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16 juin 2021

Pénélope Clermont - pclermont@lexismedia.ca

Agir à la source pour éviter les tragédies

AUTEURS DE VIOLENCE

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« Je n’ai jamais rencontré un seul auteur de violence qui était en était fier, soulève Daniel Blanchette, directeur et responsable clinique pour Au cœur de l’il. Souvent, c’est parce qu’ils ne savent pas quoi faire pour changer leurs comportements. Ils n’y arrivent pas seuls. »

S’il demeure primordial que les personnes subissant la violence conjugale et familiale soient au cœur des interventions, l’organisme Au cœur de l’il est d’avis qu’il est aussi essentiel que les auteurs de cette violence soient intégrés aux initiatives ayant pour objectif de contrer ce qui apparaît ces derniers mois comme un fléau avec un nombre effarant de féminicides.

Intervenir à la source auprès des auteurs de violence est incontournable et favorise la responsabilisation et la sécurité de tous, assure Daniel Blanchette, directeur et responsable clinique de l’organisme lanaudois œuvrant pour des relations respectueuses et égalitaires. Depuis plus de 24 ans, l’intervenant accompagne des hommes, particulièrement des auteurs de violence, dans un cheminement qui les mènera à établir des rapports égalitaires plutôt que basés sur le pouvoir, où prend forme la violence. « Je n’ai jamais rencontré un seul auteur de violence qui en était fier. Certains vont justifier, minimiser leurs actions, dire qu’il y a tellement de violence partout dans la société, pourquoi feraient-ils différemment, explique M. Blanchette. Mais souvent, c’est parce qu’ils ne savent pas quoi faire pour changer leurs comportements. Ils n’y arrivent pas seuls. » C’est là qu’intervient Au cœur de l’il dans l’un de ses trois points de services de Lanaudière, dont celui à Mascouche.

Fondé il y a plus de 32 ans et appelé auparavant le Centre d’aide pour hommes de Lanaudière, l’organisme propose un programme d’accompagnement étalé sur 21 semaines au sein d’un groupe semi-ouvert, c’est-à-dire que les participants s’entrecroisent, et s’inspirent et se motivent au rythme des arrivées et des départs. Si 7 sur 10 d’entre eux entreprennent la démarche sous une contrainte, qu’elle soit légale ou imposée par une conjointe par exemple, « on travaille toujours sur une base volontaire », ajoute le responsable clinique. La réussite ou non de la démarche leur appartient.

Le défi de changer

Est-ce facile de changer des comportements violents? « Est-ce qu’il y a plus exigent et difficile que de changer quelque chose? » répond avec philosophie le directeur. « C’est extrêmement exigeant, même si [ce quelque chose] nous procure un inconfort, des frustrations ou des insatisfactions. Il reste que c’est du connu qui apporte une fausse sécurité, convient-il. C’est difficile de lâcher [un comportement] qui, pendant longtemps, a été utile et commencer à voir qu’on aura plus de gains que de pertes à le changer. »

La bonne nouvelle : la violence s’apprend et peut donc se désapprendre, avance-t-il. Évidemment, modifier intrinsèquement des comportements violents ne se fera pas en claquant des doigts et prendra plus de 21 semaines, reconnaît-il, « mais on prétend que c’est suffisant pour commencer à induire un début de changement en profondeur ». L’objectif n’est d’ailleurs pas d’agir uniquement sur les comportements violents, mais bien sur la manière d’être des auteurs de violence avec leur entourage. « Autrement, ça ne peut pas être durable », nuance-t-il en revenant sur l’importance des relations égalitaires.

42 % parcours complétés

Du 1er avril 2020 au 30 mars 2021, le programme d’Au cœur de l’il a accueilli 295 hommes et 43 femmes. Non, les comportements violents ne sont pas liés qu’aux hommes. Près de 42 % des gens ayant participé à une rencontre ont complété le parcours de 21 semaines. « C’est dire qu’on en a récupéré quelques-uns des 7 sur 10 qui sont venus sous une contrainte et qui ont décidé de s’engager et de faire des changements en profondeur », se réjouit M. Blanchette en comparant ce nombre avec le taux de persévérance en dépendance, que ce soit la toxicomanie ou l’alcoolisme, qu’il affirme être de 20 à 25 %.

Quant au taux de récidive, 18 mois après la fin du programme, il se situe à 24 % en ce qui a trait à de la violence physique sur la personne et à 38 % pour les autres formes de violence. « Ce n’est pas un succès total, mais c’est assez important », considère l’intervenant, qui croit nécessaire que l’on continue d’agir auprès de ces hommes, et de ces femmes, et surtout, rapidement.

La tare des délais

Les délais sont tels qu’une personne qui appelle aujourd’hui Au cœur de l’il pour des services pourrait avoir droit à une première rencontre d’accueil au début du mois d’août avant d’intégrer le groupe quelque part en novembre ou en décembre, illustre le directeur. « Ça n’a aucun sens. Combien décrochent et abandonnent leur demande d’aide? » s’interroge l’homme qui a l’espoir de voir les choses s’améliorer avec l’annonce, à la fin du mois d’avril, d’une aide gouvernementale de 19,8 M$, dont quelque 135 000 $ pour l’organisme, qui servira à diminuer sa liste d’attente.

Plutôt que de compter seulement sur le soutien des organismes comme Au cœur de l’il en aval, M. Blanchette suggère qu’on agisse en amont en tant que société. « C’est notre attitude qu’il faut revoir. Les enfants apprennent par mimétisme et si nous, comme adultes, on transige sur une base de relations respectueuses et égalitaires, nos enfants seront enclins à reproduire [cette façon d’agir] », rappelle-t-il dans une invitation à revoir nos propres comportements.

À lire également : Deux policières luttent pour mettre un frein à la violence conjugale.

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