciens collègues pompiers dans les jours qui ont suivi, question de garder l’esprit occupé. 

Une décision prise en quelques secondes 

Le matin de l’incendie, André Paquin était dehors, comme à son habitude, lorsqu’il a senti un léger fond de fumée dans l’air, sans rien y voir d’alarmant. Quelques minutes plus tard, un bruit sourd et différent d’une explosion l’a alerté, soit un backdraft, ce phénomène que les pompiers appellent aussi une déflagration. Un épais panache de fumée noire montait au loin. 

Il a couru par la cour arrière de sa maison et traversé la rue, où se trouvaient les deux maisons incendiées, voisines l’une de l’autre. Il a d’abord grimpé sur la galerie de la maison, qu’il savait habitée par une jeune famille, cognant à coups de pied et de poing dans la porte sans toutefois la défoncer, de peur d’alimenter le feu en oxygène. À l’arrière, les flammes avaient déjà tout envahi. 

Il s’est ensuite précipité vers la résidence voisine, celle d’une autre dame qu’il connaissait et chez qui se trouvaient deux chiens. Il a ouvert la porte et crié pour alerter. La famille a réussi à sortir par ses propres moyens peu après. L’un des chiens n’a malheureusement pas survécu, tandis que les secours ont dû rechercher le second, un berger allemand, resté introuvable. 

De retour devant la première maison, André Paquin a retrouvé les deux parents et leurs deux jeunes enfants réfugiés sur le toit d’une galerie du deuxième étage, en pleurs. Le père semblait figé, en état de choc. « Je lui ai dit : je n’ai pas le temps d’aller chercher une échelle, les flammes commencent à sortir », raconte André Paquin. Il a demandé à la mère de lui lancer les enfants un à un dans le vide. Il les a rattrapés et déposés sur le gazon, en les rassurant à voix haute pour que tout aille vite. La mère a ensuite sauté directement sur lui pour amortir sa chute, puis le père a fait de même. 

André Paquin s’en tire avec un peu de douleur au dos et au genou, tandis que la mère a ressenti une douleur à l’épaule et à la jambe. « Il n’y a rien de cassé, tout le monde est correct », résume-t-il. Julie Parisien, une femme qui travaillait à proximité, est ensuite venue mettre la mère et les enfants en sécurité de l’autre côté de la rue, un geste qu’André Paquin n’a même pas vu sur le coup, trop concentré sur la scène. 

« Je suis un gars d’arrière-scène » 

Interrogé sur les nombreux commentaires qui le qualifient de héros sur les réseaux sociaux, André Paquin se dit mal à l’aise. « Je suis un gars d’arrière-scène, je ne suis pas habitué d’être devant la caméra. […] C’est un devoir de citoyen », insiste-t-il, tout en reconnaissant que ce qu’il a vécu restera gravé en lui pour toujours. 

La mairesse de Saint-Lin, Isabelle Auger, a tenu à souligner publiquement le geste d’André Paquin et de Julie Parisien. « M. Paquin et madame Parisien ont fait preuve de sang-froid et de générosité afin de secourir une famille en détresse. Merci à vous deux pour cet acte de bravoure, vous avez tout mon respect ! », a-t-elle écrit. 

Il attribue une partie de son sang-froid à ses années comme pompier, un métier qu’il a exercé pendant 10 ans. André Paquin travaille pour la Ville de Saint-Lin depuis son adolescence. Cette expérience lui a aussi permis de juger, en quelques secondes, qu’attendre une échelle aurait pris trop de temps. « Ça aurait pris quatre, cinq minutes, c’était trop tard. Je lui ai dit : on saute, on va peut-être se casser une jambe », raconte-t-il. 

André Paquin connaissait la jeune famille de vue depuis qu’elle avait emménagé dans le quartier, un an et demi plus tôt. Il ne leur a pas reparlé depuis l’incendie, mais sait par les pompiers qu’ils sont sortis de l’hôpital et vont bien. Le capitaine du service d’incendie doit éventuellement les mettre en contact, une fois que le choc initial sera passé. 

« Je suis un gars d’arrière scène».

André Paquin

Sept minutes qui ont fait la différence 

La cause de l’incendie n’est pas encore confirmée par les autorités, mais selon André Paquin, elle pourrait être liée à un appareil électrique. Les deux résidences touchées par le brasier ont été détruites, et deux bâtiments voisins ont bien failli y passer également. 

André Paquin tient à souligner le rôle d’un projet pilote de la Ville qui assure depuis peu une présence de pompiers en caserne jour et nuit. Selon son estimation, cette mesure a permis de réduire le temps de réponse à environ sept minutes lors de l’incendie, plutôt que les quinze minutes habituelles, ce qui aurait contribué à éviter que les bâtiments voisins ne prennent feu à leur tour. 

La Croix-Rouge s’est déployée rapidement sur les lieux pour venir en aide aux sinistrés. La Ville a également communiqué avec André Paquin dans les jours suivants pour lui offrir un accès à son programme de soutien aux employés, en prévision d’un éventuel besoin d’accompagnement psychologique. 

 

Occupée jour et nuit depuis le 1er juin 

Depuis le 1er juin, le Service de sécurité incendie de Saint-Lin-Laurentides assure une garde en caserne 24 heures sur 24, sept jours sur sept, dans le cadre d’un projet pilote d’un an. Auparavant, les pompiers étaient présents en caserne environ 50 % du temps. Le reste du temps, ils étaient de garde à la maison et devaient d’abord s’y rendre avant de partir en intervention. 

Selon la Ville, cette présence continue permet une intervention plus rapide, tant pour les appels d’incendie que pour les appels médicaux où les pompiers agissent comme premiers répondants. Le projet pilote sera évalué au cours de la prochaine année afin de mesurer ses effets sur les temps de réponse, la qualité du service et la sécurité de la population. 

 

Des campagnes de sociofinancement 

Des proches ont mis sur pied deux campagnes de sociofinancement pour venir en aide aux sinistrés. Celles-ci sont accessibles sur GoFundMe. 

Articles les plus consultés

Incendie sur la rue de l'Estran à Lachenaie. Photo Medialo - Benjamin Brassard
Actualités
Faits divers

Une série d’incendies mobilise les pompiers dans la région de Terrebonne

Les autorités rappellent qu'il faut contacter les services d'urgence immédiatement avant de tenter de maîtriser les flammes soi-même.
Les travaux de récupération du véhicule sont reportés à une date ultérieure. (Photo d'archives)
Actualités
Faits divers

Indélogeable, la voiture dans la rivière des Mille Îles

Le Service de police a procédé à une opération visant à récupérer le véhicule coincé dans la rivière des Mille Îles.
Anne Touchette, vérificatrice générale. Photo gracieuseté
Actualités
Politique

Terrebonne : voici les observations de la vérificatrice générale

L’un des constats principaux du rapport est que 54 recommandations additionnelles sont désormais appliquées par la Ville.