J’ai testé pour vous… une soirée au cœur d’un chœur

Photo Médialo - Julien Tilmant
Photo Médialo – Julien Tilmant

Activité de plus en plus prisée par de nombreux Québécois de tous les âges, les chorales ne désemplissent pas dans la région. Afin de comprendre ce que ces nombreuses personnes viennent y trouver, j’ai décidé de pousser les portes de la salle de répétition d’un chœur de chanteurs amateurs. 

Que ce soit sur la route du travail, dans la douche, en faisant le ménage, tout le monde aime pousser la chansonnette. Pourtant, aimer chanter pour son plaisir personnel ne signifie pas que l’on soit prêt à monter sur scène pour affronter un public. Pour ma part, impossible de concevoir le chant sans lumière, micro et surtout sans scène. Rassurez-vous, je n’ai pas un passé caché de star de la chanson, juste une passion qui m’a conduit, depuis mes 13 ans, à fouler, parfois, les planches de certaines salles de spectacle, soit lors de concerts, pendant mon secondaire, soit au sein d’une troupe amateur de comédie musicale. 

Dans ma courte carrière de « chanteur », il restait pourtant une expérience que je n’avais jamais tentée : chanter dans une chorale. Et pour cause, mon esprit parfois un peu étriqué et parfois rempli de préjugés, les chœurs avaient un côté romantiquement ringard qui me repoussait. Et puis j’aimais avoir mon solo, quitte à en assumer totalement les fausses notes. 

Photo Médialo – Julien Tilmant

À la rencontre des autres choristes 

Puisqu’il n’y a que les fous qui ne changent pas d’avis, il était temps pour moi d’aller à la rencontre de ces dizaines de personnes qui, une à deux fois par semaine, se retrouvent dans une salle d’école primaire pour faire des vocalises et entonner des chants populaires. Que ne ferions-nous pas pour partager avec les lecteurs de ce cahier spécial Vivre Pleinement nos plus belles expériences… 

Le rendez-vous m’est donc donné à 19 h 30 par l’une des membres du conseil d’administration de la chorale. Soucieux de parfaitement m’immerger le temps de cette soirée, j’arrive avec 15 minutes d’avance. L’occasion pour moi de me présenter et surtout de commencer à comprendre l’engouement. Personne ne semble contrainte d’être présente dans cet espace dédié à l’art dramatique un mercredi soir après le travail (et une journée de fin de semaine par mois). 

Quelques instants avant d’entrer dans la salle et de se retrouver face à la cheffe de chœur remplaçante, j’interroge Josée, soprano de 63 ans : « Ce qui m’amène ici, c’est le plaisir de se rassembler et de partager la même passion du chant. Qu’on ait des journées intenses à la maison ou au travail, ou qu’il nous arrive quelque chose de triste… Quand on arrive ici, il n’y a plus rien de tout ça… » 

Un constat que je partage assez rapidement, une fois parfaitement accueilli et installé sur la chaise que l’on m’a attribuée entre une partie des femmes et le centre réservé aux hommes. Rien de sexiste, rassurez-vous, la répartition dans le chœur dépend exclusivement de la tessiture de la voix. 

Trente minutes pour préparer ma voix 

Marcel, l’un de mes voisins de chœur et ténor de 65 ans, m’explique : « Tout le monde est bienvenu. Il faut tout de même savoir un peu chanter et chanter juste. » Je pense avoir toute ma place et je peux enfin commencer l’échauffement collectif. Des haaaa, des hoooo et même des ziiiii nasillards parcourent la salle en harmonie. De quoi préparer, pendant 30 minutes, les cordes vocales (et le corps) aux chants à répéter par la suite. 

On me prête alors un livret dans lequel sont répertoriées toutes les chansons du prochain spectacle. Il y a du moderne et même du chant en latin. En voyant toutes ces notes et ces paroles, je mesure alors l’étendue du travail que demande ce genre d’engagement. Josée me souffle alors : « Je confirme que cela demande beaucoup de travail en dehors, parce que nous, on apprend par cœur. Lors des spectacles, nous n’avons pas le cahier. » 

Avant d’entamer le premier chant, Misere, un chant en latin extrait du film 1492, je prends le temps d’observer la salle et, contrairement aux idées reçues, les plus anciens côtoient les plus jeunes. « On a des personnes de 20 à plus de 70 ans », m’explique Christine, membre du chœur depuis de nombreuses années. 

Trouver ma place dans le chœur 

En toute humilité, je commence à écouter le chant et à tenter de suivre le chœur déjà bien aguerri. L’humilité, je la ressens aussi par le simple fonctionnement du chœur : pas de voix unique, juste un ensemble qui s’accorde pour un rendu spectaculaire. 

À chaque chant, la cheffe reprend avec rigueur chaque voix. Elle ajuste les sopranos et reprend les ténors avec douceur et grand professionnalisme. Il faut dire que l’enjeu est grand tant les concerts de ce type de chorale sont attendus. Arrivé à la pause, après déjà deux heures de répétitions et un détour par Baba Yetu, un chant écrit en swahili, il est déjà temps pour moi de laisser derrière moi ces 80 choristes au grand chœur que je retrouverai avec plaisir lors de son prochain spectacle ou, qui sait, l’an prochain… comme choriste.

3 questions à Christine Boisclair, choriste au Chœur Le Carillon à Repentigny 

Comment présenteriez-vous votre chœur à quelqu’un qui ne le connaît pas ? 

Le Chœur Le Carillon existe depuis 45 ans. Il attire des gens de différents âges, avec notamment une bonne proportion de personnes de 50 ans et plus, des retraités ou des préretraités. On chante de la musique contemporaine, surtout francophone, mais aussi des chansons anglophones. On va de Charles Aznavour aux Cowboys Fringants, donc il y en a vraiment pour tous les goûts.  

Qu’est-ce qui distingue ce chœur des autres chorales ? 

On a un accompagnement au piano. On a aussi des bandes sonores pour se pratiquer à la maison, ce qui aide beaucoup les gens qui ne sont pas capables de lire la musique. Et on a un chef extraordinaire, Ruben Brutus. On se pratique de la mi-septembre jusqu’au mois de mai pour donner deux représentations au Théâtre Hector-Charland, avec quatre ou cinq musiciens professionnels.  

Comment expliquez-vous que le chœur attire aujourd’hui plusieurs générations ? 

L’arrivée de notre chef Ruben a amené une très belle énergie et une pédagogie très participative, donc ça a attiré beaucoup de jeunes. Et nous, les gens dans la quarantaine ou la cinquantaine, on a des enfants : à force de faire partie de la chorale, ça attire aussi nos jeunes. Pour moi, j’appelle ça ma « thérapie du bonheur ». C’est vraiment juste du gros plaisir de chanter en chœur avec les autres.  

Plus d’informations sur le Chœur Le Carillon : choeurlecarillon.net 

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