Classée commerciale, La Cour des Grands doit fermer

  • Publié le 24 août 2026 (Mis à jour le 24 août 2026)
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Audrey Dassylva offre aussi le Répit chez Audrey, un service de répit et d’hébergement pour les adultes avec des besoins particuliers. (Photo Médialo - Alec Brideau)
Audrey Dassylva offre aussi le Répit chez Audrey, un service de répit et d’hébergement pour les adultes avec des besoins particuliers. (Photo Médialo – Alec Brideau)

Le 18 août 2026, La Cour des Grands a annoncé sur sa page Facebook qu’elle devait fermer ses portes. Audrey Dassylva, qui offre à son domicile un espace d’ateliers de jour, des personnes de 21 ans et plus ayant une déficience intellectuelle, a vu sa résidence être classée local commercial après une nouvelle évaluation. Elle ne peut pas payer ces taxes commerciales.

Chez elle, à Mascouche, la propriétaire accueille un maximum de huit personnes à la fois, en raison d’une loi liée à l’urbanisme pour, justement, ne pas devenir local commercial. C’est du côté de la taxation que sa résidence a été jugée ainsi.

Mme Dassylva raconte avoir appris que sa propriété n’était plus résidentielle lorsqu’elle a reçu un état de compte de taxes de plus de 17 000 $ à payer en début 2025. Ce montant s’expliquerait par 5000 $ supplémentaire à payer par année, dont une rétroaction pour les trois dernières années et des taxes de l’année en cours.

« Jamais ils [la firme en charge de l’évaluation] nous ont dit que nos taxes allaient changer, a-t-elle mentionné. Ils sont venus évaluer la maison, mais nous ont pas donné le rapport d’évaluation. Ils ne m’ont pas dit que ça allait changer pour être commercial. Je l’ai juste su quand j’ai reçu mon état de compte. »

Une pièce isolée

Chez Mme Dassylva, La Cour des Grands est une salle isolée du reste de sa maison, bien qu’elle soit sous le même toit. Les gens peuvent toutefois y accéder par des portes sur les côtés de la maison, permettant de ne pas avoir à traverser toute la résidence.

La propriétaire raconte utiliser l’entièreté de sa maison malgré tout, elle qui offre aussi le Répit chez Audrey, un service de répit et d’hébergement pour dormir et permettre aux parents d’avoir un moment de détente.

« C’est comme si ma pièce isolée, contrairement aux quelques autres répits du genre au Québec qui n’ont peut-être pas ça, rendait ma résidence commerciale. Notre but, c’était d’offrir un service sécuritaire. Je travaille avec des gens qui ont différentes déficiences intellectuelles et des incidents, ça peut arriver vite. Nous sommes mieux dans un milieu adapté que dans une maison, avec une cuisine où il y a des couteaux ou des choses du genre. »

Impuissance face à la situation

La Mascouchoise ajoute avoir rencontré le service de finances de la ville et la firme d’évaluation en question. Elle nous précise aussi avoir écrit au cabinet du maire afin d’avoir une rencontre avec ce dernier. « Ils m’ont répondu que j’avais le choix entre payer le solde dû et continuer ce que je faisais, ou bien devenir un organisme à but non lucratif (OBNL), a dit Mme Dassylva. C’étaient leurs deux seules options. »

Devenir un OBNL n’est toutefois pas envisageable pour Mme Dassylva, qui souhaite garder une structure simple entourant ce qu’elle offre présentement. « Je comprends que ce modèle peut être bien dans certains cas, mais personnellement, je ne souhaite pas ajouter toute cette structure administrative chez moi, nous a-t-elle expliqué. Je suis mère de deux enfants de moins de moins de deux ans et je dois aussi m’occuper d’eux. »

Gabriel Michaud, directeur au cabinet du maire de Mascouche, dit que la Ville a souvent expliqué à Mme Dassylva que si La Cour des Grands était un OBNL, elle n’aurait plus de taxes à payer de ce côté. Celle-ci a toutefois préféré demeurer une entreprise privée, un choix que la Ville respecte également.

« Chacun a sa liberté de choisir, mais à ce moment, c’est sûr que les lois et les dispositions qui y sont liées sont différentes, a ajouté M. Michaud. Évidemment, si l’évaluateur nous revient et que le dénouement est positif pour Mme Dassylva, nous serons très heureux. »

La Ville ne peut interférer dans les décisions prises par les firmes d’évaluations. De plus, le maire, Guillaume Tremblay, ne peut pas se mêler de dossiers concernant une évaluation d’une maison ou tout ce qui touche la police.

« La loi est au-dessus des municipalités, a rappelé M. Michaud. Pour l’évaluation de propriétés, ce sont des évaluateurs agréés indépendants qui suivent des règles provinciales. Si l’évaluateur était d’accord de classer la maison résidentielle, il n’y aurait pas plus d’enjeu pour nous. Certaines villes n’en veulent pas, mais à Mascouche, nous croyons en ce genre de service. Le résultat a quand même été que sa résidence a été catégorisée commerciale. »

Et Mme Dassylva en est consciente, et elle d’ailleurs à le souligner. Toutefois, elle trouve dommage que la Ville n’ait pas plus son mot à dire sur la situation.

Attristée pour les familles

La Ville nous indique que des nouvelles sur le dossier pourraient suivre dans les prochains jours. Toutefois, si rien ne change et que La Cour des Grands ferme ses portes, elle sera surtout triste pour celles et ceux qui utilisent ses services depuis des années.

« Les parents m’ont appelée en pleurant lorsqu’ils ont vu la publication, a dit Mme Dassylva. Ils sont arrivés le matin, dévastés. Pour eux, c’est une ressource essentielle qu’ils perdent. J’en ai un qui vient quatre fois par semaine parce que sa mère a besoin de ça pour continuer à travailler. Il n’y a pas d’autre endroit où il est accepté. S’il n’y a plus rien, elle ne pourra plus aller travailler. Ce sont vraiment les parents qui se mobilisent en ce moment. »

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