Urgence | Derrière les portes du triage

(Photo gracieuseté)
(Photo gracieuseté)

Chaque hiver, la recrudescence des virus respiratoires et gastro-intestinaux exerce une pression supplémentaire sur les urgences lanaudoises. Alors que les salles d’attente se remplissent et que le délai de prise en charge s’allonge, les équipes en place retroussent leurs manches. Car elles savent bien qu’il n’y a pas de petits maux pour ceux et celles qui souffrent. Au poste de triage, porte d’entrée vers les soins hospitaliers, infirmiers et infirmières ont néanmoins l’épineuse tâche de classer les patients par ordre de priorité.

Tandis que la province était frappée par une épidémie de grippe précoce dans les dernières semaines, l’Hebdo Rive Nord est allée à la rencontre de Véronique, infirmière au triage de l’Hôpital Pierre-Le Gardeur (HPLG), afin de démystifier cette spécialité où souffrance et désarroi font partie du quotidien. « C’est sûr que d’attendre dans la douleur, quand tu n’es pas bien, c’est fâchant, frustrant et c’est comprenable. On comprend ça, mais on a une certaine impuissance », admet celle qui est infirmière à l’HPLG depuis une quinzaine d’années, dont plus des 10 dernières au triage.

Entre empathie et efficacité

Dans leur pratique, Véronique et ses collègues sont sur la première ligne à l’urgence de l’hôpital. Au-delà des symptômes et des signes vitaux, ils accueillent le découragement, l’anxiété et parfois aussi la colère des patients en quête de réponses sur leur état de santé. Et bien qu’ils soient sensibles à la détresse de chacun, ils n’en demeurent pas moins tributaires des urgences qui arrivent lorsqu’on leur demande combien de temps on devra attendre pour voir un médecin. « On peut donner un approximatif, mais au final, c’est changeant à la seconde », affirme Véronique.

Priorité 1, 2, 3, 4 ou 5 ; pour les patients, c’est le chiffre qui dictera les longues heures d’attente qui les attendent. Pour le personnel hospitalier, c’est plutôt un outil de travail indispensable afin de s’assurer que chaque cas soit vu dans un délai sécuritaire, selon l’état du patient.

« Quand on a beaucoup d’achalandage, où on a 65 patients dans la salle d’attente, ça peut arriver que les gens attendent de 10 h à 12 h et ça peut aller plus haut », reconnaît Véronique. Avoir une centaine de patients qui franchissent les portes de l’urgence en l’espace de quelques heures serait effectivement chose courante à l’HPLG. Or, la plupart du temps, l’urgence ne compte que deux médecins attitrés à l’ambulatoire, soit la clientèle non alitée, qui représente la majorité des cas vus à l’urgence.

Malgré tout, l’infirmière dit avoir observé une amélioration au cours des dernières années. De fait, les urgences lanaudoises font état d’un délai moyen dans la salle d’attente de 5 h 28 minutes pour la période couvrant le 27 décembre au 25 janvier. Au cours de cette même période, le taux d’occupation moyen des civières s’est chiffré à 127 %, atteignant jusqu’à 170 % au pic de la grippe.

Véronique fait partie de l’équipe du triage de l’Hôpital Pierre-Le Gardeur depuis plus de 10 ans. (Photo Médialo – Marie-Christine Gaudreau)

Trier, mais aussi éduquer et réorienter

À l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, ce sont plus de 250 personnes qui sont vues chaque jour au triage, en faisant la 2e plus importante urgence en termes d’entrées au Québec, selon Kina, cheffe d’unité à l’urgence. D’entre elles, environ 25 % quittent l’urgence sans avoir vu de médecin, soit parce qu’elles ont été réorientées à la clinique ou qu’elles ont choisi de rentrer à la maison après avoir été rassurées par leur rencontre avec l’infirmière, poursuit Kina.

« Souvent, les gens pensent qu’ils ont vraiment besoin d’être à l’urgence. Il y a une grande part d’enseignement là-dedans », souligne Véronique. Bien que son quotidien à l’urgence soit un feu roulant quasi constant, l’infirmière mentionne que chaque minute supplémentaire accordée aux patients en vaut la peine.

Que ce soit pour enseigner l’administration d’acétaminophène et d’ibuprofène aux parents d’un bébé ou pour rappeler les autosoins possibles lorsqu’on souffre d’un virus, prendre le temps nécessaire avec le patient lui permet souvent de rentrer prendre du mieux dans le confort de la maison tout en désengorgeant l’urgence, indique Véronique.

« Quand tu n’as pas d’expertise médicale, la recherche des symptômes [sur Internet] peut donner des résultats graves. Ça crée de l’anxiété chez les patients », prévient l’infirmière. C’est là que l’expérience des infirmières assignées au triage entre en ligne de compte, lance Véronique. Entre l’histoire du patient, ses symptômes, l’anxiété, le langage non verbal et les valeurs mesurables, elles parviennent généralement en aussi peu que cinq minutes à se faire une tête sur la gravité de l’état de la personne devant elles.

Grippe ou gastro : quand consulter ?

Alors que les maux d’hiver n’ont pas dit leur dernier mot, l’infirmière rappelle que dans certains cas, il est nécessaire de consulter à l’urgence pour une grippe ou une gastro-entérite. « Quand les gens attrapent la grippe et qu’ils n’ont jamais attrapé la grippe, je pense qu’ils ne s’attendent pas à ça. Les douleurs musculaires, la toux, la congestion nasale, la grosse fièvre qui est difficilement contrôlable malgré la prise de Tylenol ou d’Advil et qui peut durer jusqu’à 7 à 10 jours ; ce sont souvent les symptômes de base de la grippe. » Bien que désagréable, il n’existe pas de traitement pour guérir cette affection d’origine virale. Le temps et le repos feront leur œuvre, de préciser Véronique.

Par contre, en cas de douleur à la poitrine, de difficultés respiratoires, d’incapacité à s’hydrater ou à manger et d’absence complète d’amélioration malgré la prise de médicaments, une visite à l’urgence peut être indiquée.

 

Petit lexique des priorités

  • Priorité 1 (extrêmement urgent) : La vie est menacée. Ces patients ne se retrouvent pas dans la salle d’attente. Ils sont amenés en salle de choc. Ex. : Infarctus, AVC, altération de conscience, convulsion.
  • Priorité 2 (très urgent) : Problème inquiétant pour la vie. Ex. : douleur à la poitrine, difficultés respiratoires importantes, taux d’oxygène dans le sang trop faible.
  • Priorité 3 (moyennement urgent) : Il s’agit des cas les plus communs dans une salle d’urgence. La vie n’est pas en danger, mais des soins sont nécessaires. Ex. : douleurs abdominales avec soupçon d’appendicite, fractures, signes d’infections.
  • Priorité 4 (moins urgent) : Ces cas peuvent souvent être vus en clinique. Ex. : Mal d’oreille, symptômes grippaux, coupures.
  • Priorité 5 (non urgent) : Clientèle moins fréquente à l’urgence. Regroupe tous les besoins de santé qui ne requièrent pas de prise en charge rapide.

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