Seule avec huit enfants : la force d’une mère

  • Publié le 12 mai 2026
  • Lecture : 4 minutes
Marie-Catherine Goudreau
Photo gracieuseté
Photo gracieuseté

Eugénie St-Amand a toujours rêvé d’avoir une grande famille. Un rêve qu’elle a réalisé avec ses huit enfants, mais qui prend aujourd’hui une forme différente, qu’elle apprend à embrasser malgré les difficultés sur son chemin. Depuis quatre ans, elle élève seule ses 5 garçons et ses 3 filles, âgés entre 5 et 14 ans. 

« J’en ai trois au secondaire et cinq au primaire. Ils ont chacun leurs qualités, leurs forces, leurs défis, leur personnalité unique, même s’ils sont élevés dans le même milieu et avec les mêmes valeurs », dit-elle d’entrée de jeu. « J’ai toujours aimé les enfants et la maternité. Ce milieu m’a toujours nourrie et passionnée. Le projet de famille nombreuse était d’abord un projet de couple, mais la vie en a décidé autrement pour le bien des enfants et leur sécurité », explique Eugénie.

Eugénie St-Amand, maman de huit enfants. Photo gracieuseté

Sortir et trouver de l’aide

En effet, le père, vivant avec des enjeux d’addiction, était violent et agressif envers les enfants. « À un moment, je me suis dit que ça suffisait et que j’allais protéger et préserver l’enfance de mes enfants. Je savais que ça allait être difficile économiquement et dans la vie, mais j’ai tout de même fait ce choix », rapporte-t-elle.

Alors qu’elle était mère au foyer, Eugénie a pris le risque de partir seule avec ses enfants, alors que l’un deux était encore bébé. Toutefois, la vie a mis sur son chemin des « personnes de cœur » qui ont été là pour l’aider chaque fois qu’elle en avait besoin. Notamment, une amie l’a hébergée pendant six mois chez elle, d’autres l’ont aidée à se meubler et à se reloger, le CLSC l’a soutenue pour reprendre confiance en ses habiletés parentales et son jugement et l’organisme L’Ombre-Elle à Sainte-Agathe a également épaulé Eugénie et ses enfants dans cette épreuve.

La réalité du travail

À plusieurs reprises après sa séparation, elle a voulu retourner sur retourner sur le marché du travail et aux études, mais cela s’est avéré compliqué. « Les enfants, de par leur vécu traumatique qui se réveillait, avaient besoin de moi. Je devais aller les chercher à l’école plusieurs fois par semaine, en plus de tous les rendez-vous de pédiatrie sociale ou de la DPJ. Le chemin m’a été bloqué. » Toutefois, Eugénie persévère et souhaite entamer une formation cet automne comme doula, soit accompagnante à la naissance.

En restant à la maison, cela lui permet d’économiser sur les frais de garde, mais aussi de cuisiner pour sa famille et de s’occuper des tâches ménagères. « J’accepte aussi beaucoup les dons de vêtements, je vais dans les friperies ou dans les centres d’entraide. On a droit également aux paniers de Noël. Le matin, mes enfants profitent du Club des Petits déjeuners. Juste pour qu’on arrive à survivre, j’ai besoin de tout ça en ce moment », souligne Eugénie.

Le quotidien

Les journées sont bien occupées avec huit enfants à sa charge. Chaque matin commence avec Eugénie qui réveille chacun, un par un. « J’aime que la première chose qu’ils entendent en se réveillant, c’est la voix de leur maman », dit-elle. Les plus jeunes s’habillent et font leur boîte à lunch qu’ils ont préparée la veille. Ensuite, au tour des ados de faire leur routine du matin. 

Une fois tous les enfants à l’école, la maman en profite pour mettre la maison en ordre, faire des retours d’appels, prendre ses courriels, faire des commissions, aller à des rendez-vous, préparer le souper, etc.

Puis vient le retour à la maison. « Je prends toujours le temps de demander à chacun comment a été leur journée. Je prends le pouls pour savoir qui a besoin d’un peu plus d’attention de maman. On défait les boîtes à lunch, les enfants vont jouer ou lire. Pendant ce temps, je prépare le souper et les plus vieux arrivent. Certains vont prendre leur bain, plier du linge, et ensuite, on soupe ensemble. Je fais la vaisselle, alors qu’ils préparent leur lunch pour le lendemain. Celui-ci doit être approuvé par moi! », raconte-t-elle.

Enfin, la journée se termine avec l’heure du dodo. Eugénie prend un moment avec chaque petit pour leur lire une histoire ou leur chanter une chanson. « Mes enfants du milieu veulent veiller avec les grands, donc je les laisse écouter un peu la télé. Puis, les grands vont se coucher. »

La famille rassemblée à l’occasion des Fêtes. L’image a été modifiée par l’IA pour préserver l’identité des enfants.

Des moments de plaisir à travers la routine

À travers ces journées occupées, Eugénie garde tout de même du temps pour elle, que ce soit pour marcher, lire, faire de la zumba ou danser. « Grâce aux intervenantes avec lesquelles j’ai travaillé, j’ai appris à me prendre du temps pour moi malgré tout. »

« Les moments que j’aime le plus, c’est quand on est tous collés, bien entassés pour écouter un film. J’aime aussi beaucoup quand ils me racontent individuellement comment s’est passé leur journée. J’aime les découvrir personnellement en dehors de la dynamique familiale. J’adore aussi quand on fait les fous et qu’on danse dans la cuisine! »

À chacun ses responsabilités

Les enfants apprennent aussi dès leur jeune âge à être autonome. « Tous les jours, ils ont le devoir de choisir une tâche à faire qui aide la famille. Par exemple, aider le petit frère avec son lunch ou son bain, passer le balai, ramasser les jouets, ranger la cuisine, sortir les poubelles, aider à préparer le repas, etc. », souligne la maman. Cette dernière a aussi un système de points pour les tâches qu’ils peuvent ensuite échanger avec des privilèges.

Encore des jugements

Un des préjugés qui revient souvent pour sa famille est que ses enfants manquent d’amour. « Quand on a huit enfants, on est en mesure de voir pour quel enfant ça urge et quel enfant peut attendre quelques minutes. Je crois qu’on peut donner de l’amour et de l’attention à chacun. […] Mes enfants savent que s’ils ont besoin de me parler, on va dans ma chambre et ils peuvent se confier en toute sécurité. Ils savent que, quand ils ont des réussites ou des défis, je suis là pour eux et ils peuvent compter sur moi. »

Elle reçoit aussi des commentaires négatifs sur l’argent et les allocations familiales. « Vivre sur les allocations familiales, c’est vivre dans la pauvreté. Ce n’est aucunement un choix en ce moment, mais une obligation puisque les enfants ont des besoins émotionnels. Avoir un enfant, c’est un don de soi, on ne fait pas ça pour l’argent. »

Selon elle, on gagnerait à en apprendre plus sur la façon des autres d’élever leur famille. « Chaque famille est différente et élève ses enfants selon ses valeurs. Je pense que s’il y avait un peu plus d’écoute, on pourrait apprendre de chaque famille. Il y a du beau dans chacune d’entre elles », conclut-elle.

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