Servir

Gilles Bordonado

Vous avez droit à une entrevue rare en page 3 de l’édition de cette semaine. En effet, on compte sur les doigts de la main les anciens combattants qui peuvent raconter leur expérience de la Deuxième Guerre mondiale.

J’ai eu cette opportunité unique en 1994, alors que j’avais interviewé plusieurs vétérans à l’occasion des 50 ans du débarquement allié en Normandie. Elles comptent parmi les plus belles et les plus mémorables entrevues de mes presque 30 ans de journalisme.

De voir ces hommes se raconter la voix tremblante par les émotions et les yeux dans l’eau, encore fébriles des moments vécus outre-mer, m’émeut toujours aujourd’hui. Cette émotion ne se limite pas à ces souvenirs, car je suis aussi renversé quand je regarde le défilé du 14 juillet en France ou que je vois une vidéo montrant un ou une militaire retrouvant ses enfants, sa femme ou son conjoint, après une mission de plusieurs mois à l’étranger. J’ai dû être militaire dans une ancienne vie. J’ai le sentiment, personnellement, que si je devais me battre pour ma patrie, le Québec en l’occurrence, je le ferais…  

Revenons à notre invité de cette semaine, Ron Robinson. Du haut de ses 91 ans, ce dernier a semble-t-il vécu la Seconde Guerre mondiale. Il se fait discret sur son parcours, mais il ne manque pas de souligner le courage de ses frères qui ont eu à faire face au feu. Il porte une admiration certaine pour son aîné, Jimmy, qui a foulé les champs de bataille de 1940 à 1945, et Herbert, qui a participé à la guerre de Corée.

Comme je le disais plus haut, je suis admiratif de l’œuvre de ces militaires qui représentent notre pays à l’étranger.

Si le Canada n’est pas réputé pour être un pays belliciste, il a longtemps eu une réputation enviable sur la scène internationale pour son rôle avec les Casques bleus qui maintiennent la paix dans des zones de guerre aux quatre coins du monde. Bien que la présence pacifiste canadienne avec l’ONU se soit effritée avec le temps pour des questions idéologiques ou de budget, l’abnégation de ceux qui ont combattu en Europe, en Corée et plus récemment en Afghanistan mérite d’être soulignée.

Plusieurs de ces soldats ont conservé des souvenirs dramatiques de ces moments. Les chocs post-traumatiques ne sont pas un phénomène récent. Ils existaient bien avant qu’on ne leur donne le nom qu’on leur connaît depuis quelques années.

Pour toutes ces raisons, à l’aube du jour du Souvenir, honorons la mémoire des vétérans disparus, et soulignons le dévouement de ceux qui ont survécu et de ceux qui portent encore les armes pour défendre les valeurs que nous partageons. Qu’ils utilisent ou non ces armes, les miliaires ont fait le choix de servir, ce qui est en soi la preuve d’un courage et d’un don que bien peu d’entre nous aurions ou aurons fait dans nos vies.

Merci à vous. Nous ne vous oublierons pas.

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