La première course d’un grand brûlé!

Félix Robitaille (au centre) entouré d’amis et familles lors de la Course des pompiers à Laval. (Photo gracieuseté)
Félix Robitaille (au centre) entouré d’amis et familles lors de la Course des pompiers à Laval. (Photo gracieuseté)

Le 31 mai dernier, Félix Robitaille a franchi la ligne d’arrivée du cinq kilomètres de la Course des pompiers de Laval. Pour la majorité des spectateurs, cette performance peut sembler banale, mais pas pour lui. Cet exploit marque le point culminant d’un combat acharné contre les séquelles de son accident qui aurait pu lui coûter la vie, survenu neuf mois plus tôt. 

« C’est quand même une grosse étape d’être capable de courir », confie celui pour qui chaque foulée est une victoire après avoir vu sa vie basculer le 8 août 2025. 

Félix Robitaille, un jeune homme de Terrebonne alors âgé de 29 ans, aidait son père à tailler des haies dans sa cour. Ce matin-là, la chaleur était accablante, le ressenti frôlant les 35 degrés dans une atmosphère d’humidité et de smog. Alors qu’il terminait sa tâche, un arc électrique d’une grande puissance l’a frappé, le projetant vers l’arrière. 

« D’une seconde à l’autre je n’entends plus rien. C’est comme s’il y avait eu un gros flash. Je tombe de mon échelle et je reste pris dans un arbre, la tête vers le bas. Je relève la tête et je me vois en feu. C’est là que j’ai compris que quelque chose de grave s’était passé. J’ai commencé à crier à l’aide », se remémore Félix près d’un an après l’accident. 

Il est amené d’urgence à l’hôpital Pierre-Le Gardeur à Repentigny, puis transporté au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) où il est placé dans un coma artificiel pendant quatre jours. 

Une grande épreuve 

À son réveil, le constat est lourd : brûlures au troisième degré sur plus de 38% de son corps, plusieurs semaines d’hospitalisation, greffes de peau, chirurgies et réhabilitation.  

« J’ai été chanceux parce qu’elles [les brûlures] n’ont pas touché mes organes internes. Ils m’ont amputé trois orteils pour prévenir les infections. Quand les tissus sont trop brûlés, c’est très propice à des infections », explique-t-il. 

Après un mois d’hospitalisation, il est prêt pour le début d’un long chemin vers la réhabilitation. Il est transféré vers l’hôpital de réadaptation Villa Medica, une étape marquée par l’incertitude.  

Une greffe de peau sur l’un de ses pieds refuse de prendre, laissant ses tendons à nu. « J’étais vraiment pris dans l’inconnu, je ne savais pas si j’allais avoir d’autres chirurgies. J’avais des infections, c’est pour ça que la greffe ne prenait pas. C’était vraiment très douloureux », raconte-t-il. Finalement, ils ont pris la décision d’enlever les tendons exposés pour démarrer enfin la guérison sans compromettre sa mobilité future. 

Transition physique et mentale  

La reprise du sport a été le véritable moteur de sa réhabilitation physique et mentale. Tout l’hiver, Félix s’est soumis à un entraînement de course à pied et d’activité physique dans un centre de conditionnement pour reconstruire son endurance et sa masse musculaire. Ce processus, où les progrès se mesurent « quasiment mois en mois », a rallumé une étincelle qu’il croyait éteinte, admet-il. 

Sa participation aux cinq kilomètres lors de la Course n’était pas une épreuve de vitesse, mais une célébration de vie. Entouré de sa famille, de ses amis et de ses collègues, il a couru pour se prouver que les limites physiques peuvent être repoussées. « Je voulais juste terminer la course et j’étais assez fier de moi. C’était vraiment quelque chose de faire ça avec plein de gens qui ont été là pour moi durant cette année difficile », dit-il avec émotion. 

Vivre avec espoir 

Aujourd’hui, Félix souhaite sensibiliser le public aux dangers invisibles de l’électricité, rappelant que l’humidité et le smog peuvent amplifier la portée des arcs électriques bien au-delà de la zone de sécurité habituelle. Sa vision du bonheur a également beaucoup changé.  

« Je ne me rendais pas compte à quel point j’étais chanceux avant mon accident. On devrait juste être reconnaissant de pouvoir vivre une vie bien accompagnée parce qu’on peut traverser n’importe quoi juste avec ça », affirme-t-il en soulignant l’importance de la proximité avec ses proches.  

« Ma perspective de la vie a changé. Il faut en profiter et ne pas attendre au lendemain. Si tu as envie de faire quelque chose, fais-le », poursuit-il. 

Quels sont ses prochains défis ?  « L’an prochain, je vais probablement essayer de parcourir un demi-marathon. Je devrais avoir recommencé le hockey aussi, j’ai vraiment hâte. Je pense que c’était la première année depuis que j’ai quatre ans que je n’ai pas pu jouer. C’est le début d’un long processus de réhabilitation. Ce n’est pas un sprint. C’est un marathon », conclut-il. 

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